Magazine Analyses graphiques

Le cauchemar de Freddie Mac (et de Fannie Mae)

Publié le 11 juillet 2008 par Loïc Abadie

On va sans doute en entendre beaucoup parler dans les semaines et mois à venir :

Freddie Mac et Fannie Mae sont deux organismes géants spécialisés dans le prêt et la titrisation hypothécaire, "sponsorisés" par le gouvernement américain, mais néanmoins privés et ne bénéficiant pas de la garantie de l'Etat Fédéral.

Ils détiennent un portefeuille impressionnant de prêts hypothécaires : 

2191 milliards de $ pour Freddie Mac 

2985 milliards de $ pour Fannie Mae, soit plus de 5 000 milliards de $ au total, et on peut estimer qu'ils contrôlent plus de la moitié du marché des prêts immobiliers aux USA.

La croissance du portefeuille de prêts qu'ils détenaient s'est encore accélérée en 2007, au rythme de 14 à 15% /an, encouragée à fond par l'action du gouvernement US.

Mais voilà, toute fuite en avant finit par prendre fin un jour, et ces derniers jours une véritable panique s'est emparée du marché au sujet de ces deux sociétés, sur fond de rumeurs d'insolvabilité et de défaillance à venir des deux géants du prêt hypothécaire US.

Le cours de leurs actions s'est littéralement effondré, après une longue descente entamée en 2007 : L'action freddie mac a vu son cours chuter de plus de 60$ en octobre 2007 à 8 $ hier.

Le cauchemar de Freddie Mac (et de Fannie Mae)

Notre "supergéant" du crédit ne pèse plus en bourse que 5 milliards de $ (donc 400 fois moins que le total de ses prêts immobiliers). Et la banque Lehman Brothers (qui s'y connaît d'ailleurs plus que bien en matière de déroute bancaire et boursière) estime qu'il faudra trouver rapidement 75 milliards de $ pour renflouer nos prêteurs.

Les problèmes de Freddie Mac et Fannie Mae sont potentiellement bien plus graves pour le système financier que la défaillance de bear stearns en mars : Bear stearns pesait environ 400 milliards de $. Cette fois l'ordre de grandeur est 12 fois supérieur.

Et le problème est tout simplement de savoir si il existe une institution capable de sauver ces organismes en cas de défaut, et d'éviter ainsi une panique totale.

- La FED est cette fois "hors-jeu" : avec "seulement" 900 milliards dans son bilan (dont 1/3 déjà utilisé pour bear stearns), elle ne pourra strictement rien faire pour garantir les 5000 ou 5200 milliards de prêts de Freddie Mac et Fannie Mae.

- L'Etat US (qui est largement à l'origine de la naissance et de la croissance incontrôlée de nos deux géants) aura aussi bien du mal à agir : Il ne peut sans doute pas nationaliser directement freddie mac et fannie mae : Cela augmenterait la dette fédérale de 50% d'un coup et provoquerait une perte de confiance totale dans le $ et ferait flamber les taux...Ce qui ne ferait qu'accélérer le désastre.

Il devra donc trouver une solution intermédiaire (caution ou autre) pour limiter comme il le pourra les dégâts.

Le secrétaire d'état au Trésor, Henri Paulson a eu en tout cas cette phrase étonnante : "Financial Institutions Must Be Allowed To Fail " (Nous devons laisser aux organismes financiers la possibilité de faire faillite), ce qui ressemble beaucoup à un aveu d'impuissance comme le souligne dans un article récent Mike Shedlock.

Quoi qu'il en soit, sans Freddie Mac et Fannie Mae, le système perdrait 50% de sa capacité à produire de nouveaux prêts immobiliers, donc autant d'acquéreurs potentiels en moins : C'est un cercle vicieux observé dans toutes les grandes crises : 

retournement de la conjoncture -> défauts d'emprunteurs en hausse ->pertes bancaires -> moins de prêts possibles -> conjoncture encore plus mauvaise...Le mécanisme ne s'arrête qu'une fois les dettes en excès détruites, après une sévère récession.

A part cela, tout va évidemment pour le mieux :

- "le pire de la crise est passé" (c'est en tout cas la pensée du jour de DSK,  directeur du FMI)

- Et le président de la FED, décidément en plein conte de fées, pense au sujet de Freddie Mac et Fannie Mae que "Si elles sont solides, bien régulées, bien capitalisées et concentrées sur leur mission, elles seront capables d'augmenter l'accès au crédit immobilier sans poser de risque pour le système financier et le contribuable"...Dommage que les marchés ne soient pas de son avis !

Pour finir, un bon article  du journal Belge "l'echo" sur le sujet.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Loïc Abadie 414 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte