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Caprice de Solstice : Footing sur les traces de Louis XIV

Publié le 22 décembre 2020 par Pascal Boutreau

Thumbnail_IMG_7325Parce que j'aime l'idée de mêler sport et histoire, j'avais décidé pour le solstice d'hiver de partir courir sur les traces de Louis XIV. A l'origine, à l'instar du solstice d'été, la plus longue journée de l'année, fêtée par une journée non stop de sport (voir le récit ICI), j'avais cette fois imaginé partir pour la nuit la plus longue. Le couvre-feu a changé le plan initial et transformé le concept en "journée la plus courte de l'année" avec une adaptation du parcours. Au final, il est néanmoins resté 64 km d'un footing tracé de Saint-Germain-en-Laye, lieu de naissance de Louis XIV à Versailles, lieu de sa mort, en empruntant plusieurs lieux marqués par la présence du roi Soleil. Récit de cette balade royale. 

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Mon footing solstice d’hiver débute devant la grille du Château neuf, là où est né Louis XIV, le 5 septembre 1638. Son père Louis XIII y mourut en 1643. Entamé au milieu du XVIe siècle, sous le règne de Henri II, puis développé principalement sous Henri IV, le château Neuf fut la résidence royale de 1659 à 1680. Délabré au fil des années après le départ de la Cour vers Versailles, il fut saisi pendant la Révolution, puis démoli fin XVIIIe, début XIXe. Il n’en reste pratiquement plus rien aujourd’hui. Il est 8h42, heure officielle du lever du soleil, c’est parti pour le footing royal du jour… sous la pluie et dans le vent. Objectif : rejoindre Versailles à 16h56, heure du coucher du soleil. 

Première étape dans le Parc de Marly-le-Roi. Louis XIV y fit construire un château pendant son règne. « J'ai fait Versailles pour ma Cour, Trianon pour ma famille, Marly pour mes amis », a déclaré un jour le roi. Le château, lieu de plaisir et de fêtes, en « petit comité » (ils étaient tout de même un peu plus que 6 à table...) fut délaissé par Louis XV et Louis XVI et fut finalement détruit lors du Premier Empire. Le parc offre toujours un superbe espace de promenade… et de footing.

Je traverse le parc et replonge vers la Seine, vers Bougival pour retrouver les traces de la Machine de Marly, inaugurée en 1684. Sa mission était de faire monter l’eau de la Seine pour alimenter Marly et Versailles. Malgré tout un système de pompes (14 pompes de 12 m de diamètre étaient présentes dans la Seine), de réservoirs et d’aqueducs qui en faisait une des machines les plus complexes de l’époque, le résultat ne fut jamais à la hauteur des espoirs.

Direction Paris. Du quartier de La Défense à la place de la Concorde, j’emprunte ce qui fut nommé l’axe historique de Paris. Une partie très monotone d’abord pour traverser Nanterre et Puteaux avant de descendre l’esplanade de La Défense, de traverser la Seine avec l’Arc de Triomphe en point de mire puis descente des Champs-Élysées.

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A la Concorde, cap vers le nord et la Rue Mansart baptisée ainsi en hommage à Jules-Hardouin Mansart, premier architecte de Louis XIV et surintendant des Bâtiments du roi. Il intervint dans de nombreux chantiers de l’époque. Le château de Marly-le-Roi déjà évoqué, le Château du Val dans la forêt de Saint-Germain, l’hôtel de Noailles, toujours à Saint-Germain, le château de Dampierre-en-Yvelines, et bien évidemment la plupart des réalisations autour du château de Versailles(grandes écuries, Grand Trianon, chapelle royale etc.)

Petit crochet par la Porte Saint-Denis, construite en 1672 par l’architecte François Blondel à la gloire de Louis XIV en l’honneur de ses victoires sur le Rhin et en Franche-Comté, puis la Porte Saint-Martin également érigée sur ordre du roi. Sur ces grands boulevards, je passe devant de nombreux théâtres. Leur rideau est resté baissé, les portes sont closes et les lumières éteintes. Sur leur fronton, les affiches témoignent de la détresse du monde culturel avec ces pièces programmées depuis des mois mais toujours en attente de leurs premiers spectateurs.

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Direction vers l’est parisien et le cimetière du Père Lachaise, du nom de François d’Aix de La Chaise, prêtre confesseur de Louis XIV (le cimetière fut créé en 1804) avant d’aller s’engouffrer dans le centre de la capitale en passant par Bastille. On y retrouve la trace du roi dans la Rue Turenne, de son vrai nom Henri de la Tour d’Auvergne, maréchal de France en 1643, un des grands militaires de Louis XIV. Me voilà devant l’Église Saint-Eustache, tout près du forum des Halles. Louis XIV y fit sa première communion. On y trouve aussi la sépulture de Colbert, contrôleur général des finances du roi, mort en 1683. Avec un peu plus de temps, je serais aller emprunter la rue Colbert, pas très loin, près de la Bourse. Mais la montre affiche déjà plus de 40 km et les heures filent un peu plus vite que prévu. Si je veux espérer arriver à Versailles pour l’heure du coucher du soleil, je dois adapter le parcours. Impossible néanmoins de manquer la statue équestre de Louis XIV, place des Victoires (il s’agit d’une réplique, l’originale ayant été détruite et fondue pendant la Révolution).

Place à la parenthèse culturelle. Durant son règne, le roi a porté une grande considération aux artistes. Parmi eux, un certain Molière. Le crochet par la Comédie Française, fondée en 1680 par ordonnance royale et résidant depuis 1799 dans la Salle Richelieu au cœur du Palais-Royal, est donc une évidence. A l’époque du Roi, on y joua des pièces de Jean Racine (Andromaque, Phèdre etc.), Pierre Corneille (Le Cid) et bien évidemment de Molière. Passage à proximité de la rue Thérèse, nommée ainsi en hommage à Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne et première épouse de Louis XIV (un mariage diplomatique comme souvent à l’époque).

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Le Palais Royal. Construit sur ordre de Richelieu à l’époque de Louis XIII, père de Louis XIV, le Palais Royal abritera la famille royaleplusieurs années. La régente Anne d'Autriche s’y installa de 1643 à 1652, quittant les appartements incommodes du Louvre, pour profiter du jardin où pouvaient jouer le jeune Louis et son frère. Près de quatre siècles plus tard, les enfants continuent d’y jouer et d’y crier. Ils courent après un ballon, font la course, sous le regard d’une maman ou d’un papa, leur reine ou leur roi à eux. Même sous la pluie, l’endroit reste grandiose, un de mes préférés à Paris. Juste à côté, les rares touristes présents prennent la pause sur les colonnes de Buren (posées en 1986). Le footing se poursuit devant Le Louvre, de l’autre côté de la rue de Rivoli.

Louis XIV s’installa au Palais du Louvre en 1652 et y entreprit de grands travaux et de grands aménagements. Il est notamment à l’origine des grands aménagements de la Cour carrée. Si beaucoup purent être réalisés, le grand chantier de Versailles finira par mobiliser la plupart des forces aux dépens du Louvre. A l'image des théâtres, les portes sont closes. Impossible même de s'approcher de la Pyramide ou de traverser la Cour Carrée. La culture est sous scellée. Non essentielle ! 

La visite royale rive droite est donc terminée. Pour franchir la Seine, le Pont Royal est évidemment le passage le plus approprié dans cette balade historique. Troisième plus ancien pont de Paris après le Pont Neuf et le Pont Marie, il fut entièrement financé par le roi Louis XIV et ouvert en 1689.

Sur notre gauche, quelques centaines de mètres en amont, on aperçoit les tours de Notre Dame. Si Louis XIV fut couronné dans la cathédrale de Reims le 7 juin 1654, Notre-Dame de Paris tient bien évidemment une place particulière dans le règne du roi. Au début de son règne et jusqu’à son installation à Versailles (1682), il y assista à de nombreux offices et y fit entreprendre de grandes modifications souhaitées par son père Louis XIII. Deux sculptures des deux rois sont d’ailleurs présentes dans la cathédrale. Les entrailles de Louis XIII sont déposées sous une dalle de marbre noir au pied de l’autel de la cathédrale parisienne, dans un petit baril de bois.

Retour vers l’ouest par les quais de la rive gauche par le Musée d’Orsay puis, un peu plus loin, celui du Quai Branly. La succession des ponts rythme le footing. Au niveau du pont Alexandre III, un petit coup d’œil sur la gauche permet d’apprécier l’Hôtel des Invalides dont la construction fut décidée par l’édit royal du 24 février 1670 pour les invalides de l’armée de Louis XIV, notamment ceux de la guerre de Trente ans contre l’Espagne. Il fut construit sur les plans de Libéral Bruant. L'architecte avait déjà œuvré pour La Salpêtrière et est également à l’origine des premiers plans de la Place Vendôme repris ensuite par Jules-Hardouin Mansart.

Arrivé devant la Tour Eiffel, j’avais imaginé emprunter le Pont d’Iéna pour une rapide incursion sur la rive droite pour y remonter, au pied du Trocadéro, la rue André Le Nôtre, jardinier et paysagiste du roi pendant 55 ans, à l’origine des jardins de Versailles mais aussi de Vaux-le-Vicomte pour Nicolas Fouquet ou encore des Tuileries et bien sûr de la grande terrasse de mon château de Saint-Germain-en-Laye. J’avais aussi prévu de prolonger un peu le crochet pour emprunter l’Avenue Montespan, dans le 16e. Madame de Montespan, de son vrai nom Françoise de Rochechouart de Mortemart, était la favorite du roi. Sept enfants sont nés de leur relation.

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Mais même si j’ai bien compris que je ne pourraiarriver à Versailles « à l’heure », j’ai déjà près de 50 km dans les papattes et le chemin le plus court sera le meilleur. Ce chemin, je le connais bien puisque c’est celui de la course Paris-Versailles, le premier dossard de ma vie, au tout début des années 90. Il me reste donc à rejoindre la préfecture des Yvelines en empruntant bien évidemment la fameuse Côte des Gardes souvent redoutée par les coureurs de cette grande classique née en 1976. Si dans ma folle jeunesse, j’ai bouclé cette course de 16,3 km en 1h16, il va m’en falloir évidemment bien plus cette fois. Pour rester dans le thème historique de cette balade, c’était aussi la route empruntée par les armées royales sous l’Ancien régime pour aller de Versailles à Paris. Inutile de faire du zèle, la côte se fait en marchant bien évidemment. De toute façon, je ne suis plus capable de faire autrement et je ne suis plus à quelques minutes de rab. Arrivé en haut, dans la forêt de Meudon, je tente le raccourci à travers la forêt. Le fameux raccourci « je le sens bien par-là », qui à l’arrivée vous rallonge le parcours de 1 ou 2 kilomètres. Je me fais avoir à chaque fois…

Il fait déjà nuit mais Versailles m’accueille enfin. Au bout de cette interminable ligne droite de l’Avenue de Paris – un faux-plat montant en plus-, se dresse le château, « l’œuvre » de Louis XIV. Dans ce terrain marécageux, il fit bâtir ce château, aujourd’hui un des monuments les plus connus au monde. Il y installa la cour en 1682. Il y mourut le 1er septembre 1715 à Versailles, après un règne, de 72 ans (régence de sa mère Anne d’Autriche, jusqu’en 1651, comprise) !  

La grande statue équestre en bronze de Louis XIV qui se dresse depuis 2009 sur la place d’Armes du château, dessinée par Pierre Cartellier (le cheval) et Louis Petitot (le roi) et fondue par Charles Crozatier en 1838, marque la fin de mon périple. Le soleil est allé officiellement se coucher depuis un moment. Au regard du temps pourri de la journée, pas certain qu’il se soit levé… Le roi est mort. Moi aussi.

……..

Avant la mise en place du couvre-feu, j’avais étudié un parcours un peu plus long qui devrait occuper la « nuit la plus longue de l’année ». Voici quelques étapes initialement imaginées :

. Passage au 46 Rue Bossuet, là où est mort Jacques-Bénigne Bossuet, homme d’église et précepteur du dauphin, Louis de France, fils de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche (Bossuet a également laissé une trace importante dans l’histoire pour les oraisons funèbres prononcées).

. Direction le nord-est parisien, remontée du bassin de La Villette pour aller jusqu’à la Place de l’Édit de Nantes. Si cet édit fut prononcé en 1598 par Henri IV et offrit une relative liberté de culte pour les protestants, sa révocation, en octobre 1685 relève de la politique de Louis XIV. Elle déclencha une violente répression envers les protestants. 

. Remonter les quais jusqu’à l’île de la Cité, puis direction le sud pour y parcourir les rues Racine et Corneille et, juste à côté la rue Condé, autour du théâtre de l’Odéon, baptisée ainsi en raison de la présence de l’hôtel de Condé. La Maison de Condé est une branche de la famille des Bourbon. Le Prince Louis II de Condé fut d’abord un des brillants généraux du roi dans la guerre de trente ans et son défenseur pendant le début de la Fronde (1648-1653), mouvement à la fois politique et social qui bouscula la Monarchie alors que Louis XIV était encore très jeune. Sous la menace des frondeurs, il quitta même Paris clandestinement dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649 pour rejoindre le château de Saint-Germain, pourtant très délabré et sans meuble. Le jeune roi dut dormir sur un lit de camp. Cette période marqua considérablement le roi. Par réaction contre Mazarin, Condé deviendra plus tard un farouche opposant, meneur de la Fronde des Princes, sera arrêté et emprisonné à Vincennes puis plus tard, rejoindra les troupes espagnoles avant de revenir en bonne grâce à la Cour et de combattre… les Espagnols.

. Pas très loin de la gare Montparnasse, l’Allée Maintenon rend hommage à Madame de Maintenon, de son vrai nom Françoise d’Aubigné, d’abord gouvernante des enfants naturels de Louis XIV avec sa maîtresse Madame de Montespan, puis épouse du roi en 1683 à la mort de Marie-Thérèse d’Autriche.


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