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10 €

Publié le 24 juillet 2008 par M.

 

 

9,90 €, s’il vous plait.

Alors voilà ce que ça valait. L’information qui allait, ou non, changer ma vie ne valait pas plus de 10 €.

 

Après cinq jours d’angoisse et cinq nuits blanches j’allais enfin savoir ce qu’allait devenir ma vie. Et ce pour moins de 10 €. J’insiste sur le chiffre simplement parce qu’il m’a marquée : il semblait si dérisoire face au tourbillon que je traversais. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi.

 

 

Un matin, c’était un vendredi, je me suis levée avec une drôle de sensation. Je me sentais différente, un peu changée. Je ne me l’expliquais pas, et puis j’avais du travail alors j’ai enchaîné sur le reste de ma journée.

Le lendemain, ce sont des nausées d’une violence inouïe qui m’ont réveillée. J’avais un peu bu la veille, je ne cherchai donc pas d’autre cause et attribuai mon état à cet excés. Plus tard dans la journée, en voulant noter un rendez-vous sur mon agenda, je pris conscience de la date et en moins d’une seconde tout se mit en place dans ma tête : je n’avais pas la gueule de bois mais deux jours de retard de règles.

 

C’est assez étrange ce qui se produit dans un esprit à cette pensée là. J’imagine que c’est pour chacune différent, mais je me suis sentie si femme, plus que jamais auparavant, j’avais la sensation de savoir, de ressentir la vie au creux de moi, l’espoir caché dans mon ventre, l’avenir au coeur du corps. J’étais sûre : les nausées, les humeurs changeantes, le retard, tout venait confirmer mon pressentiment.

 

Je passai le dimanche au lit, à cogiter.

Je ne pouvais pas garder cet enfant : j’étais immature, instable et surtout seule. Le “père” n’en voudrait pas, il en avait déjà de toutes façons et puis qu’étais-je pour lui ? Une jolie rencontre, rien de plus. Je décidai tout de même de le lui dire, et sa réaction fût des plus explicites : non seulement je n’avais pas le droit de lui faire ça, mais quoique je décide il ne fallait pas que je compte sur lui. Je m’en doutais, mais l’entendre fût presque un choc.

Il avait raison, je n’allais pas faire un bébé toute seule comme dans cette stupide chanson de Goldman, non, je pouvais espérer mieux, surtout à mon âge, l’horloge biologique ne s’était pas encore mise en marche. Et puis, je n’avais pas les moyens de l’assumer, mon job était précaire, mon salaire insuffisant, mon appartement trop petit, mes parents trop loin pour m’aider, non, je ne pouvais décemment pas garder ce bébé. Voilà où me menaient mes réflexions, ce que me dictait ma raison.

Mais comme le coeur a les siennes que l’autre ignore, et ce que je ressentais était très différent de ce que je pouvais penser. Je n’étais pas encore sûre d’être enceinte que je pouvais déjà sentir la vie en moi, je fermais les yeux et je voyais ce foetus, la tête en bas, confortablement logé au plus doux de mon ventre. Je me sentais heureuse et pleine et mon avenir semblait soudain si certain… J’avais des réactions bizarres, par exemple je protégeais mon ventre de mes mains lorsque je traversais la foule, je dormais sur le côté, les jambres repliées, j’ai même arrêté de fumer, moi qui avais essayé 3 fois sans résultat.

 

Le lundi, je passai à la pharmacie :

9,90 €, s’il vous plait. Et attendez demain matin pour faire le test, la réponse sera plus nette.

 

Les dernières heures d’attente furent de loin les pire. Je savais que rien ne serait plus jamais comme avant, quoiqu’il arrive. Je m’étais fait tellement d’idées, j’avais tellement tout envisagé, je m’étais préparée à tout et avais finalement décidée de laisser le destin choisir pour moi : je m’en tiendrais au résultat.

 

J’ouvris les yeux le mardi, et sortis des draps sans peine, le sourire aux lèvres. Un tour dans la salle de bain, après quoi je replaçai le capuchon bleu, comme indiqué sur la notice, et posai le test à plat sur la table basse du salon. Cinq minutes d’attente, dix pour une réponse définitive, je n’étais plus à ça prêt, je préparai du café. Je me dis que suivant le cas, je ne le boierais pas et achèterais à la place du déca. Je sifflais allègrement dans la cuisine, la fraicheur du carrelage sous mes pieds m’était agréable, tout comme la douce lumière du matin, les premiers bruits de la rue, la musique du magasin d’en bas.

 

Je posai ma tasse pleine sur la table, prés du test, et j’inspirais profondément avant de poser les yeux sur mon messie en plastique blanc.

Le trait unique qui s’y dessinait tomba comme une guillotine sur mon sourire.

Je bus mon café, et sortis acheter des cigarettes.


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