Séries TV : existe-t-il un cahier des charges ?

Par Mpbernet

Entre les effets du traitement de cheval que je continue à supporter et le temps devenu hivernal, je suis presque devenue experte des séries télévisées.

Elles meublent bien mes après-midis.

Je me suis ainsi attelée à en relever les points communs – en particulier les séries françaises que j’évitais jusqu’ici soigneusement - servies et resservies par les grands réseaux, national comme privé.

Le canevas scénaristique répond à une trame tout à fait similaire. Un couple d’inspecteurs avec obligatoirement une femme.

Souvent, c’est elle la supérieure hiérarchique qui accueille un coéquipier nouvellement muté, beau gosse le plus souvent. Il (ou elle) a subi un choc psychologique ou a commis une bavure, une douloureuse séparation … bref, un problème personnel et une mutation dans un environnement géographique inconnu.

Variante, les deux héros de la police ou de la gendarmerie ont été jadis intimes et le feu ne demande qu’à reprendre.

Autre nuance : l’un ou l’autre dispose de compétences hors normes : des intuitions qui lui surviennent en cours d’analyse de scènes de crime sous forme de visions, des capacités intellectuelles exceptionnelles ou même l’exploitation de troubles du spectre autistique de type Asperger, avec de temps en temps, en prime, un aspect totalement décalé et humoristique.

Le scénario obéit en outre à l’obligation de mettre en valeur des personnages représentatifs de minorités, trop longtemps rendus invisibles par les médias grand public. Il était grand temps.

A priori, la recherche du coupable répond aussi à des canons : c’est le plus souvent le personnage le moins susceptible d’être incriminé, une jeune femme, un enfant parfois, et le cadavre a succombé à une sorte d’accident de parcours.Un truc : lorsque apparaît en "guest star" un comédien très connu mais dans un second rôle, vous pouvez être certain qu'il va en fait jouer le rôle décisif dans l'intrigue.

Il est rare d’évoquer la pure préméditation.

Mais, comme le ou la coupable est présenté comme sympathique, l’acte fatal est survenu involontairement : une bagarre, un geste un peu brusque se terminant sur un gros caillou ou une arme déclenchée subrepticement, bref un concours de circonstances … ou alors, il faut une série de meurtres pour que l’on remonte à une vengeance murement échafaudée.

C’est fou ce qu’il y a de meurtres dans des régions présentées comme idylliques. Et korsque la victime présumée est un enfant, la plupart du temps, on retrouve la jeune vistime sauve.

Les décors sont importants voire somptueux : les sites où sont tournés ces téléfilms contribuent à la venue des équipes de tournage et comptent sur la mise en valeur touristique de l'environnement.

Le propos est aussi de présenter un milieu professionnel mal connu - et je me souviens des enquêtes du commissaire Bourrel de ma jeunesse (Les 5 dernières minutes).

Ceci étant, certaines « collections » sont bien sympathiques, réalistes, bien documentées, agréables à regarder et même à re-regarder.

Les séries anglo-saxonnes répondent sans doute à d’autres critères mais on y décèle les mêmes constantes : deux témoins découvrent un corps, l’omniprésence des femmes, l’invraisemblance des mobiles, les situations difficiles – privées ou professionnelles – dans lesquelles se débattent les héros.

Car finalement, ce sont eux qui intéressent le plus le spectateur et le fidélisent … et parfois en font des stars mondiales de cinéma (George Clooney !)

Cependant, ce sont les plates-formes américaines qui donnent actuellement le ton au genre, sans doute bientôt dépassées par les biopics romancés (The Crown) ou, encore plus palpitant, les docu-fictions financiers (Madoff, Trump et très récemment l’affaire Bettencourt sur Netflix).

Et je ne me lasse toujours pas de visionner les innombrables épisodes des séries anglaises et américaines devenues au fil des années « vintage ». Benson, Stabler, Horatio Caine, Gil Grissom, Gary Sinise, Barnaby, Poirot restent les compagnons préférés de mon confinement volontaire …

Une dernière question sur les séries françaises : c'est moi qui devient sourde ou la prise de son est catastrophique ?