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L'édito du dimanche : Aryna Sabalenka, reine des pirouettes et des entourloupes

Publié le 11 juin 2023 par Francky
L'édito du dimanche : Aryna Sabalenka, reine des pirouettes et des entourloupes
Aryna Sabalenka n'est pas parvenue à remporter son deuxième tournoi du Grand Chelem, battue en demi-finales de Roland-Garros par Karolina Muchova, à l'issue d'un match épique qui restera sans doute comme le plus beau de toute la quinzaine et même le plus beau de l'année en cours. Ses supporteurs se disent qu'il ne s'agit que d'une simple péripétie et que la biélorusse se reprendra de la plus belle des manières en gagnant Wimbledon. Ils ont peut-être raison mais, là n'est pas le plus important car, au-delà des performances sportives, c'est sur un tout autre plan, inscrit dans un contexte géopolitique toujours extrêmement tendu, que la championne de l'Open d'Australie était attendue au tournant. Depuis le début du conflit russo-ukrainien, les joueuses ukrainiennes escomptaient que Sabalenka prenne enfin position sur la guerre et sur l'implication directe de son pays, la Biélorussie, dont le président Alexandre Loukachenko est allié à Vladimir Poutine. Si l'opinion de rares joueuses comme Victoria Azarenka, compatriote de Sabalenka, et la russe Daria Kasatkina, était clairement affirmée depuis longtemps, toutes deux s'étant publiquement déclarées contre la guerre, la réponse de la native de Minsk se faisait toujours attendre. Cette réponse, les ukrainiennes, le monde du tennis, le public et les médias l'ont finalement obtenue au soir de la victoire de la biélorusse sur Elina Svitolina, à l'issue d'un match à caractère hautement géopolitique. Cependant, avant d'en arriver à ce moment décisif, Aryna Sabalenka a usé de stratagèmes très élaborés pour, d'une part, se faire passer pour une victime et, d'autre part, se mettre dans la poche un public de Roland-Garros suffisamment ignare et benêt pour lui faciliter la tâche. C'est la manière dont elle s'y est prise pour parvenir à ses fins qui est ici particulièrement ignoble et qui mérite qu'on s'y attarde.
Le plan établi par la numéro deux mondiale était somme toute assez simple. L'objectif était avant tout de se faire passer pour la gentille de l'histoire. À partir de ce moment-là, quoi de plus facile que d'utiliser pour ses desseins un public bête comme ses pieds qu'elle peut manipuler à sa guise par de simples gestes. L'odieuse machination commence au premier tour face à l'ukrainienne Marta Kostyuk. Comme prévu, cette dernière refuse de serrer la main de son adversaire à l'issue de la rencontre, comme le font toutes les joueuses ukrainiennes depuis le début du conflit. Après avoir effectué une étrange révérence aux spectateurs, la biélorusse entend des huées s'élever des tribunes. Elle se retourne alors vers le public, pensant que ces quolibets lui sont destinés avant de se rendre compte qu'ils s'adressent à Kostyuk, qu'elle vient de battre. Son attitude est loin d'être anodine à cet instant précis, d'autant plus qu'une fois les sifflets apaisés, elle salue de nouveau la foule qui se met alors à l'ovationner. Observons bien ici le machiavélisme qui consiste clairement à faire passer Kostyuk pour la vilaine rebelle de l'histoire, tandis qu'il n'y a absolument rien à reprocher à une Sabalenka qui commence déjà à jouer son rôle de victime (avec une forme malsaine de perfection). Mais, ce n'est pas tout. Dans la conférence de presse d'après-match, les pions continuent d'être avancés. Tancée et bousculée à plusieurs reprises par des journalistes polonais et ukrainiens qui lui somment de répondre avec clarté aux questions sur la guerre en Ukraine, notamment sur sa position personnelle, Aryna Sabalenka botte en touche en éludant, alors qu'une occasion décisive se présentait pour elle d'éclaircir une bonne fois pour toute les choses sur ce sujet. La perche est alors tendue à la joueuse pour prendre une décision radicale, celle de refuser de se présenter aux prochaines conférences de presse par désir, dit-elle, "de préserver sa santé mentale". Pire, Sabalenka ira même jusqu'à déclarer "qu'elle ne s'est pas sentie en sécurité" lors de son point d'après-match du premier tour. Pas en sécurité ? Mais alors, que dire des familles ukrainiennes restées au pays qui chaque jour ne se sentent pas en sécurité à cause des missiles russes qu'elles prennent sur la tête ? Que dire des parents de Marta Kostyuk, restés en Ukraine, et dont la joueuse native de Kiev doit prendre des nouvelles tous les jours pour savoir s'ils sont encore en vie ? Bien qu'irrespectueuse, la décision prise par Sabalenka passe comme une lettre à la poste. La stratégie de la victimisation mise en place par la biélorusse fonctionne à la perfection. À peine trois jours lui auront suffi pour se mettre une partie de l'opinion dans la poche.
La dernière partie du plan est mise en place lors de la deuxième semaine du tournoi. Une partie odieuse qui s'inscrit dans les moments les plus crasseux et nauséeux qu'on ait pu voir à Roland-Garros. Juste après sa victoire en quarts de finales contre Elina Svitolina, Sabalenka adopte un comportement étrange en attendant son adversaire au filet pour la saluer. "Une réaction d'instinct", dira-t-elle plus tard. Mais, pourquoi adopter ce comportement alors qu'elle savait pertinemment que Svitolina ne lui serrerait pas la main ? Pour se mettre une nouvelle fois le public dans la poche, bien entendu. Et ça marche à la perfection puisqu'au bout du compte, c'est Svitolina, chouchou du public deux jours plus tôt, qui se fait copieusement siffler par des spectateurs au cerveau liquéfié. Sabalenka n'a alors plus qu'à regagner tranquillement sa chaise en adressant un sourire narquois à son clan, que les caméras ont pu fugitivement attraper. Puis, c'est la surprise. Après un long silence, la joueuse biélorusse se rend en conférence de presse afin de répondre aux questions des journalistes. Commence alors un festival de mauvaise foi suscitant l'écœurement. Sabalenka rappelle d'abord qu'elle n'est, je cite, "qu'une jeune joueuse de vingt-cinq ans dont la principale occupation est de jouer au tennis et qui n'y connait rien en politique, sujet sur lequel il lui est très difficile de s'exprimer". Ça débute plutôt pas mal quand on sait que des joueuses de sa génération ou même plus jeunes qu'elles, ont une opinion bien plus tranchée sur le conflit en Ukraine. Mais, le comble de la roublardise et de la pirouette auto-contrôlée arrivent ensuite lorsqu'elle déclare, toujours en la citant, "qu'elle est contre la guerre et, par conséquent, contre Alexandre Loukachenko pour le moment". C'est ce "pour le moment" placé en fin de phrase qui est lourd à digérer pour nous, interlocuteurs. Cela voudrait-il dire que Sabalenka supportait Loukachenko avant que la guerre n'éclate ? Les images sur internet le montrent de manière indubitable. La réception que le président biélorusse a organisé pour la joueuse en décembre 2018, par exemple, ou celle du 31 décembre 2020, sont des preuves suffisantes. Si l'on allait encore plus loin dans le glauque, Sabalenka trouve une réponse des plus choquantes à ces faits en disant "qu'à l'époque où ces réceptions ont eu lieu, il ne se passait rien de mal en Biélorussie". Ah bon ? Aurait-elle oublié les contestations pro-démocratiques survenues en 2020 dans son pays, qui ont suivi la réélection frauduleuse de son président, et qui furent mâtées dans le sang, la torture d'opposants et la répression ? Aurait-elle oublié les atteintes au droits de l'homme dont fait l'objet Loukachenko, dictateur vassal de la Russie ? A-t-elle oublié ou, au contraire, s'en souvient-elle, ce qui serait alors encore plus grave par rapport aux propos qu'elle tient ?
Au bout du compte, sa défaite en demi-finales de Roland-Garros contre une résiliente Karolina Muchova fut un soulagement pour beaucoup de monde, même si ses fans les plus toxiques, infâmes extrémistes pro-russes qui seraient prêts à vendre leur propre mère pour embrasser les pieds de leur idole, ont continué à envenimer les choses dans des tweets qui n'avaient pas leur place dans le domaine public. Après tout, ils n'ont fait que suivre le chemin emprunté par Sabalenka elle-même durant le tournoi. De par son attitude, son souci de jouer à outrance dans la victimisation, son besoin irrépressible de se faire passer pour le gentil petit ange qui ne comprend rien à la géopolitique, la biélorusse, qui n'a pas plus soulagé sa conscience que ce qu'elle a bien voulu nous faire croire, n'a fait que jeter de l'huile sur un feu déjà destructeur. Ses propos peuvent passer dans un pays essentiellement habité par une population de débiles mentaux décérébrés qui ne sait plus faire la différence entre le bien et le mal. Or, c'est bien le visage du mal que Sabalenka a montré à Roland-Garros. Un mal vicieux, délétère et nuisible qui pourrait ternir à long terme son image et, par la même occasion, salir son sport. Si une telle attitude peut passer devant un peuple français aisément influençable, pas sûr que les britanniques, pourtant réputés comme étant plus sobres à Wimbledon, et surtout les américains, puissent faire le même accueil à celle qui va peut-être devenir dans un futur proche numéro une mondiale de sa discipline. 

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