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Fils de l'utopie

Publié le 03 août 2008 par Mgallot

5ce9aecafd2e2aedf233b0c4a1f3683b.jpgSan Francisco, 1969, un petit garçon de 4 ans, Sean, fils de hippies, explique à la caméra comment il voit la vie: surtout ne pas porter de chaussures, ne pas se marier, narguer les flics qu'il considère comme inutile, fumer et manger de l'herbe, courir dans les rues en liberté, partir en bateau faire le tour du monde. Le réalisateur du film, Ralph Arlyck, voisin de la famille de Sean et proche des milieux hippies, diffuse ce court-métrage dans les festivals. Son film est même projeté en 1ère partie de L'enfant sauvage de François Truffaut.

25 ans plus tard, Ralph Arlyck, qui a perdu la trace de ses anciens voisins, se demande comment ont évolué Sean et les siens et retourne les filmer. Que sont-ils devenus, eux, les utopistes radicaux? Et leurs enfants, sont-ils les junkies et les contestataires auxquels les commentateurs du court-métrage s'attendaient? En filmant les autres, Ralph Arlyck s'interroge aussi sur ses propres choix de vie, son mariage, ses parents, son rapport au travail et aux normes, lui qui depuis 1969 s'est installé dans un pavillon de la banlieue de New York et partage la vie de la même femme depuis lors. Tel est l'argument de Following Sean, film documentaire sorti en salle fin 2005, et diffusé pour la 1ère fois à la télé sur Arte vendredi dernier.

Ce qui fait l'intérêt

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et la rareté du film, c'est la durée dans laquelle il s'inscrit. Tourné de 1969 à 2003, il nous invite à examiner une bonne portion de la destinée de ses personnages, les engagements des uns et des autres, le bilan pour certains, le milieu de la route pour d'autres. Entre modèles utopiques et retours de balanciers, son film dessine une étrange cartographie des idéologies projetées sur les individus. Les enfants refusent de vivre comme leurs parents, lutte communiste, revendications libertaires des hippies, rêves de réussite à l'américaine se succèdent et s'entremêlent, chacun faisant feu des idées dominantes du moment et brûlant allègrement celles du passé pour développer sa propre vision du monde.  Qu'avons-nous fait de notre jeunesse? En quoi avons-nous cru et croyons-nous encore? Et - sans doute la question la plus difficile - pourquoi?

"La plupart d'entre nous essaient constamment de départager ce qui vient vraiment de nous-mêmes et ce que nous devons à nos familles : ceux avec lesquels nous habitons, ceux qui nous ont créés, et ceux qui continueront après notre disparition. C'est ce qu'il y avait de si merveilleux en retrouvant Sean et ceux qui l'entourent : de voir comment une famille américaine atypique -il ne faut pas oublier qu'on parle là de hippies, de communistes, et d'autres marginaux- peut néanmoins incarner des courants majeurs de ce qui se passait aux Etats-Unis à l'époque, et ce qui se passe encore aujourd'hui." explique le réalisateur.

Effet saisissant que de voir vieillir les hommes sur la pellicule. L'enfant frondeur retrouvé trentenaire. La charmante

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amoureuse devenue épouse puis mère, puis femme mûre. Le père hippie aux cheveux blancs, bientôt sur béquilles. Peut-être le sujet du film est-il le temps qui passe sur les idées comme sur les personnes et les transforme d'une manière parfois imprévisible. Tout n'est probablement pas totalement abouti dans le film, qui a tendance à partir dans de nombreuses directions, nuisant parfois à la lisibilité de l'ensemble. Mais il ressemble à cet étrange bricolage qu'on appelle une vie.

Le film peut encore être vu gratuitement sur le site d'Arte jusqu'à vendredi prochain. Il est aussi possible de rendre visite au site officiel du film.


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