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Démocratie entrepeneuriale

Publié le 25 juillet 2008 par Malesherbes
L’entreprise n’est pas une démocratie. Il n’y a d’ailleurs là rien d’anormal. Quand une personne a consacré ses ressources et son énergie à créer une entreprise, celle-ci est son bien et il est naturel qu’elle puisse la diriger à sa guise. Lorsque la propriété d’une entreprise est collective, ses dirigeants sont investis de la même mission, assurer le succès et la pérennité de cette entité. Quand ils n’oublient pas qu’ils sont eux aussi des salariés, ils peuvent être confortés dans l’idée qu’ils ne sont pas des salariés comme les autres par le fait que leur départ ou leur éviction ne les précipite qu’exceptionnellement dans le chômage ou dans la misère.
Sur un bateau, il ne peut y avoir qu’un capitaine, qu’un seul barreur. Dans une entreprise, il ne peut y avoir qu’une direction. On voit trop bien ce qui se passe dans le cas d’entreprises publiques lorsque le propriétaire impose sa loi aux patrons qu’il a choisis. Parler donc de négociation dans une telle entité, c’est se moquer du monde. Il y a encore quelques années, on trouvait dans les entreprises, une Direction des Relations Humaines. Ce libellé indiquait que cette direction avait pour mission de régler les relations entre les êtres humains qui, à différents niveaux, constituaient cette entité. Le sigle a subsisté mais il se lit désormais Direction des Ressources Humaines. Cette modification n’est pas anodine. Même si elle préserve l'idée qu’il s’agit non pas de machines ou de matières premières mais d’hommes, ceux-ci deviennent des ressources que l’on peut consommer à volonté.

Chaque année, dans l’entreprise où j’ai passé ma carrière, avait lieu la négociation sur les salaires. La Direction présentait son plan, les représentants du personnel faisaient connaître leur position. Lorsqu’ils ne parvenaient pas à un accord, on dressait un constat de désaccord et la Direction mettait en œuvre son plan. Même si ce mode opératoire me choque, il donne un exemple du fait que la négociation dans une entreprise est le plus souvent inéquitable du fait du déséquilibre entre les parties en présence.
Les lois et règlements sont destinés à prévenir les dérives. Dans chaque industrie, on ne laisse pas les entreprises décider seules des caractéristiques de leurs produits ou services. Celles-ci sont formellement spécifiées et contrôlées On s’efforce de nos jours d’étendre le champ d’application des règlementations. Les riverains des mers demandent que des lois internationales protègent leurs côtes des naufrages pétroliers en imposant à tous les pays des navires à double coque. Des membres de l’UE souhaitent se prémunir contre le dumping social de pays comme l’Irlande. Être moderne, selon un mot si cher à notre gouvernement, c’est étendre le domaine de la loi, non pas le restreindre.
Présenter comme un progrès le fait de rétrograder la Loi, non pas même au niveau d’une branche mais à celui de l’entreprise, entité qui n’entretient avec la démocratie que des rapports assez distants, est-ce être imbécile ou malhonnête ? J’inclinerais à répondre, les deux.

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