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Les gratitudes, de Delphine de Vigan

Publié le 17 mars 2019 par Francisrichard @francisrichard
Les gratitudes, de Delphine de Vigan

Vieillir, c'est apprendre à perdre.

Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois.

Et plus rien ne figure dans la colonne des profits.

Ainsi parle Jérôme Milloux, orthophoniste de son état, qui exerce en semaine dans un Ehpad, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes1, où a été admise madame Seld.

Avec Marie Chapier, Jérôme est le narrateur de cette histoire dont l'héroïne est donc Michelle Seld, née en 1935, histoire qui raconte les derniers temps de cette vieille dame attachante.

Du jour au lendemain, Michelle, qui préfère qu'on l'appelle Michka, ou Michk', n'a plus été capable de rester seule chez elle. Il y avait pourtant eu des signes avant-coureurs de ses peurs et de ses pertes.

Par exemple, elle avait du mal à trouver ses mots: ils ne venaient pas du tout ou alors elle les remplaçait par d'autres, si bien que Marie et Jérôme se sont mis à son drôle de langage, involontairement drôle.

Marie est une voisine, qui habitait juste au-dessus de madame Seld et dont Michka s'est occupée quand elle était encore enfant. Elle travaille et ne peut donc rendre visite à Mich'k, qu'en fin de semaine.

En ce lieu, Jérôme et Marie se relaient auprès d'elle en quelque sorte, sans jamais se rencontrer. Ils ne se connaissent finalement que par l'intermédiaire de Michka, qui parle de l'un à l'autre.

Les gratitudes, ce sont celles que Marie et Jérôme éprouvent à l'égard de Michka dont l'humanité leur apporte tant, celle que Michka éprouve à leur égard pour tout ce qu'ils font pour elle et à l'égard d'un couple qu'elle a perdu de vue.

Pendant la guerre, ses parents ont été déportés. Petite fille juive, elle a été recueillie à La Ferté-sous-Jouarre entre 1942 et 1945 par Nicole et Henri (elle ignore malheureusement leur nom) et aimerait enfin les remercier.

Au début de son livre, qui montre que les beaux sentiments, n'en déplaise à Gide, peuvent faire de la bonne littérature, Delphine de Vigan pose une question miroir qui s'adresse aux âmes et qui éclaire singulièrement son roman:

Vous êtes-vous demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci? Un vrai merci. L'expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette.

Cette question heurtera évidemment toutes celles et tous ceux qui pensent ou croient que tout leur est toujours dû...

Comme dirait Michka:

Merdi Delphine!

Francis Richard

Les gratitudes, Delphine de Vigan, 176 pages, JC Lattès

1 L'équivalent français d'un Ems (établissement médico-social) suisse.

Livres précédents:

Rien ne s'oppose à la nuit (2011)

Les loyautés (2018)


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