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Robert Merle – Malevil

Par Yvantilleuil

Robert Merle – Malevil« l’Événement » à lieu à Pâques 1977. Un cataclysme, probablement d’origine nucléaire, ravage la terre entière. Une gigantesque déflagration réduisant tout en cendres… et puis, plus rien, le silence, plus de radio, plus d’électricité. Pourtant, une poignée d’habitants de Malevil, qui se trouvaient plus ou moins à l’abri dans les caves d’un château moyenâgeux appartenant à Emmanuel Comte, parviennent à survivre au désastre. Reste maintenant à s’organiser…

En se limitant au sort de quelques survivants d’une bourgade de campagne française, ce roman post-apocalyptique ne s’intéresse pas au reste du monde, dont on ne saura d’ailleurs rien, et livre une vision très locale, voire même rurale de l’apocalypse. Servi sous forme de journal écrit par Emmanuel Comte, agrémenté de quelques annotations d’un autre survivant, visant à « éclairer » certains faits, voire à corriger certaines omissions, ce roman qui sent bon le terroir n’hésite d’ailleurs pas à nous baigner dans un patois qui a également eu la bonne idée de survivre à la destruction.   

Le lecteur s’attache très vite aux quelques personnages qui ont miraculeusement survécu au drame et dont Robert Merle parvient à brosser le portrait avec grand brio. De l’indestructible Menou au bouleversant Momo, en passant par les incontournables Peyssou, Meysonnier et Colin, Robert Merle livre des personnages qui continuent à vivre dans notre esprit longtemps après avoir refermé le roman… peu importe le sort qu’il leur a réservé.   

Cette régression de notre société vers le Moyen-Age s’avère être une invitation à tout reconstruire avec les moyens du bord en en évitant les erreurs du passé. Dès que la survie à court terme, allant de l’hébergement aux réserves de nourriture, est garantie, l’auteur s’intéresse avec brio à la reconstruction de cette mini-société, offrant quelques réflexions existentielles, théologiques et philosophiques particulièrement intéressantes.

L’espérance de vie au sein de cette nouvelle société, dépourvue des évolutions technologiques, s’avère certes plus limitée, mais le rythme de vie est également beaucoup moins élevé, les rapports humains beaucoup plus profonds et les petits plaisirs de la vie, tel qu’un bon verre de vin, beaucoup plus intenses. C’est à se demander ce que le progrès nous a finalement apporté au niveau de la qualité de vie ?

Les lecteurs qui ont un minimum d’affinité avec la cause féminine ne manqueront cependant pas de noter que Robert Merle effectue bel et bien une solide régression au niveau de la condition des femmes, dont les plus âgées sont dorénavant affectées aux tâches ménagères, tandis que les plus jeunes reçoivent pour mission de procréer, l’auteur réinstaurant même la polygamie pour l’occasion. C’est donc au moment où les femmes détiennent l’avenir de l’humanité entre leurs mains, qu’elles se retrouvent à nouveau dans un rôle bien inférieur à celui des hommes. Ce ne sont donc visiblement pas les féministes qui ont survécu à cette catastrophe ! Si certains ne manqueront pas de célébrer ce retour au « bon vieux temps », l’auteur risque tout de même de récolter quelques mauvais points pour le côté misogyne de cette dystopie.

Un incontournable, servi par la superbe plume d’un Robert Merle qui dissèque les rapports humains de cette nouvelle civilisation avec une maestria incroyable !   

Malevil, Robert Merle, Folio, 635 p., 11,40€


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