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Mort d’Alain Krivine : « Plus je vieillis, plus je suis révolté »

Publié le 14 mars 2022 par Albert @albertRicchi
PhotoNé le 10 juillet 1941 à Paris, licencié d’histoire, titulaire d’un DES en histoire contemporaine, enseignant, secrétaire de rédaction, puis permanent de la Ligue communiste, Alain Krivine s’est éteint le 12 mars 2022 à Paris, à l’âge de 80 ans.

Ancien candidat à l’élection présidentielle, enfant de Mai 68, député européen, c’est un morceau d’histoire de la gauche qui s’en va…

Alain Krivine était issu d’une famille de la petite bourgeoisie juive venue en partie d’Europe centrale et orientale. Ses grands-parents paternels naquirent dans l’Empire russe, en Ukraine.

Le père d’Alain Krivine, Pierre Léon Georges Krivine, naquit le 12 décembre 1899 et mourut le 21 mai 1977 à Paris. Il fit des études de médecine et devint stomatologue libéral. Athée, il n’avait aucune activité politique mais se classait à gauche, dans la mouvance antifasciste.

Sa mère, Esther Lautman, était née le 9 décembre 1906 à Paris et elle décéda le 19 juillet 1981 à Saint-Denis. Elle fit des études jusqu’au baccalauréat et arrêta ensuite ses études pour se marier avec Pierre Krivine.

Alain Krivine grandit à l’ombre de ses frères qui s’étaient tous engagés rapidement sur le plan politique :

  • Gérard Krivine, né le 7 juin 1930 à Paris, devint ingénieur à EDF après avoir fait l’École des Mines.
  • Jean-Michel Krivine, né le 5 août 1932, à Paris, fit des études de médecine et fut interne des hôpitaux de Paris en 1957. Il passa et réussit le concours de chef de service de chirurgie à l’hôpital d’Eaubonne dans le Val-d’Oise en 1970.
  • Roland Krivine, né le 26 juillet 1935 à Paris, devint cadre commercial.
  • Enfin Hubert, son frère jumeau, est un chercheur spécialiste de physique nucléaire donnant des cours à Orsay.

Alain Krivine se maria très jeune. À vingt ans, il épousa Michèle Martinet, fille de Gilles Martinet, fondateur du PSU et du Nouvel Observateur, qu’il avait rencontrée à son arrivée à la Sorbonne. Ils eurent différents appartements, pour finalement s’installer dans une HLM à Saint-Denis dans les années 80. Alain Krivine a deux filles : Nathalie, née en 1968 et Florence, née en 1974.

Figure historique d’une génération

Après sa réussite au baccalauréat, il entra en hypokhâgne à l’automne 1960. Il adhéra à l’Union des étudiants communistes de France (UECF) et devint également responsable des préparationnaires de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF).

À partir de 1954-1955 commença la première grande période de son histoire politique. Il adhéra à l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF) à treize ou quatorze ans tout en poursuivant normalement sa scolarité au lycée Condorcet.

En 1956, il accepta sans réticence la transformation de l’UJRF en Union de la jeunesse communiste de France (UJCF). Il organisa un cercle d’une vingtaine d’adhérents dont il était le secrétaire. Une de ses activités essentielles, après les cours, consistait à aller diffuser des tracts ou vendre "L’Avant-Garde" devant la gare Saint-Lazare. Avec la guerre d’Algérie, les affrontements se durcirent ; c’est à cette époque qu’il fonda un comité antifasciste à Condorcet. Il fut rapidement repéré par deux dirigeants de l’UJCF, Paul Laurent et Jean Gager et à quinze ans devint responsable de l’ensemble des lycéens communistes de Paris.

Ce fut certainement à la fin 1961 ou au début de 1962 qu’après toutes ses lectures, le jeune Alain Krivine s’orienta tout naturellement vers la politique ; ce processus commença dès l’adolescence avec l’appartenance aux Vaillants. Cette période fut marquée par trois choses : le centre culturel du PCF, rue de Navarin, où les jeudis après-midi se partagèrent entre des goûters, la projection de films soviétiques et des chants ; le Studio 43 où étaient projetés des films soviétiques ou dénonçant la guerre d’Indochine ; enfin, l’été, les camps de vacances dans le Limousin, près d’Oradour-sur-Glane.

Mais ce militant, promis à un bel avenir dans l’appareil du PCF, connut son grand tournant politique qui le conduisit quelques années plus tard à la rupture. Ce tournant portait notamment sur la question coloniale, plus précisément sur la guerre d’Algérie et l’attitude du PCF face à cette question.

A partir de 1966, commença vraiment la période d’Alain Krivine dirigeant trotskyste, avec tout d’abord la JCR jusqu’en 1968, la Ligue communiste (LC) de 1969 à 1973 et enfin la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de 1974 à la fin du siècle.

De fait, sa vie personnelle fut totalement imbriquée à celle de la LC, et jusqu’en 1973 toute son activité resta marquée par l’idée que Mai 68 n’avait été qu’une répétition générale et qu’en conséquence le mouvement trotskyste devait être prêt au moment où éclaterait la crise décisive. C’est sur la jeunesse, lycéenne et étudiante, que s’exerça l’influence de la Ligue : on retiendra la mobilisation lycéenne en faveur de Gilles Guiot en 1971 et la mobilisation lycéenne et étudiante contre la réforme des sursis en 1973. Cette période s’acheva par un événement marquant, la dissolution de la Ligue le 28 juin 1973, qui survint après la manifestation organisée contre la tenue du meeting d’Ordre nouveau, à Paris, le 21 juin 1973.

Il était, enfin, un des dirigeants de la IVe Internationale dont le siège se trouvait à Bruxelles. Il était membre du bureau qui se réunissait toutes les semaines mais s’y rendait rarement à cause d’un emploi du temps très chargé.

Déjà candidat à la présidentielle de 1969, Alain Krivine se présente en 1974. Un succès limité car il fera 0,4 %, derrière Arlette Laguillier à 2,3 %.

En 1988, sur la Cinq, l’inoubliable Jean-Claude Bourret présentait Duel. À gauche, Jean-Pierre Vigier, directeur de recherche au CNRS, ancien résistant, membre du Parti communiste. À droite, Jean Rochet, ancien directeur de la DST (direction de la surveillance du territoire) et directeur du contre-espionnage en mai 1968. Au milieu, Alain Krivine pour un grand moment de télévision !

Fidèle et modeste, Alain Krivine adorait évoquer ces rares moments de grâce où la révolte, sans prévenir, surgit spontanément. Mais comment organiser, structurer, résister ? Il laisse la question sur la table. Pour les siens, pour ses camarades, Alain Krivine s’en va mais ce n’est qu’un début, le combat continue !

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