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Bankim: Les militaires bastonnent et tirent à balle réelle sur les populations

Publié le 04 novembre 2020 par Tonton @supprimez

Visage enflé, jambes fracturés ou doigts sectionnés, plusieurs personnes présentent encore les séquelles des actes barbares occasionnés par une patrouille militaire partie de Yaoundé.

Des actes qui constituent une violation grave du code de procédure pénal et des accords internationaux. L’hôpital de district de Bankim continue de recevoir ce matin de mercredi les blessés de la « bavure militaire » du vendredi 23 Octobre 2020 dernier. Ce petit village situé dans le département du Mayo-Banyo dans la région de l’Adamaoua est toujours sous le choc. Cinq jours après l’incident, Thomas Ahoulo jeune agriculteur a toujours les yeux et les joues enflés. Il présente aussi des problèmes oculaires puisqu’il a des difficultés de lecture à l’œil gauche.

Confondu à un contrebandier, il avait injustement été rattrapé et molesté par les militaires lourdement armés. Tout près de lui, Anatole ahmadou la cinquantaine traine le bras droit fracturé. Après examen de radio, il aurait une lésion au niveau du coude. Ce matin, le docteur chef de l’hôpital de district exige qu’il soit interné pour suivre la progression de son état de santé. Une dizaine d’autres personnes sont venues pour des pansements. Elles présentent pour certains des blessures légères, pour d’autres des entailles profondes. De nombreux enfants dans les domiciles se plaignent aussi des difficultés respiratoires après avoir inhalé le gaz
lacrymogène balancé par les hommes en tenue.

Détonations

Selon les sources locales, vendredi dernier, à la fin de la matinée, les habitants du village ont été surpris par trois camions militaires transportant des hommes lourdement armés qui sont arrivés à grande vitesse en provenance de Yaoundé. Ils s’en sont pris aux vendeurs de carburant frelaté communément appelé le ZouaZoua. Apres intimidations, ils ont fait charger dans leurs camions des dizaines de bidons de zouazoua. Les habitants ont tenté de demander des explications et de les stopper. Les militaires furieux ont ouvert le feu. Les habitants ont riposté par des jets de pierres ensuite la situation s’est embrasée. Surpris par les détonations, les autorités locales qui jusque-là n’étaient au courant de rien ont accouru sur les lieux.

D’une arrogance notoire, les militaires ont refusé de présenter leur lettre de mission, et les ont totalement ignorés. Ayant fini leur salle besogne, ils ont pris la fuite en arrêtant huit personnes. Parti de Bankim, ils sont directement rentrés à Yaoundé où les personnes arrêtées ont été jetés dans les cellules du secrétariat d’Etat à la défense (Sed) sans aucun motif connu. Des sources de Yaoundé affirment qu’il s’agissait d’une mission interministérielle pour aller traquer les contrebandiers. Les autorités locales dénoncent ces abus…

Le préfet du département du Mayo-Banyo est inconsolable. Charles Gall est arrivé sur les lieux après le départ des militaires qui n’ont laissé derrière eux que des incendies, des cris et des pleurs. Il trouve inadmissible qu’une délégation parte de Yaoundé et que les autorités locales ne soient pas informées. « Il s’agit là d’une bavure de l’armée. Puisque les habitants ont été traumatisés. C’est des centaines de coups de feu qui ont été tirés. Des flammes partout. C’est intolérable » affirme le préfet. Il est allé au chevet des blessés en les félicitant de s’être interposés aux imposteurs. Le Lamido sénateur de Banyo Mohaman Gabdo Yahya est lui aussi sorti de sa réserve. « Ils savent que le carburant frelaté vient du Nigeria. Donc s’ils veulent vraiment stopper ce trafic ils savent où frapper. Ce n’est pas à Bankim. Il s’agit d’une erreur impardonnable. Nos populations ont été frustrées » a-t-il regretté. Le maire de la ville de Bankim Angelbert Mveing quant à lui s’indigne au sujet de l’arrogance de ces soldats. « Ils m’ont dit qu’ils n’ont rien à me dire. Qu’ils dépendent uniquement de Yaoundé. Tirer à balle réelle sur des agriculteurs et faire des arrestations arbitraires c’est incroyable », il n’en revient pas toujours.

Des violations graves de la loi Maitre Irène Ntetmem, avocat au barreau du Cameroun affirme que de telles agissements constituent une violation grave des dispositifs du pacte international relatif aux droits civils et politiques. « L’article 7 précise que nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à une quelconque situation ».
L’article 9 de cette même loi rappelle que « tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire. Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n’est pour des motifs et conformément à la procédure prévue par la loi ».

Au sujet des huit personnes enlevées sans raison, elle rappelle que les mêmes textes de loi précisent que « Tout individu arrêté sera informé, au moment de son arrestation, des raisons de cette arrestation et recevra notification, dans le plus court délai, de toute accusation portée contre lui » D’autres articles de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples condamnent la violation de l’intégrité physique et morale des personnes. Il s’agit donc d’une violation grave de la loi qui a été commise à Bankim. Elle invite les autorités locales à porter plainte pour demander réparation.

Hugo TATCHUAM (Jade)


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