Bioctobre 2020 - jour 5 : Blade

Publié le 05 octobre 2023 par Svtcolin

Ce billet est une pré-publication du tome 2 de Bioctobre 2020-2021, autour du mot clé "Blade": Lame. N'hésitez pas à proposer vos remarques et correction en commentaire !

  

Planche N°V   #Blade

- Lame -

« T’es mal placé dans la chaîne alimentaire pour faire ta grande gueule ! »
Diego, tigre à dent de sabre de « L’âge de Glace » (2002)

    Lorsqu’une disposition anatomique confère un avantage en matière de survie ou de reproduction, elle est transmise aux générations suivantes et se maintient donc dans le temps. Ainsi le genre Simolodon regroupant des « tigres à dents de sabre » a connu le succès sur une période allant de -2,5 millions d’années jusqu’à -10 000 ans. En plus d’assurer la réussite du genre Smilodon, « les dents de sabre » sont une solution qui a été sélectionnée plusieurs fois à des époques très différentes et dans des groupes très différents qui ne sont pas directement apparentés comme en témoigne l’arbre phylogénétique proposé en illustration. Autrement dit, c’est un succès évolutif qui se répète à de nombreuses reprises, comme une rengaine entêtante réitérée à l’envi dans les lignées de grands prédateurs. Cette convergence évolutive se retrouve chez des félins bien sûr, mais également chez des marsupiaux ou encore chez des groupes de Thérapsides proches des Mammifères et très anciens (Smilesaurus ferox par exemple).

    Là où le bât blesse, c’est qu’il n’existe plus aucune espèce à dents de sabre dans la faune actuelle. Une extinction à mettre sur le compte de changements climatiques, mais aussi probablement sur l’ardoise déjà longue de l’humanité pourtant bien jeune. Le lion est aujourd’hui ce qui se rapproche le plus d’un tigre à dent de sabre, par la taille, par le mode de vie ou encore par la parenté. Toutefois, les lions mordent leurs proies au cou avec suffisamment de force pour provoquer la suffocation de leur victime et ce modèle contemporain ne fonctionne pas avec les dents de sabre. En effet, il existe un compromis entre l’ouverture maximale de la gueule et la puissance de la morsure. Avoir des canines de 28 cm implique une grande ouverture de mâchoire et donc une force assez limitée… Dès lors, plusieurs hypothèses basées sur des études biomécaniques ont étés formulées. L’hypothèse la plus ancienne implique une flexion ventrale du cou qui permettrait aux canines de perforer le cou des proies maintenues au sol un peu comme deux poignards. Une hypothèse concurrente a été formulée en 2014 par Jeffrey Brown, elle implique qu’après une phase d’immobilisation au sol le « tigre » se relève basculant son corps vers l’avant, profitant ainsi d’un effet de levier au niveau de son cou, ce qui viendrait renforcer sa prise. Quoi qu’il en soit, les canines sont envisagées comme des instruments de mise à mort rapide qui viendraient perforer ou sectionner les carotides et jugulaires des grands herbivores. Si les études résolvent progressivement l’utilité des dents de sabres, elles restent toutefois muettes quant au sujet du handicap potentiel qu’elles procurent en matière de mastication notamment. 

 

Étape 1 : neutralisation / mise au sol


Étape 2 : en se levant le tigre bascule vers l'avant perforant la proie


 
Pour en savoir plus :
  • Wroe, Stephen, et al. "Comparative biomechanical modeling of metatherian and placental saber-tooths: a different kind of bite for an extreme pouched predator." PLoS One 8.6 (2013) 
  • Brown, Jeffrey G. "Jaw function in Smilodon fatalis: a reevaluation of the canine shear-bite and a proposal for a new forelimb-powered class 1 lever model." PLoS One 9.10 (2014)
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