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Red Bull, sans danger pour la santé ?

Publié le 16 juillet 2008 par Benjamin Magras

Red Bull, sans danger pour la santé ?

Crédit photo: Sterling Ely /Flickr

Après plus de 10 ans d’interdiction à la vente, le Red Bull a refait surface en France. Cette boisson énergisante, au centre de la polémique, est à base de taurine, substance censée donner la forme mais dont la composition et les effets sur l’organisme sont encore mal connus. Bien que le Red Bull soit déjà commercialisé dans plusieurs pays depuis longtemps, l’AFSSA émet encore des réserves sur le sujet. Et malgré toute cette agitation autour du Red Bull, celui-ci vient d’obtenir une autorisation de mise en vente sur le marché français… cette semaine !

Que faut-il en penser ?

Depuis le lancement du Red Bull “à la française” à grand renfort de pub le 1er avril, beaucoup d’encre a coulé… Récapitulons :

  • 154 pays commercialisent déjà cette boisson énergisante qu’est le Red Bull. Maintenant 155 avec la France. Cela faisait 13 ans que la France interdisait sa commercialisation. En effet, l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) a toujours refusé l’entrée de cette boisson dans l’exagone puisqu’elle la juge “susceptible de générer des troubles neuropsychiques”.
  • Fin 2007, le fondateur de Red Bull, Dietrich Mateschitz, dépose une plainte contre la France et exige 300 millions d’euros d’indemnité à l’Etat pour son refus de commercialisation.
  • En mars 2008, le gouvernement autorise Red Bull à diffuser sa boisson énergisante en France (en attendant un avis positif de l’agence européenne de la sécurité des aliments) mais sous certaines conditions : que le Red Bull diffusé dès le 1er avril soit une version édulcorée de l’original où la taurine serait remplacée par de l’arginine, substance moins toxique.
  • Le 16 mai, afin de ne pas payer l’amende, la ministre de l’économie Christine Lagarde contacte Dietrich Mateschitz et conclue un accord avec lui : qu’il retire sa plainte contre une autorisation de commercialisation sous condition d’apposer sur chaque bouteille des avertissements tels que “Déconseillé aux femmes enceintes”, “A consommer avec moderation” et “Boisson à la taurine”. Normalement, les canettes édulcorées ont du être retirées aujourd’hui afin d’être remplacées par le vrai Red Bull. Cependant le sujet est loin d’être clos puisque la ministre de la santé, Roselyne Bachelot déclare “qu’il existe un faisceau d’indices en faveur de l’existence d’un risque”…

Pourquoi un tel blocus à l’entrée du Red Bull en France ?

A cause de deux composants en particuliers interdits dans l’exagone : la taurine (un dérivé d’acide aminé qui participerait à la régulation du stress dans le corps) et le D-glucurolactone (une sorte de sucre concentré qui posséderait un effet désintoxiquant et augmenterait l’endurance).Pour passer outre cette décision de justice donc, la société qui fabrique cette boisson a décidé de créer une recette à la française qui a été commercialisée sous le nom de Bullit et contenant de l’arganine (un acide aminé également reconnu pour ces propriétés fonctionnelles) qui remplace la taurine et le D-glucurolactone. En rayon jusqu’hier, cette boisson a normalement laissé sa place au vrai Red Bull aujourd’hui. En effet la boisson originale à base de taurine et de glucurolactone a finalement été autorisée.

Pourquoi ce revirement de situation ?

Concrétement, Red Bull voit rouge depuis le premier jugement rendu par le conseil supérieur d’hygiène publique en 1996. Le fondateur de la marque et inventeur de la boisson ne voulant pas entendre les conséquences d’un quatrième jugement négatif de l’Agence française de sécurité sanitaire, il a choisit de porter l’affaire devant les tribunaux en invoquant le décret n°2006-1684 du 16 octobre 2006 qui prévoit, “conformément au droit européen, qu’un produit qui circule librement dans un Etat membre ne peut être interdit par un autre Etat membre que si ce dernier apporte la preuve de sa nocivité” Or cette boisson est déjà commercialisée dans 25 pays de l’union européenne…

Red Bull, quels risques ?

Surdosage en caffeine (produit hypertonique qui donne encore plus soif)), niveaux de concentration élevé de taurine et de D-glucuronolactone (5 et 500 fois supérieurs aux doses journalières apportées par notre alimentation), mauvaise interaction possible avec l’alcool (en sachant que la plupart des jeunes qui consomment du red Bull le combine avec de l’alcool)… L’AFSSA considère que « la sécurité d’emploi de ce produit est non assuré » et ajoute « que l’intérêt nutritionnel n’avait pas pu être démontré ». Le choix de légaliser la production et la vente de Red Bull sur le territoire français ne permet pourtant pas de mettre fin aux soupçons de dangerosité quant à cette boisson.

La ministre de la santé aurait fait savoir a Matignon qu’il existait beaucoup d’indices qui relieraient des décès liés a la consommation du Red Bull en Suède ainsi que des cas de neurotoxicité. Et à la question «est-ce que la décision de légaliser le Red Bull signifie que cette boisson ne présente pas de risques avérés pour la santé et peut être consommée sans inquiétude ?», la réponse apportée est « non ».
Même si aucune preuve de la nocivité de cette boisson énergisante n’a encore été trouvée, des études à long terme vont tout de même être effectuées pour observer comment évolue la population qui en consomme.

Grâce au ministère de la santé, quatre mesures on été mises en place pour suivre l’introduction sur le marché du Red Bull :

  • Une demande a été faite auprès de l’institut de veille sanitaire afin de mettre en place un contrôle sur les effets indésirables de toutes les boissons énergisantes et en particulier le Red Bull. Contrôle qui s’effectuera par l’intermédiaire des centres anti-poisons et de toxicovigilance.
  • Afin de mettre en garde le public des risques liés à une forte consommation du Red Bull, des campagnes d’information on été mises en place. De plus il sera indiqué que la consommation ne doit pas excéder une demi-cannette standard par jour soit 125ml.
  • Courant juin, une circulaire a été rédigée en collaboration avec le ministre de l’Education nationale et vise à mettre en place l’interdiction de la vente du Red Bull ainsi que d’autres boissons du même type dans les établissements scolaires.
  • Selon le ministère, dans le cadre du prochain projet de loi sur la santé, une mesure de vigilance sur certaines denrées alimentaires dont les boissons de type Red Bull sera mise en place.


Pourquoi cette polémique aujourd’hui et pas depuis 1995 ?

Jusqu’en 2004, la commercialisation d’aliments enrichis étaient soumis au décret de 1912. Ce décret exigeait que le fabricant apporte la preuve de l’innocuité de sa marchandise, et à la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) d’en juger avec l’aide de l’AFSSA.

Afin de se conformer à la législation européenne, un changement de décret, en 2006, indique que “l’introduction d’un nouveau produit enrichi doit toujours être déclaré à la DGCCRF mais que le refus de commercialisation ne peut être motivé que par un élément scientifique démontrant que les nutriments ajoutés au produit de base présente un réel risque pour la santé. La ‘corvée’ d’apporter les preuves ne sont donc plus à la charge de l’industriel mais aux pouvoirs publics !

Dans le cas précis du Red Bull, la cours de justice européenne a déclaré que le principe de précaution soutenu par la DGCCRF n’était pas suffisant pour justifier une interdiction à la vente, d’où la condamnation de la France à payer une amende si elle continuait à refuser la commercialisation de cette boisson énergisante.

Pour l’instant le “vrai” Red Bull a finalement réussi à être commercialisé avec la taurine et le D-glucuronolactone en France, mais qu’en sera-t-il pour le Danemark et la Norvège, prochaines cibles de commercialisation du Red Bull ?


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