« Nowhere girl » de Magali Le Huche

Par Ellettres @Ellettres

Étant moi-même dans une phase « beatlemaniaque », (ré)écoutant leurs albums les uns après les autres, découvrant des perles ignorées (comme le fantastique « rooftop concert » de 1969) et écumant les documentaires à leur sujet (dont le récent « get back » de Peter Jackson hiiii), je ne pouvais que repenser à cette excellente BD lue il y a un an ou deux : « Nowhere girl », dans laquelle Magali Le Huche raconte son coup de foudre pour les Beatles à l’âge de 11 ans qui coïncida avec le début d’une longue phobie scolaire.

Le titre fait référence à « Nowhere man », une chanson des Beatles qui parut sur leur album « Rubber soul » en 1965, et qui dit à peu près ceci : « c’est un vrai homme de nulle part / assis sur sa terre de nulle part / faisant ses projets de nulle part pour personne / N’a pas de point de vue / Ne sait pas où il va / N’est-il pas un peu comme vous et moi ? » (traduction de votre servante).

Magali Le Huche prend au mot cette interrogation des Beatles et se retourne sur son passé de petite fille peu sûre d’elle, entrant dans l’adolescence au tout début des années 1990. Découvrant les Beatles sur une cassette audio de sa grande soeur, la petite Magali en devient immédiatement une fan invétérée. Elle passe désormais des heures à se passer en boucle chaque chanson de chaque album jusqu’à les connaître par coeur, et grave le nom du groupe sur tous les supports disponibles, allant même jusqu’à déverser dans les rues des milliers de petits papiers où est inscrite la supplication à l’adresse des passants et de l’univers : « N’oubliez pas les Beatles ».

Récemment entrée en 6e, Magali est traumatisée par une vieille prof de français acariâtre. Un jour elle vomit à l’entrée de la classe et n’y retourne plus. Dès lors, sous le regard déboussolé de ses parents (pourtant à fond dans la psychanalyse) les Beatles deviennent sa thérapie contre l’angoisse de grandir, mais aussi une bulle un peu enfermante de laquelle elle devra finalement s’extraire.

Cette BD autobiographique offre un regard sensible et néanmoins drôle sur le phénomène de la phobie scolaire, encore mal connu à l’époque, sur le syndrome « Peter Pan » (j’ai aussi pensé à Alice au pays des merveilles) et sur la fan-attitude.

Mais « Nowhere girl » est aussi un bonbon visuel et un hommage aux « quatre garçons dans le vent », qui emplissent parfois une planche entière de leurs couleurs éclatantes et de leur esthétique psychédélique.

C’est une prouesse de rendre un univers musical en images, et Magali Le Huche, qui le connaît bien de l’intérieur, y parvient tout en se l’appropriant subjectivement avec beaucoup de naturel (mais sûrement aussi un gros travail de composition).

À la fin, Magali grandit. Elle découvre d’autres groupes musicaux (comme Nirvana), se fait de nouveaux amis, retourne à l’école. Mais les Beatles garderont toujours une place spéciale dans son coeur (on les voit parfois sortir de sa poche comme des petits avatars rigolos) et elle peut ainsi chanter avec eux :

Though I know I’ll never lose affection
For people and things that went before,
I know I’ll often stop and think about them,
In my life I love you more.

PS : ce récit a touché une corde sensible en moi car j’ai parfois tendance à m’enfermer dans des bulles nostalgiques créées par des musiques, des films ou des livres particuliers qui me « télétransportent » dans un autre univers. L’écoute des Beatles est propice à créer ce genre de bulles, de mon point de vue, par l’excellence et la variété de leurs compositions bien-sûr, de leur harmoniques incroyables, tantôt sautillantes, tantôt ironiques, tantôt pleines de mélancolie, tantôt rock, tantôt folk, psychédéliques ou électro, mais aussi par leur statut unique dans l’histoire de la musique, et plus largement de la culture contemporaine. 

[Parenthèse où l’on entre encore un peu plus dans la « fanzone Beatles » attention : Mais malgré l’effet fortement « nostalgiant » des Beatles, ou peut-être en raison de cela, c’est un groupe qui à mon sens n’a pas « vieilli », qui n’est pas strictement générationnel. On peut apprécier de l’écouter aujourd’hui comme il y a 50 ans et ça ne fait pas « musique de vieux », le son est toujours très « frais », à quelques exceptions près sans doute – mais ceci n’est bien-sûr que mon avis personnel et subjectif].

Avez-vous cette expérience aussi ? Quel type d’oeuvres artistiques vous procurent ce sentiment ?

Moi en ce moment, j’ai trouvé mon antidote à la mélancolie : écouter de la « motown ». Un petit coup de « heat wave » de Martha and the Vandellas par exemple, et c’est reparti ! (Oui, j’ai des goûts musicaux très vintage 😆)

Je vous laisse avec cette interprétation très rock de « I’ve got a feeling » que j’aime d’amoûûûûr. Enjoy!

éé