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Guerres urbaines. nouveaux mÉtiers, nouveaux soldats – antonin tisseron.

Par Francois155

Economica 2007. Préface du Général Vincent Desportes.


« La guerre future ne sera pas la fille de l’opération Desert Storm mais la petite fille de celle de Tchétchénie ».

Général Krulak. Commandant de l’USMC.

Voilà un excellent ouvrage, court, dense, bien construit et qui puise aux dernières sources et RETEX des armées occidentales pour contribuer aux réflexions sur les futurs engagements urbains, leurs natures probables et les contraintes qu’ils imposeront à leurs intervenants.

Depuis Sun Tzu, le stratège conseille fortement d’éviter la ville tout en sachant que c’est là que se trouve bien souvent l’issue des combats, une réalité devenue incontournable de nos jours.

Pour le soldat, la ville en guerre est un environnement traumatisant, cauchemardesque, où les destructions occasionnées par les armes modernes transforment un espace de vie si commun à l’humanité en un lieu dévasté, étranger, mortifère, où tout devient hostile. Chacun a en mémoire les combats épiques et sanglants de Stalingrad ou de Berlin, de Grozny ou de Mogadiscio, de Bagdad ou de Sarajevo.

Mais, avec la fin de la Guerre Froide, les forces armées occidentales ont du adapter, parfois dans la douleur, leur approche du combat urbain, évolutions qui sont toujours en cours et nécessitent ajustements et réflexions pour mieux parvenir à maîtriser cet espace si particulier. Dans son livre, Antonin Tisseron se place résolument dans cette nouvelle optique, y montre les nouvelles tendances tout en relevant quelles sont les armes et les méthodes héritées du combat de haute intensité qui restent encore valables.

Ainsi, il examine ces contextes récents qui font intervenir nos soldats en zones urbaines, notamment dans le cadre des opérations extérieures, qu’ils s’agissent d’opérations de paix, de protection des ressortissants à l’étranger comme de la bataille urbaine contre un ennemi irrégulier qui usera alors de son environnement comme d’un puissant facteur d’asymétrie.

Mais au cœur de l’affrontement urbain, il y a toujours l’homme, le soldat qui se trouve ici confronté à de nouvelles missions, à de nouveaux métiers : il n’est plus seulement un combattant, mais doit aussi devenir un manageur et un agent de l’ordre. La guerre des trois blocs, le caporal stratégique sont des notions abordées par Tisseron comme particulièrement éclairantes dans les ingérences militaires actuelles et futures. D’autant que, loin des « commodités » qu’offraient les champs de bataille ouverts de la Guerre Froide, la ville en guerre d’aujourd’hui oblige le soldat à se confronter, outre l’ennemi qui se fond dans la masse, avec des acteurs locaux et internationaux (ONG, journalistes) qu’il doit gérer avec habileté. Sans oublier ce décideur essentiel dont l’adhésion, ou pas, est la clé du succès : la population. À ce sujet, l’auteur nous rappelle que « c’est la conception de la victoire et de la défaite qui a changé » : l’ennemi ne doit plus seulement voir sa volonté contrainte par l’usage massif de nos armes. Les guerres urbaines asymétriques ont beaucoup à voir avec les modèles de la guerre révolutionnaire tels qu’ils furent théorisés par les guérillas marxistes chinoises ou vietnamiennes.

Dans ce contexte, les armées adaptent aussi bien leurs armes que leurs organisations : les outils d’hier n’ont pas perdu de leurs valeurs, il convient par contre de les formater correctement pour la guerre urbaine du 21éme siècle. Chars et hélicoptères, par exemple, conservent toutes leurs pertinences, de même que l’arme aérienne ou les feux sol-sol, à condition de les employer judicieusement.

Mais c’est sans doute au niveau de leur organisation que les armées doivent évoluer le plus : un commandement fortement décentralisé, la compression des unités qui impose des petits groupements intégrés très mobiles, un renseignement technologique et surtout humain de qualité permettent de se défaire des lourdeurs héritées du schéma bloc contre bloc.

Bref, Antonin Tisseron dessine les contours des affrontements urbains futurs en insistant sur le fait que le soldat doit y relever le défi d’une plus grande autonomie, d’une complexification de son métier, d’une polyvalence qui ne va pas sans poser des problèmes, tant pour ce qui concerne les mentalités que l’entraînement. La question de l’implication de forces telles que la Gendarmerie pour des missions de maintien de l’ordre dans des zones de conflit est par exemple posée. De même, pour éviter que le soldat ne reste cantonné dans son rôle strictement « guerrier », il est proposé de lui faire intégrer des notions telles que le sens de la justice et celle du bien public.

D’ores et déjà, les RETEX portent leurs fruits, les matériels et les doctrines s’adaptent, les soldats sont mieux formés et entraînés, en particulier au sein de centres spécialement conçus qui les soumettent à des situations de plus en plus réalistes. Oui, la guerre de demain aura lieu dans les villes, au sein de populations qu’il faudra convaincre et protéger des menées agressives d’adversaires misant sur nos faiblesses, supposées ou réelles, à nous adapter à leurs partitions. Le livre d’Antonin Tisseron propose des pistes, pose de bonnes questions et entame des réflexions salutaires qu’il nous faudra poursuivre.

Note :

Sur ces problématiques, le lecteur consultera avec profit l’excellent site de Benedicte Tratnjek, « Géographie de la ville en guerre », déjà mentionné dans ces pages.


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