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Toxicomanies et dépendances

Publié le 23 juillet 2008 par Dunia

Le cerveau réclame sa récompense

En lisant la presse suisse ces dernières semaines -Le Matin -, je suis restée sidérée. Des avalanches de cocaïne tombent sur le pays. Des adolescents -des enfants dirais-je- commencent à la consommer dès l’âge de 12 ans au risque de se bousiller le coeur, le cerveau et de finir rapidement handicapés à moins que cette poudre ne les envoie en tôle, en psychiatrie, voire même au cimetière. A l’intention des jeunes qui touchent à cette drogue, et qui arrivent sur mon blog par hasard, je précise que je ne suis pas le genre de vieille conne moralisatrice qui trouve moche de s’adonner à la coke parce “c’est pas bien de se droguer” ou parce ça dérange mon sens des valeurs. Je suis peut-être vieille, certainement conne parfois, mais j’ai assez trainé dans le milieu des dopes, y compris dans celui de la coke -trop souvent en tant que consommatrice- j’ai vu assez de gens mourir, finir en tôle ou en psychiatrie, pour savoir de quoi je parle. Et j’affirme: la coke rend accro. La coke rend fou. La coke ravage le coeur (oui j’ai connu des moins de 25 ans que cette dope a envoyé à l’hôpital avec un infarctus). La coke rend con. La coke rend violent. Et bien tout le monde ne finisse pas totalement déjanté ou malade, les risques et les inconvénients de cette drogue sont là dès la première prise. Et surtout ne prétextez pas, pour en consommer, que les artistes de génie que vous aimez en prennent. Aucune drogue n’a jamais rendu plus intelligent, plus talentueux, ou plus créatif. Au contraire. A la base le talent, le génie, on l’a ou on ne l’a pas. Il est possible de consommer des drogues - ou de l’alcool ou les deux ensemble, finalement l’alcool est aussi une drogue dure- et de continuer à produire des morceaux de musique, des poèmes ou des peintures géniales si l’on est un génie, -pas toujours, j’ai connu des gens ultra talentueux que personne ne connaîtra jamais à cause de ces putes de dopes- mais la drogue ne donne pas de talent. Au contraire. A chaque prise, elle en enlève un peu à l’artiste.

Après cet aparté destiné aux jeunes consommateurs, je continue mon billet.

Je passe sur les prix qui se sont effondrés au point de mettre la ligne de cocaïne à la moitié du prix d’une place de cinéma, sur les cartels de la drogue colombiens qui ont augmenté leur production de 60% depuis 2006, ce qui leur permet d’inonder le monde avec une cocaïne d’excellente qualité, pour me diriger directement sur les causes neurologiques qui encouragent les addictions -source le quotidien Le Temps qui a fait un excellent dossier sur le cerveau-.

Selon des découvertes récentes, il semblerait que c’est notre propre instinct de survie, ainsi que nos facultés d’apprentissage, qui nous rendent dépendants aux drogues, à la nicotines, à l’alcool ou au jeu. En effet, dans un milieu naturel, l’apprentissage des comportements nécessaires à la survie de l’espèce est récompensé par l’obtention de nourriture et par la possibilité de se reproduire, or l’obtention de cette récompense oblige le cerveau à produire de la dopamine que l’on appelle aussi la molécule du plaisir. Sans le plaisir nous n’aurions pas envie de vivre, sans envie de vivre nous ne pourrions pas continuer notre espèce. Or les drogues, notamment la cocaïne, libèrent énormément de dopamine dans nos corps lorsque nous en consommons. Voilà qui prévoit quelques difficultés pour ceux qui voudraient un monde sans drogue, la consommation de drogue elle-même étant liée à l’instinct de survie. Impossible. En revanche une chose dont je suis sûre, c’est que la manière dont fonctionnent actuellement nos sociétés, ne peut qu’encourager des comportements addictifs. Je ne crois qu’il soit possible d’erradiquer les addictions, en revanche je pense qu’il est possible de les rendre moins attractives grâce à la valorisation des individus. Sachant que c’est également par les affects que l’on acquiert la joie et l’envie d’apprendre -non je ne viens pas de le déduire, cela a également fait l’objet d’études- je suis tentée de dire que c’est tout un système éducatif, scolaire et professionnel qu’il faudrait changer. Au lieu de subir l’humiliation de la mauvaise note, les remarques désobligeantes des instituteurs et des parents, il faudrait valoriser les côtés positifs du mauvais élève. Au lieu de remplir des classes au point de rendre inaccessible un professeur débordé qui ne s’occupe que de ceux qui parviennent à suivre, il faudrait les vider afin que l’enfant puisse créer un lien affectif avec l’enseignant. Au lieu de créer des petites boîtes sur lesquelles on étiquette “ministre”, “médecin”, “secrétaire”, “chômeur” ou “voyou”, et dans lesquelles on range les enfants -donc les futurs adultes- dès le premier âge, il faudrait abattre ces cloisons afin de donner à chacun la possibilité de prendre dans la société la place qu’il aura choisie et non celle qu’on lui aura -inconsciemment ou pas- imposée. Il faudrait donner des ailes au lieu de les couper. Sinon les ailes, les jeune, iront toujours les chercher ailleurs, dans des comportement destructeurs.

Idem avec “les punitions” pour les jeunes adultes et les adolescents. Je n’ai jamais fait de séjour en prison -je précise que je ne me suis jamais mise en position d’avoir à en faire non plus- mais je sais par d’anciennes connaissances qui y sont passé, que la principale discussion entre détenus dans les prisons suisses remplies de petits délinquants consommateurs de drogues, tournent autour du shoot, du sniff ou du joint qu’ils vont se faire dès qu’il auront posé un pied hors des murs. Normal, il faut bien qu’ils se récompensent d’un si long enfermement. Il me semble donc, que pour les petits déliquants issus du milieu de la drogue, une valorisation de leur personne -attention je ne dis pas que ce doit être du repos ou sans jugement- une peine qui les ferait se sentir utiles à la société, et fiers d’eux-mêmes, serait sans doute plus créative pour les personnes incriminées et la société, qu’un inutile passage en taule, qui finira par remettre l’ancien détenu sur le marché de la drogue et, naturellement, sur celui de la revente de produits illicites.

Le cerveau, la vie même sur terre, nécessite sa petite récompense. Qui ne s’est jamais récompensé, après une journée difficile, ou lorsque les doutes surviennent, d’un bout de chocolat, d’une cigarette, d’une séance de cinéma, d’une cerise confite, d’un petit Porto ou d’un bon repas? L’angoisse n’est pas toujours explicable. Elle est souvent diffuse, latente, en particulier chez les jeunes qui vous répondront, si vous leur demandez pourquoi ils boivent ou se droguent, que c’est pour faire la fête. Mais l’angoisse est bien là, parmi nous, et réclame des récompenses pour être apaisée.

Au vu de la tournure, de l’allure, que prennent nos sociétés industrielles, la sortie de l’auberge -du tunnel des stupéfiants et autres morbides distributeurs de dopamines- n’est pas prévisible dans les vingt-cinq prochaines années.


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