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Georges Séféris – Mais que cherchent-elles, nos âmes…

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Georges Séféris – Mais que cherchent-elles, nos âmes…Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi
Sur des ponts de bateaux délabrés,
Entassées parmi des femmes blêmes et des enfants qui pleurent,
Que ne peuvent distraire ni les poissons volants
Ni les étoiles que les mâts désignent de leur pointe ;
Usées par les disques des phonographes,
Liées sans le vouloir à d’inopérants pèlerinages,
Murmurant en langues étrangères des miettes de pensées ?

Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi
De port en port
Sur des coques pourries ?

Déplaçant des pierres éclatées, respirant
La fraîcheur des pins plus péniblement chaque jour,
Nageant tantôt dans les eaux d’une mer
Et tantôt dans celles d’une autre mer,
Sans contact,
Sans hommes,
Dans un pays qui n’est plus le nôtre
Ni le vôtre non plus.

Nous le savions qu’elles étaient belles, les îles
Quelque part près du lieu où nous allions à l’aveuglette,
Un peu plus bas, un peu plus haut,
A une distance infime.

*

What are they after, our souls, traveling
on the decks of decayed ships
crowded in with sallow women and crying babies
unable to forget themselves either with the flying fish
or with the stars that the masts point out at their tips?
Grated by gramophone records
committed to non-existent pilgrimages unwillingly,
they murmur broken thoughts from foreign languages.

What are they after, our souls, traveling
on rotten brine-soaked timbers
from harbor to harbor?

Shifting broken stones, breathing in
the pine’s coolness with greater difficulty each day,
swimming in the waters of this sea
and of that sea,
without the sense of touch
without men
in a country that is no longer ours
nor yours.

We knew that the islands were beautiful
somewhere round about here where we are groping
a little lower or a little higher,
the slightest distance.

***

Georges Séféris (1900-1971) – Poèmes (1933-1955)

(Poésie/Gallimard, 2009) – Traduit du grec par Jacques Lacarrière et Egérie Mavraki – George Seferis: Collected Poems, 1924–1955 (Princeton University Press, 2014) – Translated by Edmund Keeley and Philip Sherrard.


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