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La bêtise est toute nue

Publié le 28 juillet 2008 par Anne-Caroline Paucot

Tout le monde aimerait tailler un costard à Max Fringuant. Cet homme compense sa petite taille par un odieux sentiment de supériorité. Du haut de son 1,60 mètre, il vous envoie un regard méprisant qui vous donne l'impression d'être un nain de jardin.

À entendre son père, cette désolante absence de charisme est à mettre au débit d'un cursus scolaire hasardeux. Vendeur de vêtements strasbourgeois, l'arrière grand-père de Max avait un magasin en face de l'ENA. Au moment des choix scolaires, il a opté pour cette école qui a marqué son enfance. Comme le principal enseignement de cette fabrique d'élites est d'apprendre à se sentir supérieur aux autres, il est progressivement devenu un odieux personnage.

Ce désir de tailler un costard est aussi lié à l'activité de Max. Dans la famille Fringuant, depuis quelques générations, tout le monde est dans la fringue. Et l'histoire du commerce pourrait s'écrire en observant leur manière de vendre. L'arrière grand-père avait une boutique, son grand-père avait des supermarchés en banlieue, son père vendait sur Internet et lui, il prit pignon sur le Net aux toutes premières heures des univers virtuels.

Toujours à cause de cette foutue école à clonage de cerveaux, Max ne veut pas être perçu comme un vulgaire commerçant. Se revendiquant bio créateur, il a lancé le vêtement garanti fibres naturelles. Baobab, kapok, sisal, chanvre, soja... Pour remplacer le polyester à base de pétrole, il n'eut que l'embarras du choix. Il est rapidement devenu le fournisseur officiel de toutes les personnes revendiquant un minimum de conscience sociale.

Avec la vague de biovêtir parler environnement et porter des vêtements intégrant des fibres synthétiques furent deux choses incompatibles. Après cette entrée en fanfare dans le monde des habillés écolos, Max Fringuant proposa des costumes et autres vêtements composés avec de la fibre de bois qui ne se chiffonne pas.

Même si sa boutique virtuelle fut hackée par les fabricants de robots à repasser, les succès de sa gamme l'encouragea à poursuivre les recherches. Il ajouta des algues et obtint un tissu doté de propriétés anti-microbiennes, hydratantes et anti-inflammatoires.

Avec ces tissus écologiques, indéfroissables et thérapeutiques, Max Fringuant fit fortune. En une année, il passa d'une PME de 50 personnes à une société de 5000 personnes cotées en bourse. C'est à ce moment-là qu'il vira au mégalomane délirant. Il racheta la tour Eiffel, lui fit faire toute une garde-robe et l'habilla.

Si plus personne n'ignorait l'existence de Max Fringuant, son impact fut négatif. Les uns se moquèrent et les autres s'indignèrent de cet acte anti-environnemental. Comme le bilan écologique de l'opération fut alarmant, l'entreprise fut condamnée à payer une très forte amende. Même si l'entreprise avait largement les moyens de la payer, Max eut du mal à accepter le verdict et il décida d'arrêter la production de vêtements bios et s'orienta vers le vêtement high teck.

Il commença par lancer les vétemoticons, ou les vêtements qui changent de couleur avec les émotions du porteur. Les vétemoticons deviennent rouges lorsque vous êtes en colère, verts lorsque votre excès d'adrénaline vous fait grimper aux lustres, blancs lorsque la peur a prise sur vous…

Comme les humains sont animés souvent d'émotions paradoxales, les vêtements s'avéraient le plus souvent être des arcs-en-ciel très chics. Ils n'eurent pour autant pas les succès escomptés. Ses potentiels clients lui avouèrent que dans un monde où tout le monde est suivi à la trace, ils préférèrent garder privées leurs émotions. Seules quelques entreprises l'adoptèrent comme vêtements de travail. Cela permettait aux patrons de voir les réactions de leurs subordonnés.

Après cet échec commercial, Max Fringuant mit au point des pulls climatisés qui grâce à des nano tubes de carbone pouvaient stocker l'énergie et la restituer en cas de baisse de la température. S'ils avaient été mis sur le marché dix ans plus tôt, ils auraient fait un tabac. Avec le réchauffement climatique, tous les produits qui évoquaient une baisse des températures étaient systématiquement boycottés.

Dans sa série des mémorables flops commerciaux, Max Fringuant eut à déplorer le ventome , ou le vêtement qui rendait invisible la personne qui le portait.Comme l'idée était séduisante, tous les nantis de ce monde lui commandèrent plusieurs costumes.Ils étaient satisfaits de cet habit original jusqu'à ce que l'empereur de Chine s'en revêtît pour masquer ses formes un peu trop généreuses. Alors qu'il paradait, il entendit un enfant dire :
- Mais le roi est tout nu.
Comme un conte ancien avait marqué les consciences, tout le monde répéta : « Le roi est nu ». C'était faux, mais il n'en fallut pas plus pour qu'une rumeur se répande sur le Net. Elle disait que Max Fringuant abusait des grands de ce monde en leur vendant des vêtements inexistants. À entendre ces bruits de Net, ce créateur de vêtements mégalomane n'avait qu'un objectif : montrer que tous les puissants étaient des abrutis.

Ce fut un coup dur mais pas fatal pour Max Fringuant. Il recruta les meilleurs chercheurs de la terre et leur demanda d'inventer un vêtement qui éloignait toutes les personnes stupides de son entourage. Par l'argent alléché, les scientifiques planchèrent sur le sujet et lui proposa « abstracon », l'habit qui déteste les cons. L'abstracon se basait sur le fait que les imbéciles parlaient avant de penser. Il analysait donc le temps de réponse à une question pour son repérage. Lorsque la personne était classée dans la catégorie des imbéciles, le vêtement déclenchait des sonorités hautes fréquences qui faisaient fuir les imbéciles.

Manque de chance, alors que Max Fringuant testait le prototype en portant le vêtement, un internaute affirma que ce n'était que de la fumisterie et il en avait la preuve. Max entama un procès en diffamation. L'internaute fournit son argument. Si le système fonctionnait, Max qui avait la bêtise d'inventer un vêtement aussi stupide, serait dérangé par les perturbations sonores. En clair, il tenterait d'échapper à lui-même.

Le juge n'a toujours pas tranché. Conscient que la bêtise humaine donne une idée de l'infini, il fait en ce moment appel à toutes les intelligences pour savoir si cela empêche de la mesurer. A ce stade de l'enquête, le juge a juste découvert que l'intelligence artificielle était le contraire de la bêtise naturelle.

Egarement futuriste de « Les habits neufs de l'empereur » de Christian Andersen


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