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Tout est illuminé de Jonathan Safran Foer

Par Sylvie
ETATS-UNIS
Tout est illuminé
Editions de l'Olivier, 2003
Avec deux romans seulement à son actif, Safran Foer est devenu l'enfant prodige de la jeune littérature américaine. Je vous avais présenté il y a quelques temps Extrèmement fort et incroyablement près, son deuxième opus.
On retrouve dans son premier roman la même originalité : un style inimitable, un mélange de bouffonnerie et de tragédie, un travail sur la langue et la narration et une description des liens familiaux très émouvante.
Alors qu'Extrêmement...est fondé sur le 11 septembre 2001, ce premier opus repose sur les coutumes juives yiddish.
En Ukraine, une famille qui tient une agence de voyage très spéciale est contactée par un jeune écrivain juif américain -Jonathan Safran Foer !- qui veut retrouver la femme qui a sauvé son grand-père des persécutions nazies  dans le mystérieux village de Trachimbrod...Et voila qu'Alex, le fils du propriétaire de l'agence spécialisée dans ce genre d'affaires, est chargé d'emmener l'écrivain sur les lieux en compagnie....de son grand-père faussement aveugle et de son chien pour aveugle....
L'écrivain surnommé par Alex Le héros n'est pas au bout de ses surprises, surtout qu'il n'aime pas les chiens...Le burlesque naît de l'image de l'Amérique véhiculée par les Ukrainiens.
Les chapitres font alterner l'histoire mythique du village de Trachimbrod, de 1791 à 1942 (histoire écrire par l'écrivain-héros, alias Safran Foer) et les lettres d'Alex adressée à l'écrivain dont il est en train de traduire le roman.
Tout commence par une bouffonerie sans nom : Alex parle "en petit nègre" (chapeau pour la traduction) avec des expressions mythiques telles que "être charnel avec une fille " ou "manufacturer des RRR" pour dire ronfler ! C'est d'abord ce travail remarquable sur la langue qui fait le génie de ce  récit.
Lorsque nous dégustons la première partie, nous avons l'impression de voyager dans un film de Kusturica ou encore de lire un roman sud-américain hérité du réalisme magique ; le roman regorge de situations truculentes et surréalistes (un bébé qui émerge des eaux, un homme qui vit avec une scie dans la tête, une communauté juive dévisée entre Verticalistes et Avachistes !!!) Ca rit, ca danse, ça crie.
Puis petit à petit, le drame s'immisce en douceur jusqu'en 1942 où les nazis massacrent les juifs d'Ukraine.
Finalement, c'est Alex qui en apprendra davantage sur son passé que Safran Foer. Car les souvenirs du grand-père ressurgissent ...
Tout est tellement bien construit que nous avons l'impression à certains moments que la vie de l'écrivain et celle d'Alex, leur passé, se confondent.
Quant au titre énigmatique, il désigne tout aussi bien une tragédie que la fureur érotique...
Avec ce roman qui ne ressemble à aucun autre, Safran Foer réaffirme la puissance du romanesque qui est capable d'embraser les sentiments les plus contradictoires, allant du profane au sacré, du burlesque à la pure tragédie. Roman rime ici avec Vie ; en même temps, il renouvelle la tradition du roman juif américain en inventant un nouveau choc des cultures drolatique entre les américains et les ukrainiens ...Comme dans Extrêmement..., la grande Histoire se mêle à des histoires de famille tragiques.
Quel premier roman !

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