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Cy Twombly, l’évanescence et la puissance

Publié le 09 juillet 2008 par Marc Lenot

La rétrospective de Twombly à la Tate Modern à Londres (jusqu’au 14 septembre) présente une oeuvre riche et d’abord difficile. Face à ses immenses toiles blanches rayées de quelques traits, de quelques mots, je reste d’abord dubitatif, ne sachant par où approcher, quel fil tirer pour dévider l’écheveau. Ni par la beauté formelle de ce qui ressemble plus à des graffitti au premier abord, ni par le geste du peintre, aux antipodes d’un Pollock, ni par le sens, peu déchiffrable à partir des titres ou des inscriptions. Et pourtant l’esprit est là, il se manifeste par un léger souffle, une évanescence qui émane de ses tableaux. La seule solution, la seule appropriation possible de ces tableaux serait-twombly-poems-to-the-sea.1215681032.jpgelle d’y appposer la trace d’un baiser ? J’apprends au hasard de sa biographie que Twombly fut, en 1954, cryptographe dans l’armée américaine, homme du chiffre, du secret, de la dissimulation et de la révélation. Je lis aussi, sans suprise, que Mallarmé fut son poète préféré. Il faut chercher l’émergence du signe dans ces Poems to the Sea, y trouver les mots que l’éblouissement du blanc nous cache, comme dans un village méditerranéen aux maisons chaulées, écrasé de lumière.

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Mais il y a aussi des explosions de couleurs. Twombly est sensible aux endroits, aux saisons, aux évènements. Ferragosto, par exemple, célébrant la fête romaine semi-païenne du milieu de l’été, est une orgie folle d’étourdissement sous le soleil de midi.

D’autres toiles surprennent, plus riches, plus mouvantes. Le Traité du Voile (nommé d’après une série de Muybridge), en deux versions, l’une, morcelée, plus noire (au Ludwig Museum), l’autre immense, plus grise (à la Menil Collection) offre une grille, une géométrie plus reconnaissables. Les hommages à la très aimée et très belle Nini Pirandello, morte prématurement, sont empreints de mélancolie.

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L’exposition présente aussi de nombreuses sculptures, blanches, faites de matériaux pauvres, de rebuts, qui évoquent aisément des monuments funéraires antiques. L’une d’elles, Winter’s passage, Luxor, pourrait être une barque funéraire de l’Egypte ancienne, allant de la rive droite, vivante du Nil vers la rive gauche mortuaire.

Dans les dernières salles, deux séries sont éblouissantes et révélatrices, plus puissantes, plus présentes (et sans doute moins appréciées des puristes twomblyens). C’est là qu’on perçoit, à mes yeux, l’accomplissement de son travail, c’est là que ce qui était imperceptible au début arrive à la surface, se révèle à nos yeux. D’abord A Painting in Nine Parts, peint pour Venise en 1988, aux formes rococos, évocatrices du Venise 18ème, des fresques et plafonds des Tiepolos par exemple, présente un dégradé de vert et de blanc, d’eau et de lumière qui rattache Twombly aux impressionnistes. Je suis resté longtemps devant la profondeur de ces compositions aussi hypnotiques que les Nymphéas. (Mais je ne trouve pas d’images de cette série; help !)

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Et, dans la dernière salle, la série de 2005, titrée Bacchus, Psilax, Mainomenos présente une peinture si fluide, si enveloppante, trois immenses toiles couvertes de traits rouges calligraphiés qui témoignent d’un engagement physique du peintre, d’un corps à corps avec la toile, qui, en retour à ses débuts, nous ramène à Pollock. Psilax désigne le côté heureux et jouisseur de Bacchus, Mainomenos son côté destructeur et débauché. Comme en chacun de nous.  

Lire ici,  ici (en négligeant le commentaire)


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