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Carlos Sastre, un nouveau leader éphémère?

Publié le 23 juillet 2008 par Marbor

La 17eme etape disputee aujourd'hui, la derniere du tryptique alpestre proposelors decette edition 2008 du Tour de France, etait consideree comme l'etape reine, LA grande etape de montagne de ce Tour. Il faut dire que les organisateurs n'avaient pas fait les choses a moitie en elaborant le parcours de cette etape. Plus de 60 kilometres d'ascension sur les 210,5 kilometres de l'etape, 3 cols Hors Categorie, et non des moindres, precede d'un col classe en 3eme Categorie. Par son profil ahurissant, cette etape promettait veritablement d'etre LE juge de paix de ce Tour 2008. D'autant qu'au depart de l'etape, on retrouvait 4 coureurs en moins de 50 secondes au Classement General.

Le col de Sainte Marguerite etaitle premier col de la journee a gravir pour les coureurs.Un col classe en 3eme Categorie, long de 3,5 kilometres avec un pourcentage moyen eleve, de l'ordre de 6%. Une ascension sous forme de preambule, de mise en jambe a la suite du parcours. Dans le prolongement de ce col allait se dresser le redoutable Col du Galibier long de 20,9 kilometres en incluant le Col du Lautaret et avec un pourcentage moyen de 5,6%. Apres la descente, les coureurs allaient devoir effectuer la plus longue ascension de ce Tour de France soit plus de 29 kilometres d'ascension a plus de 5,2% de moyenne. Il s'agissait du Col de la Croix de Fer. Enfin, la redoutable montee sur l'Alpe d'Huez, longue de 13,8 kilometres a plus de 7,9% de moyenne concluait cette etape. Les 21 lacets de l'Alpe d'Huez promettait donc d'etre le theatre d'une lutte intense entre les grands favoris du peloton. Ces derniers avaient des objectifs une nouvelle fois differents, selon leurs capacites, leurs position au Classement General et leurs consignes de course.

Hier, le train infernal de la CSC avait deraille. Franck Schleck, pourtant amene sur un plateau dans le Col de la Bonette, n'avait pas pris ou pas pu prendre sa chance, pour distancer Cadel Evans et Denis Menchov. Son coequipier, Carlos Sastre, semblait lui un ton au dessus mais, surement sur consignes de ses directeurs sportifs, il n'avait paspris sa chance.Andy Schleck l'avouait au micro des journalistes dans l'aire d'arrivee hier, toute l'equipe avait eu un coup de moins bien. Sauf Sastre. Tout le monde s'interrogait donc sur le bien fonde de la tactique de la CSC: Etait-il intelligent de se reposer sur un seul homme, Franck Schleck, et donc par la meme occasion dese priver d'un second atoutqu'etait Sastre? Apres l'etape d'hier, des evolutions avaient certainement du etre apportees a cette strategie par les directeurs sportifs. On pensait eventuellement voir Carlos Sastre ou Andy Schleck tenter d'attaquer des le Galibier ou le Col de la Croix de Fer, pour creuser des ecarts importer et preparer l'attaque de Franck Schleck au debut de l'Alpe d'Huez. Le fait est que les deux leaders de la CSC se devaient de posseder a la fin de cette etape un matelat confortable au Classement General, au moins 2 minutes, vis a vis de Evans et Menchov, en vue du CLM de samedi. A noter que la derniere fois que le Tour de France avait emprunter l'Alpe D'Huez, en 2006, c'etait ce meme Franck Schleck qui s'etait adjuge la victoire d'etape. Un signe?

Denis Menchov, pour sa part, devait distancer Cadel Evans pour prendre lui aussi un peu d'avance sur l'Australien avant samedi. Une attaque dans l'Alpe d'Huez suffisait amplement mais se debarasser d'Evans n'etait pas une mince affaire. Depuis le debut du Tour, Evans a souvent plie mais n'a jamais rompu. Souvent sur le point de sombrer, il est toujours parvenu a "garder les roues" de ses opposants, au courage. Sur cette etape, le leader de la Silence Lotto n'avait pas a se devoiler ni a prendre des risques. Il devait seulement controler la course, et ne pas se faire trop distancer par Menchov. Une course d'attente donc, de reaction plus que d'action. Quant a Bernard Kohl, deuxieme a 7 secondes de Franck Schleck, il devait lui aussi passer imperativement a l'offensive pour esperer gagner le Tour. Impressionant a Prato Nevoso, moins hier, le leader de la Gerolsteiner semblait ne pas croire reellement en ses chances de victoire finale a la veille de cette etape decisive, semblant se contenter de son Maillot a Pois. Une grand bagarre nous etait donc promise aujourd'hui, les leaders ne pouvaient plus se contenter d'une course d'attente, excepte Evans.

Contrairement a hier, l'echappee du jour ne mis pas longtemps a se constituer. Apres seulement 4 kilometres de course, Remy Di Gregorio de la FDJeux s'extirpa du peloton, suivit de pres par Velits de la Milram et Ruben Perez de l'equipe Euskaltel. Les trois hommes furent rejoint par Stefan Schumacher 10 kilometres plus tard. Le meme qui, hier, avait deja effectue un long raid solitaire, repris seulement a 1 kilometre du sommet de la Bonette par le groupe des favoris. Cette nouvelle offensive de sa part semblait vouer a l'echec, tant on le voyait mal franchir l'Alpe d'Huez en vainqueur, apres deux cols hors categorie dans les jambes. Mais il pouvait s'averer utile pour son leader a la Gerolsteiner Bernard Kohl en cas d'offensive de ce dernier. Quant au Franais Di Gregorio, il remettait le couvert apres son "coup pour rien" lors de l'etape Pau-Hautacam, ou il avait ete avale par Cancellara et consors.

Les 4 hommes firent donc l'ascension du Col de Sainte Marguerite et du Col du Galibier en tete, Stefan Schumacher assurant un tempo soutenu. Le vent de face, qui soufflait tres fort dans le Galibier, les forca a puiser tres tot dans leurs reserves. A l'arriere, le peloton etait emmene par Sorensen de la CSC. Au sommet du Galibier, les echappes, Schumacher en tete, passerent avec 5 minutes d'avance sur le peloton.

Au tout debut de la descente du Galibier,4 hommes tenterent de partir en contre: on retrouvait presque sans surprise Thomas Voeckler de la Bouyges Telecom, decidemment tres souvent a l'attaque sur ce Tour, mais aussi Amet Txurruka de l'equipe Euskaltel, Barredo de la Quick Step et Vincenzo Nibali de la Liquigas. Ce dernier ambitionnait certainement de realiser une grande chevauchee dans la Croix de Fer et l'Alpe d'Huez, pour reprendre le Maillot Blanc a Andy Schleck. Justement mise en peril par cette attaque, l'equipe CSC dans son ensemble reagi immediatement et les 4 hommes furent repris en moins de 5 kilometres..Une nouvelle demonstration de force des equipiers de Franck Schleck. Dans le meme temps, Ruben Perez chuta au detour d'un virage et tomba dans le bas cote de la route, sans gravite. C'etait en fait une erreur de trajectoire de Di Gregorio qui avait pousse Ruben Perez a la rupture et donc a la chute inevitable.

Dans la descente du Telegraphe, col qui avait ete escalade sur 2 kilometres au milieu de la descente du Galibier, Di Gregorio negocia une nouvelle fois mal un virage et se fit alors distancer par ses compagnons d'echappee. Confronte dans la vallee a un fort vent de face, le jeune Marseillais sembla a un moment baisser les bras. Immediatement, son directeur sportif vint a sa hauteur et du tres certainement remettre les pendules a l'heure. Di Gregorio tenta donc vainement de relancer son allure. En vain. En jeune coureur qu'il est, Di Gregorio se rend donc compte que dans le Tour de France il faut etre complet dans tous les domaines, y compris en descente. Une nouvelle experience qui, esperons-le, lui sera benefique pour la suite de sa carriere. Au pied du Col de la Croix de Fer, long de plus de 29 kilometres, Di Gregorio accusait plus de 2'30 de retard sur les trois hommes de tete. Le peloton etait a 7'20.

Dans le Col de la Croix de Fer, c'est Fabian Cancellara qui assura le tempo dans un premier temps, relayant ainsi le sprinter de la formation CSC, Stuart O'Grady. Le rythme s'accelera progressivement, faisant craquer tout a tour, un par un, de nombreux coureurs dont nottament Nibali et Cunego. A moins de 8 kilometres du sommet, c'est Kurt-Ale Arvesen, le champion de Norvege, qui remplaca Cancellara en tete du peloton. Nettement moins impressionnant celui du Suisse, le rythme impose par le Norvegien permi a quelques coureurs de re-integrer un peloton deja reduit a 30 petites unites environ. On retrouvait alors dans le groupe des favoris pas moins de 5 Franais: Sandy Casar, Amael Moinard, Stephane Goubert (dans l'ordre les 3 premiers Franais au General!), David Moncoutie et Jerome Pineau. A croire que la victoire de Dessel lors de l'etape de la veille avait donne des ailes aux Franais.

A sommet de l'interminable Col de la Croix de Fer, Velits passa seul en tete avec seulement 1'10 d'avance sur le groupe Maillot Jaune. Entre temps, le coureur de la Milram avait distance tour a tour Ruben Perez et Stefan Schumacher qui payait la ses efforts de la veille. Au debut de la descente, Jerome Pineau parti en chasse pattate a la poursuite du coureur de la Milram et revint sur lui en moins de 10 kilometres. C'etait clairement une surprise que de retrouver le coureur de Jean Rene Bernaudeau a l'avant de la course dans cette etape. Grimpeur moyen mais coureur complet, Jerome Pineau avait cependant montre des signes de velleite dans l'aire d'arrivee hier. Il avait annonce haut et fort qu'on allait le revoir dans deux jours en tete de la course. Finalement, il nous faisait plaisir 24 heures plus tot et c'etait tant mieux!

Malheureusement, dans la longue vallee de la Maurienne qui les ammenait au pied de l'Alpe d'Huez, les deux fuyards ne parvinrent pas a creuser l'ecart sur les groupes des favoris, qui roulait lui a vive allure sous l'impulsion de la CSC qui durcissait la course, preparant des attaques de ses leaders. Pineau et Velits ne possedaient que 1'10 d'avance sur le groupe Maillot Jaune au tout debut de l'Alpe d'Huez.

Aucun favoris, sans exception, n'avait tente quelque chose avant l'Alpe D'Huez. On l'avait pourtant dit, certain coureurs devaient partir avant la montee finale pour esperer la victoire finale. Ni Kohl, ni Sastre ni Franck Schleck n'avait ose. Ni meme Valverde, Van de Velde ou Efimkin, pourtant distance au General. Tout le monde avait peur de s'epuiser et redoutait une defaillance. Mais la, avec l'ascension de l'Alpe d'Huez, derniere grande ascension de ce Tour de France, il fallait necessairement prendre ses responsabilites, sous peine de dire adieu a la plus haute marche du Podium sur les Champs Elyses.

Pourtant, ce n'est pas un favori qui attaqua le premier dans l'Alpe d'Huez mais David Moncoutie, des le pied. Il fut instantanement contre par Carlos Sastre, qui lancait la le debut des grandes manoeuvres, des choses serieuses. Une premiere fois repris, il insista en replaant une banderille 1 kilometre plus loin, avalant au passage le pauvre Jerome Pineau (Velits ayant ete lache par Pineau auparavant). Cette fois ci, personne ne pu le suivre, meme pas Menchov qui tenta pourtant d'accrocher sa roue. Cadel Evans resta impassible a cette attaque, Sastre etant une menace de moindre importance, etant a 40 secondes de lui. Bernard Kohl moulinait beaucoup, mais n'avancait pas pour autant tres vite. Tour a tour, Kohl, Valverde et Van de Velde tenterent de revenir sur Sastre. En vain. Ces a-coups eurent pour double consequence a la fois de lacher, un peu a la surprise generale, Denis Menchov et surtout de voir Sastre creuser l'ecart. A 8 kilometres du sommet, Sastre comptait 57 secondes d'avance sur le groupe Evans. Il maintenait un bon rythme et augmentait regulierement son avance. On comprenait alors, devant la passivite des Freres Schleck, que le leadership de la CSC avait change d'epaules. Sastre dira apres la ligne d'arrivee que Franck Schleck lui avait accorde au pied de l'Alpe d'Huez un bon de sortie. Sans doute le Luxembourgeois avait-il les jambes lourdes et ne se sentait pas en mesure de prendre la course en main.

Aide durant quelques lacets par Stephane Goubert, qui roulait pour ses deux leaders Valjavec et Efimkin tout dant present dans le groupe des favoris, Cadel Evans, a 5 kilometres du sommet pris les choses en main. Il se placa en premiere position du groupe et donna tout ce qui lui restait de force pour limiter l'ecart, grandissant, avec Sastre. Il ne lui fallait pas conceder plus de 2'45 - 3 minutes sur la ligne pour pouvoir encore esperer gagner le Tour.

Carlos Sastre s'imposa finalement en solitaire a l'Alpe d'Huez dans cette troisieme etape prestigieuse des Alpes. Il leva les bras quelques metres avant la ligne, perdant la des secondes inutilement. L'avenir nous le dira si cette "erreur" lui sera prejudiciable. Derriere lui, Samuel Sanchez termina 2eme, a 2'03 juste devant Andy Schleck, decidemment tres en jambe dans les Alpes. Suivirent Valverde et Franck Schleck a 2'13 puis Evans, Menchov finalement revenu dans les derniers kilometres de l'ascension, Kohl et Van De Velde a 2'15. A noter le tres beau tir groupe des Franais qui font 13eme (Goubert), 14eme (Moncoutie), 15eme (Vogondy), 16eme (Casar) et 19eme (Moinard)! Des Franais tres en verve dans les Alpes!

Au Classement General, Carlos Sastre s'empare donc de la tete au detriment de son coequipier Franck Schleck, desormais 2eme a 1'24. Bernard Kohl est 3eme a 1'33, Cadel Evans 4eme a 1'34 et Denis Menchov est 5eme a 2'39. Le premier Franais, Sandy Casar, occupe une belle et merite 15eme place a 17'08 de Sastre. Le Maillot Blanc reste sur les epaules d'Andy Schleck qui semble en mesure de le conserver jusqu'a Paris. Le Maillot de Meilleur Grimpeur est conserve par Bernard Kohl, qui est certain de le ramener a Paris, ne pouvant plus etre rejoint. Oscar Freire reste en vert. En parlant de sprinter, il est important de souligner que Jimmy Casper a malheureusement termine hors delai aujourd'hui et ne pourra donc pas finir ce Tour de France. Il a ete lache des le pied du Col du Galibier.

C'est donc a une veritable course de cote que nous avons assiste aujourd'hui. Tout s'est joue dans la montee finale vers l'Alpe D'Huez, pas avant. L'ambiancetout au long de cette montee etait incroyable."La montee des Hollandais" comme on la surnomme,en reference nottament aux 8 victoire d'Hollandais en 13 ans de 1976 a 1989,etait bonde de supporters vetus( ou non!) de maillots oranges.

I

l est certain que les jambes des coureurs devaient etre lourdes aujourd'hui, apres l'etape d'hier. Peut etre aussi que certains, comme Kohl, Valverde ou encore Franck Schleck, n'ont pas ose attaque dans la Croix de Fer par peur d'etre trop juste dans l'Alpe d'Huez. Ce dernier n'etait pas dans un grand jour, comme hier, et semble accuse le coup physiquement sur cette fin de Tour. C'est donc Sastre qui en a profite et qui realise la bonne operation du jour. 2 CSC en tete, on pourrait croire que l'equipe de Bjarne Riis va gagner le Tour. Pourtant, c'est bien Cadel Evans qui est le mieux place ce soir pour remporter la victoire finale. L'Australien a fait montre d'une grande intelligence aujourd'hui, gerant la montee finale, seul et contre tous. Personne n'a collabore avec lui si ce n'est Goubert, allie de circonstance. Les autres coureurs l'ont laisse prendre les renes de la poursuite derriere Sastre, en patron. Ce qu'il a fait de faon remarquable, au courage. Avec 1'34 de retard sur Sastre, on peut penser que Evans sera en Jaune a Paris. Il avait distance Sastre de 1'15 lors du premier CLM a Cholet long de 30 kilometres. L'an dernier, Cadel Evans avait devance Sastre de 2'33 lors du CLM Cognac-Angouleme long de 55 kilometres. Celui de samedi sera long de 53 kilometres...Meme si Sastre est en position de leadership, c'est donc bel et bien Evans qui a les cartes en main ce soir.

Demain, une etape de moyenne montagne attend les coureurs, longue de 196,5 kilometres, avec une difficultee principale, la Croix de Montvieux, col de Seconde Categorie long de 14,5 kilometres et situe a 35 kilometres de l'arrivee. Une etape promise aux baroudeurs, on voit mal en effet les favoris a nouveau s'expliquer apres la farouche explication d'aujourd'hui. Une etape placee egalement sous le signe de la recuperation pour de nombreux coureurs, qui ont du certainement beaucoup souffrir lors des deux derniers jours.

A signaler que Saunier Duval a decide de se retirer du Cyclisme apres le controle positif a l'EPO de Ricardo Ricco et les doutes qui pesent sur Leonardo Piepoli quant a une eventuelle prise d'EPO. Cependant, on apprend ce soir que l'autre sponsor, Scott, a decide de continue sa contribution et devient donc le sponsor principale de l'equipe cycliste dirige par Mauro Gianetti. Enfin, Eurosport Espagne a lance une rumeur de dopage sur son antenne cette apres-midi. Il semblerait que des analyses complementairesaient lieu ces jours-ci a Chatenay Malabry pour confirmer la positivite de 4 controles anti dopage. Cela concernerait des coureurs de l'equipe CSC. Plus d'infos demain!


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