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Le musée, une histoire mondiale 2/3 par Krzysztof Pomian

Par Mpbernet

La France donne le modèle du musée révolutionnaire. Napoléon a razzié sans scrupules les œuvres d’art majeures dans toutes les contrées qu’il a conquises pour les rassembler au Louvre. Le concept de musée à la française fait partie des institutions qu’il a exportées comme le Code Civil, la Déclaration des Droits de l’Homme, les départements, les préfets, les lycées et le système métrique.

Conquêtes, sécularisation et vente des biens ecclésiastiques et collections des émigrés confisqués : ainsi se constitue le musée-modèle. Mais l’Etat conserve la majorité des livres et objets d’art qu’il met à la disposition du public – sauf ce qui concerne le Moyen-Âge, méprisé ou marqué par la religion abolie ou la féodalité. Avec l’exil en Angleterre fuitent aussi d’importantes collections : Louis-Philippe, Alexandre de Calonne …

La manière révolutionnaire instaure désormais un droit pour chaque citoyen d’accéder aux œuvres d’art : les musées se multiplient et se diversifient : histoire naturelle, histoire civile et militaire, technique, ethnographie, monuments historiques.

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Nombreuses controverses d’experts surgissent : disperser dans les provinces ou réunir en un musée permettant d’étudier les styles, les écoles, l’évolution stylistique ? Le musée est-il facteur d’ouverture d’esprit du peuple ou d’enseignement pour les élèves artistes ? Faut-il restituer les œuvres à leur pays d’origine ou les sauvegarder en les donnant à voir à un public averti qui fera l’économie du voyage à Rome ou Athènes (frise du Parthénon) ?

Quelle est la vocation du musée ? Permettre aux artistes d’étudier les meilleurs exemples de la peinture du passé ou propager la gloire de la peinture nationale à l’étranger ?

On note l’évolution du goût des visiteurs et l’apparition de nouvelles modes comme celle du Moyen-âge (surtout en Angleterre), passage du classicisme au romantisme. Après Rome, puis la Grèce, c’est la vogue de l’Egypte bientôt en concurrence avec la sculpture assyrienne.

Cette période voit aussi l’évolution parallèle des musées et de la recherche scientifique : botanique, zoologie, minéralogie, technologie, médecine partout en Europe. Toutes les grandes capitales se dotent de musées, à partir des collections royales et par rachat des collections rassemblées par des érudits ou de mécènes à l'instant de leur succession. Au fur et à mesure des acquisitions, il faut bâtir à nouveau. Les critiques se chamaillent pour une ou l’autre des modes d’exposition, la nécessité de mettre les œuvres en lumière, de les protéger contre la pollution et de les nettoyer.

Désormais, les musées s’ouvrent largement aux masses et confortent l’idéal national, voire le nationalisme, influent sur la nécessité de l’unification politique ; ils mettent en valeur la nature et la technologie, acquièrent de nouvelles fonctions – souvent couplées avec la recherche universitaire – qui modifient leur agencement interne et externe (on abandonne l’accrochage à touche-touche).

Toujours aussi didactique, le livre décrit en détails la genèse des grands musées d’Europe : du Louvre aux musées du Danemark, du Prado aux Pinacothèques germaniques, le mouvement irrésistible va être interrompu par la guerre.

Le musée, une histoire mondiale, tome 2/3, L’ancrage européen, 1789 – 1850, parKrzystof Pomian édité chez Gallimard, 546 p., 35€


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