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Sans alcool, d'Alice Rivaz

Publié le 26 décembre 2020 par Francisrichard @francisrichard
Sans alcool, d'Alice Rivaz

J'aime les restaurants. Bien entendu, je parle des Végétariens, des Sans-Alcool, car je n'ai jamais pénétré dans les autres. Maintenant je n'oserais plus. C'est trop tard.

C'est dans son journal, à la date du 14 octobre, que la narratrice de Sans alcool ou la dernière chance, la première nouvelle de ce recueil (qui en compte dix-sept), note ceci.

Comme dans les autres nouvelles, elle fait partie de ces petites gens qu'Alice Rivaz dépeint avec beaucoup de justesse, de sensibilité et de retenue dans l'expression.

En effet l'auteure ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières. Elle observe, c'est tout. Et le fait est que, du coup, ce qu'elle dit a une grande portée, encore aujourd'hui.

La diariste a vécu chez ses parents jusqu'à ses quarante-quatre ans. À ce moment-là, elle est devenue orpheline et a décidé de tenir ce carnet épisodiquement.

Quatre ans plus tard, elle n'écrira que s'il se passe quelque chose de notable dans [sa] vie.  C'est ainsi qu'après une interruption de neuf mois, elle note qu'elle vient de perdre son emploi...

Dans ce recueil, toutes les personnes, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, sont authentiques, sans doute parce que l'auteure a un sens aigu de l'observation des êtres et des choses.

Dans Le chemin des amoureux, Elisabeth et Denis s'aiment mais ont du mal à se le dire. En ce temps-là, les amoureux manquaient d'assurance et avaient du mal à s'affranchir des règles.

Cette difficulté à s'aimer se retrouve dans L'accomplissement de l'amour où Jacques dit à Sylvie vouloir préserver le meilleur en s'abstenant de satisfaire avec elle son désir pour elle.

Dans Une Marthe, la prénommée est conforme à son homonyme de l'évangile. Elle ne laisse pas de toujours mettre tout en ordre, même si elle regimbe en son for intérieur:

Les hommes font de nous des Marthe, et cela depuis la nuit des temps, et après ils nous donnent Marie en exemple.

Le piano de Mademoiselle Lina n'a pas servi pendant des années et, quand elle veut en jouer, il n'est pas en état et elle n'a pas les moyens de l'y remettre...

Le veuf Ducret, cinquante-neuf ans, a passé l'âge de séduire, mais il tente sa chance auprès de sa jeune secrétaire, Lise Janet, qu'il invite à venir prendre une tasse de thé chez lui...

Comme le dit Françoise Fornerod dans la postface, les situations de ces premiers récits comme celles des suivants sonnent d'autant plus justes que l'auteure les a connues:

Le chômage, la pauvreté, la solitude, la désillusion sentimentale, la trahison amoureuse, la maladie, la rigueur des préceptes moraux inculqués par l'éducation protestante, la quête d'un sens de l'existence du côté des religions orientales, l'appel de la mort.

Ces récits montrent surtout combien les moeurs ont évolué, même si des permanences subsistent: le monde d'avant n'était pas meilleur que celui d'après; il était différent et, peut-être, plus difficile...

Francis Richard

Sans alcool, Alice Rivaz, 240 pages, Zoé poche (Édition originale: La Baconnière, 1961)


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