UNESCO : Le secteur de la mode en Afrique (2/3)

Publié le 27 janvier 2024 par Obsessionluxe

Le secteur de la mode en Afrique :

tendances, défis et opportunités de croissance

La mode en Afrique est aujourd’hui une industrie en plein essor. Des Semaines de la mode mettent le marché et la création en effervescence dans pas moins de 32 pays du continent, de Casablanca à Nairobi, en passant par Lagos ou Dakar. L’expansion du commerce électronique, auquel ont eu recours 28 % d’Africains en 2021, contre 13 % en 2017, a élargi les clientèles locales. Elle a concomitamment accru les opportunités de développement international pour les marques africaines, dont les exportations annuelles de textiles, de vêtements et de chaussures se chiffrent à 15,5 milliards de dollars des États-Unis hors du continent. La mode est aujourd’hui pour l’Afrique un puissant levier de créativité et de développement économique, d’innovation, pourvoyeur d’emplois, en particulier pour les femmes et les jeunes. Afin de saisir les dynamiques à l’œuvre, l’UNESCO a dressé le premier état des lieux de l’industrie de la mode à l’échelle du continent, qui dessine également des perspectives pour son avenir. L’étude souligne ainsi les opportunités économiques et sociales offertes par un secteur composé à 90 % de petites et moyennes entreprises et dont les profits bénéficient directement aux populations. Il éclaire également les enjeux présents et futurs de la transformation numérique du continent, que l’UNESCO accompagne. Ces nouveaux usages sont porteurs d’innovations, qui concourent au développement d’une industrie qui pourrait à elle seule apporter 25 % de gains de prospérité au continent. Le rapport montre également en quoi le secteur pourrait être un tremplin puissant pour l’égalité des genres, alors que seulement 17 % des 3,5 millions d’agriculteurs vendant du coton sont des agricultrices. Les marges de progrès sont considérables en la matière, à l’heure où l’Afrique a les moyens de devenir un acteur majeur de la production mondiale de coton durable et biologique.Les défis auxquels l’industrie africaine de la mode fait face demeurent cependant nombreux : insuffisance des investissements et des infrastructures, inachèvement des législations autour de la propriété intellectuelle, ou encore coût élevé d’approvisionnement des tissus. Il s’agit aussi, en Afrique comme ailleurs, de considérer les enjeux environnementaux du secteur, l’un des plus polluants au monde.Pour bâtir un écosystème de la mode solide et vertueux, les gouvernements et les décideurs politiques doivent pouvoir s’appuyer sur des données fiables, ainsi que sur les contributions des experts du secteur et de la société civile. Notre rapport fournit des éléments utiles en ce sens.Surtout, la publication insiste sur la nécessité de développer des politiques publiques et des pratiques qui protègent et accompagnent les créateurs, qui soutiennent le développement d’une mode à la fois plus durable et plus équitable, respectant les savoir-faire locaux.Car le secteur, pour demeurer un creuset d’innovation et de créativité, doit aussi se faire le reflet de la diversité culturelle du continent – et notamment de ses riches traditions textiles, dont certaines figurent sur les Listes du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.C’est à ces conditions que l’industrie de la mode africaine contribuera aux objectifs de développement durable de la communauté internationale, dont ceux de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.Pour engager cette démarche et mettre en œuvre les recommandations du rapport, nos États membres et l’ensemble de nos partenaires peuvent compter sur le soutien de l’UNESCO. Ils peuvent aussi compter sur le bouillonnement de la créativité africaine et le dynamisme d’un secteur qui, à travers ces pages, atteste son immense potentiel. Audrey Azoulay, Directrice Générale de l’UNESCO
. .

La mode en Afrique, un secteur en plein essor

Le secteur de la mode en Afrique bouillonne d’opportunités, porté par l’essor des classes moyennes, une population jeune et croissante, une urbanisation rapide et le développement des technologies numériques. . Les créateurs de mode africains, qui s’inspirent souvent des techniques et savoir-faire traditionnels, génèrent des retombées économiques concrètes pour les communautés, tout en contribuant activement à redéfinir l’image du continent. . Aujourd’hui, des villes comme Abidjan, Casablanca, Dakar, Johannesburg, Lagos et Nairobi sont des plaques tournantes de la mode et du design en plus d’être des pôles financiers et commerciaux. D’autres villes et régions du continent connaissent également un développement important dans le secteur de la mode, de la production de matières premières aux textiles et aux accessoires. . Pourtant, le secteur de la mode en Afrique peine encore à atteindre son plein potentiel en raison d’obstacles tels qu’un manque persistant d’investissements et d’infrastructures, des systèmes d’éducation et de formation limités, une protection insuffisante de la propriété intellectuelle et des difficultés à accéder à de nouveaux marchés et à s’approvisionner en matières premières de qualité à un prix abordable. . Le présent rapport examine les principaux défis et tendances qui façonnent le secteur de la mode, du textile et des métiers d’art en Afrique, afin de fournir des recommandations politiques fondées sur des données probantes pour sa croissance durable. La mode en Afrique, un secteur en plein essor 32 pays d’Afrique organisent des semaines de la mode pour promouvoir le secteur de la mode et du textile aux niveaux régional et international. .
« Les guerres prenant naissance dans l’esprit des femmes et des hommes, c’est dans l’esprit des femmes et des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »
. Les industries culturelles et créatives (ICC), auxquelles appartiennent les secteurs de la mode et du design, sont d’importants leviers pour le développement durable et des outils essentiels pour réaliser les aspirations des objectifs de développement durable des Nations Unies d’ici à 2030. Elles stimulent la croissance économique, créent des opportunités d’emplois décents et jouent un rôle clé dans le bien-être des sociétés et des individus. Des recherches récentes de l’UNESCO ont montré que les ICC représentent 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) mondial et 6,2 % du total des emplois. Pourtant, bien que les exportations de biens et de services culturels aient doublé en valeur par rapport à 2005 pour atteindre 389,1 milliards de dollars des États-Unis en 2019, la participation des pays en développement aux échanges mondiaux de biens culturels a stagné, et ne représente que 5 % du total des exportations (1). . En réponse à ce déséquilibre, et dans le cadre de sa priorité globale Afrique et de son engagement en faveur de la diversité des expressions culturelles, l’UNESCO a lancé une série d’initiatives pour accompagner les États africains dans le développement inclusif et durable de leurs industries culturelles et créatives. Le principal objectif de ces initiatives est de sensibiliser sur la valeur socioéconomique du secteur culturel et créatif, de générer des données pour soutenir les efforts de plaidoyer, d’inspirer le changement en partageant des exemples d’initiatives et de politiques innovantes, et de susciter de nouveaux partenariats en faveur d’une économie culturelle et créative africaine forte et résiliente. . Dans ce contexte, le secteur de la mode – un écosystème complexe englobant les secteurs du textile, de l’habillement, de la haute couture, des accessoires et des métiers d’art – constitue une priorité stratégique : en 2019, l’Union africaine estimait que, s’il était pleinement développé, depuis la production des matières premières jusqu’au textile et à l’habillement, le secteur de la mode apporterait au continent africain un gain de prospérité considérable (2). Alors que dans les pays en développement, le secteur du textile et de l’habillement est le deuxième secteur le plus important après l’agriculture (3), son potentiel reste largement sous exploité en Afrique. Il est pourtant indéniable : rien qu’en Afrique subsaharienne, la valeur du marché de l’habillement et de la chaussure était estimée à 31 milliards de dollars des États Unis en 2020, un chiffre qui devrait continuer à augmenter chaque année (4). Ce montant inclut la vente au détail d’une quantité importante d’articles de mode importés sur le continent, qui pourraient être remplacés par une production locale afin d’accroître le potentiel du secteur à générer des emplois et des revenus durables. . Le secteur de la mode a connu une évolution rapide en Afrique au cours des dernières années grâce à une demande croissante de la part d’une classe moyenne urbaine en pleine expansion sur le continent ainsi que de la part d’acheteurs internationaux, qui apprécient tous deux l’originalité et la qualité du design et de la confection des créations africaines. De plus, l’augmentation récente de la pénétration du commerce électronique en Afrique, qui est passé de 13 % en 2017 à 28 % en 2021, a accéléré le développement du secteur de la mode, facilitant l’accès des marques à une base beaucoup plus large de consommateurs locaux et de marchés internationaux (5). . Outre sa valeur économique, le secteur de la mode possède également une forte valeur culturelle, tant du point de vue des savoir-faire traditionnels que de la créativité contemporaine. . Du tissage à la main traditionnel égyptien (Sa’eed), inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO, aux créations exceptionnelles qui défilent chaque année sur les podiums de la Semaine de la mode de Lagos (Nigéria), de la Semaine de la mode SA (Afrique du Sud) et de la Semaine de la mode Swahili (République-Unie de Tanzanie), la mode africaine est un puissant vecteur d’expression, d’identification et de transmission du patrimoine, ainsi qu’un véhicule projetant une image confiante de l’avenir du continent. . S’il était soutenu par des cadres réglementaires et des politiques favorables, ce secteur débordant d’opportunités pourrait créer des millions d’emplois à travers le continent, en particulier pour les femmes et les jeunes. Il pourrait également jouer un rôle clé dans le renforcement de la représentation des identités africaines à travers l’habillement, ainsi que dans la redéfinition de la manière dont l’Afrique est perçue au niveau international, en positionnant le continent en tant que leader dans le domaine de l’innovation et du design durable. De plus, la mode pourrait contribuer à la réalisation des 17 objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies, en particulier l’Objectif 5 sur l’égalité entre les sexes, l’Objectif 8 sur le travail décent et la croissance économique, l’Objectif 10 sur la réduction des inégalités et l’Objectif 12 sur la consommation et la production responsables. . . Le présent rapport constitue une première étape dans l’évaluation des principales tendances qui façonnent le secteur de la mode sur le continent, ainsi que des défis et des opportunités auxquels il fait face. Bien qu’il aborde l’écosystème de la mode en Afrique dans son ensemble, le rapport souligne la diversité des peuples, des contextes locaux et des industries nationales à travers le continent. Il reconnaît également que les principaux sous-secteurs de la mode – textile, habillement, haute couture, accessoires et métiers d’art – possèdent chacun leurs défis propres et leurs spécificités, qui ne pourront être pleinement abordés dans le cadre du présent rapport. Il n’en reste pas moins essentiel de considérer le secteur dans sa globalité pour pouvoir prendre des décisions éclairées qui soutiendront sa croissance durable. . Dans ce contexte, le chapitre 1 met en lumière les tendances actuelles qui façonnent le secteur de la mode en Afrique et dynamisent son énorme potentiel, notamment un marché en pleine expansion et un écosystème créatif en effervescence. Le chapitre 2 examine les principaux défis qui entravent le développement du secteur, des lacunes politiques au manque d’opportunités d’éducation et de formation formelles. Sur la base de cette analyse, le chapitre 3formule des recommandations concrètes visant à saisir les opportunités offertes par le développement du secteur de la mode en Afrique. Enfin, l’annexe fournit cinq portraits régionaux du secteur de la mode avec des données, événements et tendances clés. .

.

DÉFINITION DES TERMES ET CONCEPTS

Les vêtements, les textiles et les accessoires sont des « biens culturels » au sens de la Convention de 2005 de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles : ils ont une double nature, et possèdent à la fois une valeur économique en tant que marchandises, et une valeur culturelle en tant que vecteurs d’identité, de valeurs et de sens. . Si le secteur de la mode est une source d’emploi, de croissance économique et d’activité commerciale, les vêtements et les accessoires qu’il produits sont également des expressions visuelles d’identités, de statut social, d’aspirations et de valeurs qui sont intimement liés à la tradition, à l’artisanat et à la définition de soi. Dans le cadre du présent rapport, le terme « textile » désigne tout tissu pouvant être transformé en vêtement ou en accessoire par un processus de conception et de fabrication. Le terme « mode » fait généralement référence à l’écosystème de la création et du stylisme qui transforme les textiles et autres matériaux en articles portables possédant une valeur à la fois culturelle et économique. Compte tenu du poids que revêtent les textiles en tant que vecteur d’identité, en particulier en Afrique, la production textile a été considérée dans le cadre de ce rapport comme une partie intégrante du secteur de la mode. Le secteur de l’« habillement » renvoie au segment de la mode destiné au marché de masse, sous la forme de vêtements prêt-à-porter produits selon des tailles standardisées, ou, comme c’est le cas dans de nombreux pays africains, de vêtements fabriqués sur mesure à faible coût. Le terme « haute couture » fait référence à des vêtements haut de gamme exclusifs et sur mesure, fabriqués par des créateurs ou des maisons de couture de renom. Le terme « accessoires et métiers d’art » englobe la production d’accessoires de haute qualité destinés au secteur de la mode, notamment la joaillerie, la maroquinerie et la chapellerie, ainsi que les processus associés, comme la broderie, le perlage ou la fabrication de boutons. Le concept de « chaîne de valeur de la mode » fait référence à la série d’étapes nécessaires à la production des vêtements et des accessoires du secteur de la mode. La chaîne de valeur de la mode moderne est complexe : elle transcende les frontières nationales et englobe diverses activités qui vont de l’agriculture (culture de matières premières) au commerce international et de détail, jusqu’aux étapes post-consommation de la réutilisation et du recyclage. .

MÉTHODOLOGIE ET SOURCES

Ce rapport s’appuie sur une analyse documentaire des études, des articles et de la littérature académique disponibles sur le secteur de la mode en Afrique, ainsi que sur des données primaires recueillies directement auprès des décideurs politiques et des parties prenantes de cette industrie. . Il est important de souligner que les données sur le secteur de la mode en Afrique sont généralement fragmentées et parfois insuffisantes. Lorsque des données statistiques sont disponibles, elles ont tendance à se concentrer sur l’industrie du textile et de l’habillement plutôt que sur la haute couture ou le design. En outre, elles n’éclairent pas tous les aspects des tendances et des comportements des consommateurs du secteur. . Face à ce manque de données fiables, l’UNESCO a organisé un atelier de haut niveau avec des experts du secteur de la mode en Afrique en novembre 2022. Elle a également lancé une enquête auprès de ses 54 États membres en Afrique en février 2023 qui a permis de recueillir les réponses de 20 décideurs politiques et 99 professionnels du secteur de la mode (créateurs de vêtements et d’accessoires, producteurs de textile et d’habillement, promoteurs de la mode) issus de 48 pays africains. Les réponses à l’enquête, souvent incomplètes, ont été renforcées par une analyse des bases de données statistiques nationales et internationales, qui ont été utilisées pour agréger des données quantitatives afin d’évaluer la taille et le potentiel du secteur. Pour compléter cette analyse, l’enquête menée auprès des professionnels de l’industrie comprenait des questions qualitatives sur leur perception de l’équilibre entre les genres dans le secteur, les types de textiles locaux couramment utilisés et la manière dont les consommateurs africains s’approvisionnent en vêtements. Les réponses à ces questions ont permis de générer certaines nouvelles données basées sur les perceptions éclairées de personnes qui connaissent intimement le secteur de la mode. .

APERÇU DE L’ÉCOSYSTÈME DE LA MODE EN AFRIQUE

L’écosystème de la mode contemporaine est complexe et englobe plusieurs sphères d’activité interdépendantes.

.

Dans le cadre de l’élaboration de stratégies pour le secteur de la mode d’un pays, il est donc utile de considérer l’ensemble des liens en amont et en aval qui lient les différentes parties de cet écosystème aux multiples dimensions. En particulier, la production textile, l’habillement, la haute couture et les métiers d’art entretiennent entre eux des liens étroits, créant un fort potentiel pour la mise en œuvre de synergies efficaces.

Le processus de confection des textiles exige beaucoup de main d’œuvre et présente donc un grand potentiel en matière de création d’emplois. Puisqu’il nécessite aussi de lourds investissements en équipements et un approvisionnement en électricité fiable et bon marché, il se développe donc rarement de manière spontanée sans investissements publics et privés bien coordonnés. L’accès à des textiles abordables, de bonne qualité et en quantités suffisantes est un facteur essentiel pour les secteurs de l’habillement et de la haute couture, l’aspect qualitatif étant particulièrement crucial pour ce dernier. Les articles de mercerie (fermetures à glissière, boutons, crochets, rubans, etc.) constituent une autre exigence importante et, pour le secteur de la haute couture, ils doivent être d’une qualité exceptionnelle.

Le secteur de l’habillementdans l’écosystème de la mode comprend la confection sur mesure, les petits ateliers et la production de masse en usine. La fabrication industrielle de vêtements nécessite un approvisionnement fiable en électricité, mais ses besoins en équipement sont moindres que ceux de la fabrication des textiles, du moins pour des articles simples. Quelle que soit sa forme, la production d’habillement génère un nombre important d’emplois. Toutefois, c’est la fabrication en usine qui est la plus efficace, et donc la plus à même de produire des vêtements à des prix abordables. Ce caractère abordable est un critère clé pour le secteur de l’habillement dans un contexte de concurrence mondiale, et la capacité de bénéficier d’économies d’échelle est donc vitale.

Le secteur de la haute couture, pour sa part, se caractérise par sa créativité et son exclusivité, produisant des vêtements de haute qualité et généralement à prix élevés. La créativité florissante de ce secteur est souvent à l’origine de tendances et d’innovations dans le reste de l’écosystème de la mode. La production d’articles de haute couture peut prospérer dans des ateliers de petite taille, mais peut aussi bénéficier des compétences de fabrication, des infrastructures et de la logistique de distribution mises en place par le secteur de l’habillement, car celles-ci permettent à la haute couture d’atteindre une qualité plus fiable ainsi qu’une plus grande efficacité.

Le secteur de la haute couture, pour sa part, se caractérise par sa créativité et son exclusivité, produisant des vêtements de haute qualité et généralement à prix élevés. La créativité florissante de ce secteur est souvent à l’origine de tendances et d’innovations dans le reste de l’écosystème de la mode. La production d’articles de haute couture peut prospérer dans des ateliers de petite taille, mais peut aussi bénéficier des compétences de fabrication, des infrastructures et de la logistique de distribution mises en place par le secteur de l’habillement, car celles-ci permettent à la haute couture d’atteindre une qualité plus fiable ainsi qu’une plus grande efficacité.

Le secteur des accessoires et des métiers d’art comprend la bijouterie, la maroquinerie et la chapellerie, ainsi que les procédés connexes, comme la broderie, le perlage et la boutonnerie. Il peut se développer de manière indépendante, mais est stimulé par une intégration dans l’écosystème plus large de la mode. Lorsque les marques ont des identités fortes, les chaussures et autres accessoires en cuir sont souvent intégrés aux collections des grandes maisons de couture. Les métiers d’art, tels que la broderie ou le perlage, trouvent des débouchés pour leurs produits dans le secteur de l’habillement et de la haute couture. Beaucoup d’accessoires reposent sur des savoir-faire patrimoniaux, mais tirent avantage des compétences du design créatif pour rester adaptés aux goûts et aux modes de vie contemporains.

 » Pour moi, créer, c’est incarner l’avenir. On crée des tendances, on ouvre la voie, que l’on soit créateur de mode, concepteur de produits, architecte ou autre, on ouvre la voie vers l’avenir. En tant que créatrice, je trouve donc important de ne pas l’oublier, d’être un exemple pour les autres et de prendre plaisir à ce qu’on fait. »

Louise Sommerlatte, Fondatrice et créatrice de Hamaji

Les intermédiaires, tels que les professionnels du marketing, de la finance, de la chaîne d’approvisionnement, de la fintech et de la logistique, sont indispensables au bon fonctionnement de la production et de la distribution de l’habillement, de la haute couture et des accessoires. Les professionnels auxiliaires, tels que les photographes de mode, les journalistes spécialisés et les mannequins, sont d’autres acteurs essentiels, en particulier à l’ère du commerce numérique. . (1). Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Re|penser les politiques en faveur de la créativité : la culture, un bien public mondial, 2022. (2). Union africaine. « Transforming African Fashion to Transform Africa: The African Union and the AfroChampions Initiative Place African Fashion Value Chain on Top of Policy Agenda ». Union africaine, 9 février 2019, Communiqué de presse (3). « Investir dans les industries créatives : Fashionomics, Résumé », Groupe de la Banque africaine de développement, 2018. www.afdb.org (4). Euromonitor International. (5). « African ECommerce User Growth Beats Asia ». ecommerceDB, 7 février 2022, https://ecommercedb.com/insights/african-ecommerce-user-growth-beats-asia/3488. . .

1 – Aperçu des principales tendances qui façonnent le secteur de la mode en Afrique

CONTEXTE ET HISTOIRE . Depuis la période post-indépendance, la mode en Afrique est caractérisée par une interaction entre la réaffirmation d’un patrimoine et d’une esthétique distincte, et l’intégration aux marchés mondiaux, qu’elle s’opère par convergence ou divergence. Inspirés par la réussite industrielle de pays asiatiques comme le Japon ou la République de Corée, dans laquelle le textile a joué un rôle majeur, de nombreux pays africains se sont lancés à partir des années 1960 dans l’industrialisation du textile. . À la fin des années 1970, les grandes économies africaines, comme la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Nigéria ou la République démocratique du Congo, disposaient de vastes secteurs textiles industriels produisant des tissus de qualité appréciés par les consommateurs africains. Presque toutes les économies africaines de taille plus modeste ont également connu une brève période de production textile industrielle : notamment, le Burkina Faso, le Mozambique, le Tchad et la Zambie ont tous eu au moins une usine textile au cours de cette période. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, la production de tissus imprimés à la cire perdue (communément appelés « textiles wax »), répondant aux goûts locaux, constituait souvent la principale activité de ces usines, avec les cotons et des tissus mélangés standards. Dans certains pays, comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Maroc, une importante production industrielle de vêtements est venue s’ajouter à l’industrialisation du textile, tandis que dans d’autres pays, le secteur de l’habillement traditionnel sur mesure a continué de prévaloir. Historiquement, les secteurs industriels du textile et de l’habillement ont généré beaucoup d’emplois : au Kenya, il s’agissait de la première activité manufacturière en matière de taille et d’emploi dans les années 19701 ; au Nigéria, on recensait 175 usines textiles en 1984 et ce secteur représentait 22 % de l’emploi (2). Les efforts déployés après l’indépendance pour renforcer la production textile industrielle ont toutefois largement négligé les formes traditionnelles de production textile artisanale qui existaient dans l’Afrique précoloniale (3,4). Néanmoins, grâce à la vitalité du patrimoine esthétique local et à la détermination des individus à sauvegarder les traditions, la production textile artisanale n’a jamais été abandonnée. . Les programmes d’ajustement structurel (PAS) des années 1980 ont entraîné la fin, pour une bonne part, de la première vague d’industrialisation du textile sur le continent, à l’exception de certains États d’Afrique du Nord et d’Afrique australe. La libéralisation commerciale prévue par les programmes d’ajustement structurel, mis en œuvre dans les années 1980 et 1990, a également vu le début de l’importation massive de vêtements de seconde main sur les marchés africains et, plus tard, de vêtements de prêt-à-porter provenant de marques étrangères (5). . Dans le secteur de la haute couture, une première génération de créateurs de renommée internationale a émergé à partir des années 1970. Formés pour la plupart en Europe, ces créateurs s’inspiraient des tissus, des styles et des savoir-faire africains comme un moyen d’exprimer une nouvelle identité politique et socioéconomique affirmant la souveraineté de leur pays (6). . Ces pionniers, parmi lesquels Chris Seydou (Mali), Kofi Ansah (Ghana), Shade Thomas-Fahm (Nigéria), Alphadi (Niger), Oumou Sy (Sénégal) et Pathé’O (Burkina Faso/Côte d’Ivoire), ont marqué de manière significative la scène mondiale en raison du moment choisi pour leur entreprise et des idéaux puissants qui sous-tendaient leurs créations, à savoir la projection d’une identité africaine fière et indépendante. En tant qu’entrepreneurs institutionnels (7), leur audace, leur créativité et leur volonté de bousculer les normes ont largement contribué à jeter les bases de la mode africaine contemporaine. . La fin des années 1980 et le début des années 1990 ont vu l’émergence de plusieurs créatrices talentueuses, comme Deola Sagoe (Nigéria) et Sally Karago (Kenya). Deola Sagoe a fondé la Maison Deola en 1989, où elle produit une haute couture féminine d’avant-garde ; elle a été la première femme africaine à présenter ses créations à AltaRoma, la célèbre semaine de la mode de Rome, en 2004 (8). Sally Karago, l’une des premières créatrices kenyanes reconnues au niveau international, a ouvert la voie à l’intégration de la culture du peuple Maasaï, en particulier le tissu à carreaux shuka, et le kikoy d’Afrique de l’Est, dans ses collections (9). . Au milieu des années 1990, un certain nombre de pays africains ont bénéficié d’une stabilité politique renforcée et d’un redressement économique qui ont amené un gain en prospérité (10). Cette période a été déterminante pour le paysage social et culturel de l’Afrique. En 1996, lorsque le Président sud-africain Thabo Mbeki a prononcé son discours sur la renaissance africaine, il s’agissait non seulement d’un appel à une redéfinition politique et économique, mais également à la construction d’une identité culturelle commune en tant qu’Africains. Dix ans plus tard, en 2006, cet appel résonnait encore avec force, et conduisait les États membres de l’Union africaine à adopter une Charte de la renaissance culturelle africaine. Bien que celle-ci ne mentionne pas explicitement le secteur de la mode, elle représente une réaffirmation d’un code de valeurs, qui se manifeste, notamment, par un mouvement croissant de consommateurs africains désireux d’acheter des vêtements produits localement. . Dans ce contexte, de nombreux producteurs de mode en Afrique se sont positionnés délibérément comme des agents du changement socioculturel dont l’objectif est de contribuer à renouveler l’image de leurs pays et du continent, tout en favorisant la croissance économique et en créant des opportunités d’emploi (11). On a vu surgir une nouvelle vague de créateurs de vêtements afro-centriques destinés au marché de masse, accompagnée d’un regain d’intérêt pour les textiles et les modèles traditionnels. Le secteur des accessoires et des métiers d’art se sont émancipés d’une vision axée sur le tourisme pour prendre une place importante dans la construction de marques locales, et une nouvelle génération de créateurs de haute couture ont pris une place sans cesse grandissante sur la scène mondiale de la mode. . Lorsqu’on leur a demandé de caractériser l’état actuel du secteur de la mode en Afrique, de nombreux spécialistes de l’industrie interrogés dans le cadre du présent rapport ont employé des expressions telles que « en pleine croissance », « florissant » ou « très prometteur ». Actuellement, le secteur de la mode en Afrique constitue une véritable pépinière de talents remarquables, débordant de potentiel, où des créateurs et des stylistes établis ou émergents conjuguent savoir-faire traditionnel, innovation et créativité pour créer des produits allant de la haute couture la plus raffinée à la production en série de vêtements et d’accessoires abordables. Grâce à un patrimoine exceptionnel, à des compétences techniques inégalées et à un esprit créatif original, les créateurs de mode contemporains en Afrique bâtissent des ponts entre le passé et le présent, puisant dans leurs racines culturelles pour créer des vêtements et des accessoires qui contribuent à façonner des récits visuels uniques et sans cesse renouvelés sur l’identité et les aspirations du continent. . Dans de nombreux pays africains, la mode contemporaine continue, à une époque où les cultures visuelles sont de plus en plus mondialisées, à mobiliser une esthétique locale forte, souvent liée à des textiles et, dans certains cas, à des types de vêtements spécifiques. Les textiles issus de traditions historiques ou de processus plus récents d’hybridation culturelle – aso-oké, bogolan, toghu, kuba, odelela, lambahoany, kanga et laine berbère, aux côtés des imprimés africains, du bazin et de la dentelle africaine – sont utilisés pour créer des modèles standard à l’échelle mondiale, ainsi qu’une myriade de styles vestimentaires propres à diverses régions du continent, tels que l’agbada, le boubou, le caftan, la gandoura, la djellaba, le hager bahel, le gomesi et l’umwiteru. Les préférences locales et régionales cohabitent avec une esthétique mondialisée, donnant lieu à des combinaisons qui définissent souvent la touche unique et distinctive des créateurs africains. Plus important encore, un appétit croissant pour les textiles et les styles spécifiquement africains génère une demande importante et soutenue pour la mode fabriquée en Afrique. Cette tendance se manifeste dans la prédominance qui continue d’être accordée à l’habillement sur mesure dans de nombreux pays africains, malgré la disponibilité immédiate de vêtements d’occasion bon marché et de vêtements à bas prix importés de l’extérieur du continent. Elle est également illustrée par la créativité de nombreux grands couturiers africains et la trentaine de semaines de la mode organisées chaque année à travers l’Afrique. . . DES ÉCOSYSTÈMES CRÉATIFS DYNAMIQUES ET DIVERSIFIÉS L’écosystème de la mode en Afrique est complexe et multidimensionnel, mais se compose principalement de créateurs, de stylistes, de tailleurs ou couturières et d’artisans évoluant les uns à côté des autres, et répondant aux besoins (et aux budgets) de différents publics par la création de vêtements et d’accessoires pour la haute couture, le prêt-à-porter ou la production de masse. . La plupart des entreprises de mode en Afrique sont des micros, petites et moyennes entreprises (MPME), qui tendent à desservir un marché hyperlocal avec des vêtements et des accessoires prêts à porter et fabriqués sur commande (12). .
 » Il faut donner une chance aux textiles africains. Il faut qu’ils soient produits sur le continent. Je suis favorable à une limitation de nos importations textiles. Personnellement, je peine à acheter de grandes quantités de textiles en provenance d’Afrique. Je refuse d’importer, et cela a un impact direct sur mes capacités de production et mes coûts. Ce n’est pas normal. L’Afrique devrait pouvoir produire des textiles de manière industrielle. Il est difficile de réaliser des collections de prêt-à-porter dans ces conditions. En raison des coûts de production, nos créations restent réservées à une minorité. » Alphadi, Styliste et Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO pour la création et l’innovation africaines
Un petit nombre de marques de haute couture, essentiellement concentrées en Afrique du Sud, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya, au Nigéria, au Rwanda et au Sénégal, fournissent des produits de luxe à un groupe restreint de clients domestiques et internationaux au pouvoir d’achat élevé. Enfin, un secteur industriel de l’habillement en constante expansion tend à produire des vêtements pour les marques internationales de la mode éphémère («fast fashion»), agissant en tant que prestataire de services (13). . Les vêtements et accessoires produits sur le continent sont d’une diversité remarquable, s’inspirant de différentes cultures, traditions et préférences esthétiques. Les créateurs de mode africains ont toutefois une chose en commun : ils agissent en tant qu’agents de changement, stimulent l’innovation et galvanisent la société autour de récits visuels partagés (14). En tant qu’entrepreneurs créatifs, ils peuvent générer des possibilités d’emploi équitable, soutenir des sources de revenu durables pour les communautés agricoles en choisissant d’utiliser des matériaux d’origine locale issues de méthodes agricoles durables, réduire les déchets en recyclant les tissus de seconde main, et assurer la transmission des compétences et des connaissances traditionnelles en employant des tisserands et des tailleurs locaux. . Cet écosystème créatif dynamique et diversifié peut être divisé en quatre grands sous-secteurs qui sont tous interdépendants et liés : les textiles, l’habillement, la haute couture, ainsi que les métiers d’art et les accessoires. Le dynamisme de la chaîne de valeur de la mode en Afrique repose sur l’interaction de ces sous-secteurs, qui présentent chacun leurs propres caractéristiques, défis et opportunités. . TEXTILES L’écosystème dynamique de la mode en Afrique est en partie alimenté par la mosaïque de fibres naturelles et de textiles traditionnels du continent représente une stratégie clé pour libérer tout l’impact potentiel du secteur de la mode sur le développement du continent. . D’une part, le fait que de nombreux pays africains cultivent des fibres naturelles représente une opportunité unique d’utiliser le secteur de la mode comme vecteur d’un développement industriel utilisant les matières premières locales, avec des bénéfices non seulement pour les parties prenantes du secteur de la mode, mais aussi pour les communautés agricoles. D’autre part, la visibilité croissante des textiles africains, grâce à leur utilisation par des créateurs de renom, permet d’ouvrir de nouveaux marchés et de susciter de nouvelles évolutions, qui pourront offrir des opportunités majeures aux artisans locaux. . Le coton est la principale fibre naturelle sur le continent africain : 37 des 54 pays africains produisent du coton, les plus grands producteurs du continent étant concentrés en Afrique de l’Ouest (15). Au Bénin, pays qui a été pendant de nombreuses années le premier producteur de coton d’Afrique, celui-ci représente entre 12 % et 13 % du PIB (16.) Le coton est l’une des principales cultures de rapport pour de nombreux pays les moins avancés (PMA) d’Afrique, procurant des revenus à plus de 3,5 millions d’agriculteurs, dont 17 % sont des femmes (17). L’Afrique a en outre le potentiel pour devenir cheffe de file dans la culture durable du coton : la production de fibres de coton biologique en Afrique subsaharienne a augmenté de plus de 90 % entre 2019 et 2020, et représentait 7,3 % de la production mondiale de coton biologique (18). . Outre la fibre de coton, les pays d’Afrique du Nord et d’Afrique australe produisent également des quantités importantes de laine, tandis que la soie est produite en Afrique du Sud, en Éthiopie, à Madagascar et en Namibie. On trouve également plusieurs autres fibres principalement utilisées dans la production artisanale, comme le raphia (Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Libéria, Madagascar, Nigéria, République démocratique du Congo) et l’écorce d’arbre (Côte d’Ivoire, Ghana, Ouganda). Le continent produit également une grande variété de fibres moins connues, telles que le jute, le kénaf, la fibre de coco, le lin, le sisal, la ramie, le kapok et l’abaca, qui sont très en vogue auprès des créateurs émergents de mode à la recherche de matériaux durables et locaux. . La grande variété de fibres naturelles de haute qualité produites sur le continent est un avantage stratégique qui peut contribuer à alimenter un secteur de la mode florissant. Cependant, en 2022, alors que la production africaine de coton représentait 7,5 % de la production mondiale, les pays subsahariens ont exporté plus de 81 % de leur production de coton brut, au lieu de le transformer et de l’utiliser localement (19). En exportant la plupart de ses fibres brutes, le continent subit une perte importante et constante de la valeur économique potentielle de ces cultures et limite la croissance de la chaîne de valeur du textile et de la mode en Afrique. Il existe des exceptions notables à cette tendance : l’Égypte, onzième exportateur mondial de coton brut en 2022 (20), transforme également sur son territoire une quantité importante de fibres pour répondre à la demande nationale et alimenter son industrie textile florissante. La fibre et le tissu de coton égyptien sont réputés pour leur qualité, et la Cotton Egypt Association a mis au point une appellation « coton égyptien » pour distinguer ses produits sur le marché, en garantissant leur traçabilité grâce à des tests ADN. De même, l’Éthiopie s’efforce de lier sa production de fibres à sa production textile dans le cadre d’un récent effort de développement de son secteur de l’habillement. En 2020, le pays a produit 57 000 tonnes métriques de fibre de coton, satisfaisant une part importante de la demande des filatures nationales, estimée à 64 000 tonnes métriques (21). . Le marché du textile africain est alimenté en partie par une forte demande de textiles dont l’esthétique est propre à des cultures spécifiques. De nombreux pays du continent disposent d’un riche répertoire de tissus artisanaux utilisant des techniques uniques basées sur des pratiques vivantes du patrimoine culturel immatériel, telles que le tissage par bandes ou la broderie de raphia à poils ras. Les professionnels du secteur et les décideurs politiques interrogés dans le cadre du présent rapport ont cité plus de 60 textiles différents qu’ils considèrent comme ayant une importance locale, nationale ou régionale significative. Cette liste n’est que la partie émergée de l’iceberg, et reflète l’immense éventail de techniques et de traditions issues de générations d’artisans talentueux, qui sont aujourd’hui réinterprétées par des créateurs contemporains. On distingue trois grandes catégories de textiles : . Les textiles tissés manuellement ou semi-mécaniquement.Ces textiles traditionnels jouent encore un rôle important, notamment dans la mode des pays d’Afrique de l’Ouest : l’aso-oké du Nigéria, le kenté du Ghana, le tissu bogolan du Mali, le faso dan fani du Burkina Faso, ou encore le tissu manjak du Sénégal, continuent d’être portés par attachement à l’identité et au lieu qu’ils représentent, et sont également de plus en plus réinterprétés dans des versions contemporaines. En Éthiopie et en Érythrée, une grande part de la mode féminine est basée sur le hager bahel tissé à la main, et l’on assiste à la création d’une large sélection de châles et d’écharpes contemporaines à partir des savoir-faire traditionnels. Dans de nombreux pays d’Afrique centrale, ainsi qu’en Côte d’Ivoire et à Madagascar, différents styles de tissus en raphia, comme le kuba, sont couramment utilisés pour la fabrication d’accessoires et de textiles d’intérieur. En raison de la précision et du travail complexe qu’exige la production de ces textiles, et de la nécessité d’utiliser des matériaux de haute qualité, leur production ne peut pas être facilement développée ou industrialisée sans en compromettre l’authenticité. Toutefois, la reconnaissance de leur valeur culturelle unique peut débloquer des investissements publics et privés et conduire à la mise en œuvre de mesures de sauvegarde. Le Ministère marocain de la jeunesse, de la culture et de la communication a inscrit plusieurs techniques de tissage comme patrimoine culturel immatériel national, tandis que la technique de tissage égyptienne Sa’eed a été inscrite sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO en 2020, et la production de tissus d’écorce par le peuple baganda en Ouganda a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2008. .
« Les Africains veulent porter des vêtements provenant d’Afrique. C’est vraiment beau à voir car cela n’a pas toujours été le cas. Quand nous avons lancé la Semaine de la mode de Lagos, nous avons dû créer une campagne sur le thème « Achetez nigérian » et « Achetez africain », juste pour encourager les gens à commencer à acheter des articles de mode nigérian ou africain. Et 10 ans plus tard, les gens ne veulent plus rien porter d’autre. La seule difficulté est de savoir s’ils peuvent se le permettre. Car la mode africaine a malheureusement un prix. Elle a un prix à cause des problèmes et des obstacles auxquels on se heurte quand il s’agit de produire de la mode africaine. » Omoyemi Akerele, Semaine de la mode de Lagos
. Ces textiles sont particulièrement intéressants pour le secteur de la haute couture et des métiers d’art, qui accordent plus d’importance à la qualité, l’exclusivité et la durabilité qu’à la quantité. . Textiles travaillés à la main sur des tissus pouvant être importés ou produits sur le continent.Si le processus de tissage peut être réalisé de manière industrielle, la finition de cette catégorie de textiles nécessite une intervention humaine et des compétences souvent ancrées dans la tradition et le patrimoine. Par exemple, les tissus thioub sénégalais ou maliens sont des pièces de bazin finement teintes, tandis que les voiles mauritaniens sont teints sur du coton pur. Le Bénin, le Cameroun, la Guinée et le Nigéria sont réputés pour leurs différents styles de teinture à l’indigo, tels que les tissus lépi, ndop ou adiré. . Textiles produits industriellement.Le continent africain produit également une grande variété de textiles issus de traditions esthétiques distinctes, mais fabriqués industriellement, qui peuvent alimenter le secteur de l’habillement. Les kangas ou lesos illustrés de proverbes swahili ornent de nombreux vêtements d’Afrique de l’Est, tandis que le tissu shuka à carreaux rouges, associé aux communautés maasaï du Kenya et de Tanzanie, a été réinterprété par des créateurs contemporains. Le tissu seshoeshoe (ou siShweshe) et leteise) est d’usage courant dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Botswana et le Lesotho, tandis que l’odelela est spécifiquement associé à la Namibie, le retso au Zimbabwe et le samakaka à l’Angola. Bon nombre des textiles locaux produits industriellement cités ci-dessus ont d’abord été des importations culturelles, qui, sous l’effet d’un syncrétisme culturel, ont fini par être associés au style de divers pays, communautés ou régions. Les textiles industriels les plus emblématiques d’Afrique sont les wax, les tissus imprimés à la cire perdue, communément appelés « imprimés africains », « ankara » et « kitenge » ou « chitenge ». Popularisés dès le début du vingtième siècle en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, où ils avaient été introduits par des commerçants européens qui vendaient des copies de tissus batik indonésiens de Java, les wax ont acquis au vingt-et-unième siècle une popularité quasi continentale, et sont aujourd’hui un élément essentiel de nombreuses marques de mode africaines et de la diaspora. Le bazin (également appelé damas africain, brocart de Guinée ou shedda) est un élément essentiel des boubous et des caftans d’Afrique de l’Ouest, tandis que la dentelle africaine est souvent privilégiée pour les tenues de mariage de la même région. . Ce riche inventaire donne une idée du rôle que les différents types de textiles et de motifs produits en Afrique jouent dans le secteur de la mode sur le continent. Dans le cadre du présent rapport, on a demandé à des professionnels de l’industrie de la mode et à des décideurs politiques d’indiquer la fréquence à laquelle ils avaient vu une personne portant un vêtement ou un accessoire fabriqué avec les différents tissus associés à leur pays ou à l’esthétique africaine au sens large. La moyenne des réponses pour toutes les régions suggère que dans une ville africaine moyenne, on peut voir tous les jours des imprimés wax, du bazin ou des tissus locaux, bien que ceux-ci n’aient pas toujours été produits sur le continent22. Les entretiens menés dans le cadre de cette recherche montrent que, malgré un grand intérêt au niveau local pour des tissus panafricains comme la dentelle africaine, le bazin ou le wax, ceux-ci sont souvent importés de l’extérieur du continent et non produits en Afrique. Cela représente un net recul par rapport au pic de la vague d’industrialisation textile de la période postindépendance, lorsque presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, ainsi que de nombreux pays d’Afrique australe, possédaient des usines de production de wax, et que certains produisaient également du bazin et de la dentelle africaine. Aujourd’hui, seules quelques-unes de ces usines de première génération fonctionnent encore. La Côte d’Ivoire, par exemple, compte deux usines d’impression de wax, tout comme le Ghana. La qualité des wax produits en Afrique est généralement appréciée par les consommateurs africains, mais ils sont concurrencés en termes de prix par des wax importés moins onéreux. Certains pays montrent que la relance du secteur textile est encore possible. L’usine Afritextiledu Burundi, qui a récemment repris une usine en faillite, produit des tissus kitenge (imprimés à la cire) (23) pour alimenter son secteur de la mode. La Nouvelle société textile du Tchad, qui a récemment repris ses activités, a lancé en juillet 2021 la vente de son premier textile produit avec du coton tchadien, et a appelé les tailleurs et stylistes tchadiens à utiliser ce nouvel approvisionnement (24). . L’opportunité unique offerte par la disponibilité de fibres locales de haute qualité, le riche éventail de textiles tissés à la main, travaillés à la main ou de fabrication industrielle produits Les Africains veulent porter des vêtements provenant d’Afrique. C’est vraiment beau à voir car cela n’a pas toujours été le cas. Quand nous avons lancé la Semaine de la mode de Lagos, nous avons dû créer une campagne sur le thème « Achetez nigérian » et « Achetez africain », juste pour encourager les gens à commencer à acheter des articles de mode nigérian ou africain. Et 10 ans plus tard, les gens ne veulent plus rien porter d’autre. La seule difficulté est de savoir s’ils peuvent se le permettre. Car la mode africaine a malheureusement un prix. Elle a un prix à cause des problèmes et des obstacles auxquels on se heurte quand il s’agit de produire de la mode africaine.Omoyemi Akerele, Semaine de la mode de Lagos sur le continent, et la force de la demande pour des motifs africains, signifient que le secteur est mûr pour de nouveaux investissements et de nouvelles politiques, qui renforceront la production textile industrielle et amélioreront les capacités de production des artisans, pour que ceux-ci puissent produire en plus grandes quantités et avec une qualité plus fiable, tout en respectant les traditions et les savoir-faire existants. Une production textile dynamique, fiable et rentable sur le continent contribuera à répondre à l’une des principales préoccupations exprimées par les producteurs de vêtements et les créateurs de haute couture en Afrique – l’accès à des textiles africains abordables. . . HABILLEMENT Le secteur de l’habillement connaît actuellement une période de mutations profondes en Afrique, en partie grâce à la poussée démographique rapide : d’ici à 2030, le continent comptera 1,7 milliard d’habitants(25). . Selon les projections des Nations Unies, l’Afrique subsaharienne est également la région qui connaîtra la plus forte croissance de la population en âge de travailler au cours des 20 prochaines années26. Cette population croissante constitue un avantage comparatif pour le continent, car elle permettra d’intensifier la production industrielle de vêtements, ce qui représente une opportunité de création d’emplois et de génération de revenus. En outre, l’augmentation des revenus disponibles et la croissance de la classe moyenne élargissent la clientèle de la mode africaine. Le nombre d’Africains de la classe moyenne a triplé entre 1980 et 2010, se hissant à plus de 34 % de la population du continent27, et, d’ici à 2030, la consommation des ménages devrait atteindre 2,5 billions de dollars des États-Unis28. Alors qu’au cours des dernières décennies, une combinaison de vêtements sur mesure et de vêtements importés constituait la principale source d’habillement pour la plupart des habitants du continent, les changements économiques et sociaux ont entraîné un rééquilibrage en faveur dela production de vêtements de prêt-à-porter africains, tant pour la consommation locale que pour l’exportation. . Des créateurs africains emblématiques font la promotion des textiles et des métiers d’art locauxDe nombreux créateurs africains de haute couture ou de produits de luxe soutiennent activement les traditions textiles locales en les utilisant de manière privilégiée dans leurs créations et en suscitant d’importantes innovations dans leur production artisanale. Parmi les créateurs de mode de la première génération, le Malien Chris Seydou, souvent salué comme le « père de la mode africaine », a brisé les codes en transformant des textiles bogolan en mini-jupes et en vestes courtes, un métissage culturel sans précédent dans les années 1980. Pour obtenir ce look raffiné, il a travaillé avec des artisans teinturiers afin de créer des modèles en bogolan mieux adaptés aux coupes actuelles. Alphadi (Niger), un autre créateur pionnier, a régulièrement fait appel au kuba, un tissage en raphia finement travaillé originaire du royaume de Kuba, ainsi qu’au savoir-faire des bijoutiers touaregs. Le célèbre styliste camerounais Imane Ayissi est connu pour son refus d’intégrer des imprimés wax dans son travail, préférant mettre en valeur des tissus précoloniaux tels que le kenté, le manjak ou les tissus teints à la main dans ses silhouettes haute couture. La Sénégalaise AïssaDione, qui s’est surtout fait connaître comme créatrice textile, a entrepris un travail révolutionnaire qui l’a amenée à innover dans les techniques de tissage traditionnelles sénégalaises, grâce à l’adoption de métiers à tisser plus larges, ainsi qu’à des combinaisons de fibres autres que le coton. Doreen Mashika, de la République-Unie de Tanzanie, travaille avec de petits producteurs de kanga et des coopératives de femmes tisseuses d’herbes, utilisant ces textiles comme base de ses créations. Le Sud-Africain Laduma Ngxokolo, fondateur de la maison de couture iconique Maxhosa Africa, a quant à lui produit des collections inspirées des broderies perlées traditionnelles xhosa. . Cette tendance est renforcée par l’évolution des goûts des consommateurs ainsi que par un engouement pour les produits « made in Africa », encouragé en partie par une augmentation de la production créative africaine dans d’autres secteurs, comme le cinéma ou la musique. La demande afrocentrée est souvent panafricaine ou du moins régionale, les consommateurs s’intéressant aux textiles et aux styles vestimentaires d’autres pays et régions d’Afrique. Ainsi, les consommateurs sénégalais se tournent souvent vers leur tissu manjak tissé à la main, ainsi que vers le faso dan fani et le koko dunda du Burkina Faso. De même, les styles d’inspiration nigériane ont fait leur chemin en Afrique australe et en Afrique de l’Est, en partie grâce à la popularité des films de Nollywood, et les sandales perlées maasaï ont conquis l’Afrique de l’Ouest. Cet appétit pour la création africaine a également été nourri par une représentation accrue dans la production créative mondiale, comme la superproduction internationale « Black Panther », qui a contribué à accroître la désirabilité et l’attrait des vêtements et accessoires qui expriment une identité panafricaine. . Grâce à leur connaissance intime du marché et à leur compréhension de la demande locale, les marques africaines émergentes ont une opportunité inédite de tirer parti du zeitgeist et de remplacer la grande quantité de vêtements que l’Afrique importe actuellement par des produits fabriqués localement. Elles sont particulièrement bien placées pour contribuer à combler le déficit commercial du continent dans les domaines du textile, de la confection et de la chaussure, qui s’élève à environ 7,6 milliards de dollars des États-Unis. . Selon la Banque africaine de développement, les micros, petites et moyennes entreprises représentent 90 % des sociétés de mode en Afrique, ce qui témoigne de l’immense diversité des personnes, des idées et des créations qui composent le secteur émergent de la mode du continent29. Parmi les marques africaines occupant un espace de plus en plus important dans le secteur de l’habillement, beaucoup prennent la décision stratégique d’investir dans des marchés de niche. Le secteur du luxe sur mesure, qui se situe à mi-chemin entre la mode de masse et la haute couture et qui produit des séries limitées de produits haut de gamme pouvant être vendus avec des marges plus élevées, est le segment cible de nombreuses petites marques africaines qui n’ont pas encore la capacité de rivaliser avec les producteurs internationaux de vêtements de masse. On observe également un mouvement vers des marchés de niche fondés sur des concepts de durabilité environnementale ou de mode lente (« slow fashion »). La marque Asantii, créée par Maryse Mbonyumutwa et basée au Rwanda, s’est fortement engagée sur le plan social et environnemental, en ayant à cœur, par exemple, de s’approvisionner le plus possible en tissus durables (coton biologique et polyester recyclé) et produits en Afrique30. L’entreprise gère un programme appelé Pink Ubuntu, qui l’engage à verser à ses ouvrières des salaires supérieurs à la moyenne et à leur offrir des avantages sociaux tels qu’une garde d’enfants gratuite. Un autre exemple est la marque éthiopienne de mode lente Lemlem, fondée en 2007 par l’ancienne mannequin Liya Kebede pour contribuer à la préservation des techniques de tissage traditionnelles et créer des revenus pour les artisans tisserands. Du fait de leurs coûts de production, y compris l’approvisionnement en matériaux, ces marques de niche sont souvent vendues à des prix inabordables pour de nombreux consommateurs africains. . Outre la production de vêtements destinés à répondre à la demande des consommateurs africains à différents niveaux de prix, la production de masse de vêtements pour l’exportation est florissante dans quelques pays d’Afrique qui se sont positionnés en tant que prestataires de services au sein des chaînes de valeur mondiales de la mode. Après des décennies de progrès timides, l’intégration des marchés mondiaux de la mode a été stimulée par la recherche de nouveaux centres de production mondiaux, alors que les salaires augmentent dans les principaux pays producteurs. L’Égypte, l’Éthiopie, le Lesotho, Madagascar, le Maroc, Maurice et la Tunisie disposent d’un important secteur de fabrication de textiles et d’habillement axé sur la sous-traitance pour des grandes marques mondiales, telles que Guess, H&M, Levi’s, Mango et Zara, ainsi que des marques de luxe comme Chanel, Dior ou Hermès. La sous-traitance est particulièrement développée dans les pays d’Afrique du Nord, qui bénéficient de leur proximité géographique avec les marchés européens. En Tunisie, elle représente une part si importante du secteur du textile et de l’habillement que le Ministère de l’industrie, de l’énergie et de l’innovation tient des statistiques distinctes pour les entreprises « totalement exportatrices » (31). D’autres pays, comme le Bénin, l’Eswatini, le Ghana, le Kenya, la République-Unie de Tanzanie et le Rwanda, accordent une attention politique particulière au développement de l’activité de sous-traitance de l’habillement et d’autres exportations, souvent dans le cadre du programme AGOA (« Africa Growth and Opportunity Act ») des États-Unis, qui permet aux exportateurs africains d’accéder aux marchés américains en franchise de droits de douane. Le Kenya, par exemple, comptait 29 fabricants de vêtements opérant dans ses zones franches d’exportation dans le cadre du programme AGOA (32). Au Ghana, Sleek Garments, une entreprise fondée par Nora Bannerman, l’une des premières entrepreneures de mode du pays, a exporté plus de 75 000 chemises pour hommes vers les États-Unis en 2007 (33). .
 » La Semaine de la mode de Lagos est une plateforme qui met en avant les talents… les talents africains, pas seulement les créateurs nigérians. D’après nous, et pour nous, la Semaine de la mode de Lagos est bien plus qu’une vitrine. Elle vise aussi à renforcer la capacité du secteur à contribuer à l’économie croissante de l’Afrique en consolidant les entreprises de mode et de création existantes. Nous la positionnons aussi comme une réaffirmation de l’engagement de notre communauté à adopter des pratiques durables, avec de la traçabilité, de la transparence et une vision à long terme – des piliers solides sur lesquels appuyer notre processus créatif. Nous encourageons les créateurs à en parler également dans leur travail. Et nous protégeons nos artisans et nos compétences artisanales à travers le continent, car nous les considérons comme des outils essentiels de renforcement de la créativité. » Omoyemi Akerele, Semaine de la mode de Lagos
Dans l’ensemble, assurer la croissance du secteur de l’habillement sur le continent est une opportunité stratégique pour stimuler la création d’emplois durables, notamment pour les femmes et les jeunes. Historiquement, l’industrie de l’habillement a été caractérisée comme l’une des industries les plus dominées par les femmes, 70 à 90 % des travailleurs du secteur dans les pays en développement étant répertoriés comme étant des femmes34. Un secteur de l’habillement renforcé et bien réglementé pourrait contribuer à l’égalité des genres grâce à l’émancipation financière et à l’autonomisation des femmes. Des initiatives telles que Better Work Lesotho exploitent déjà ce potentiel, se concentrant sur l’amélioration des conditions de travail dans les usines et sur la création d’emplois pour les jeunes et les femmes dans les zones rurales. . En bref, le secteur de l’habillement en Afrique est aujourd’hui extrêmement dynamique, mais même lorsque ses produits sont destinés au marché de masse, ils restent un produit de luxe pour la plupart des Africains, et certainement pour les consommateurs du continent qui, au cours des dernières décennies, ont eu de plus en plus recours à des importations de seconde main ou à des vêtements importés peu onéreux. Néanmoins, en raison de la poussée démographique du continent et de l’optimisme quant à l’augmentation des revenus des consommateurs, le volume de la demande nécessaire à un secteur de l’habillement florissant est prêt à exploser : le défi consistera à mettre en place les conditions permettant aux producteurs de vêtements en Afrique de produire à des prix accessibles aux Africains. . HAUTE COUTURE Parallèlement à la dynamique positive observée dans le secteur de l’habillement, l’essor de la créativité africaine s’est également traduit par la montée en puissance des marques africaines de haute couture. . Grâce à des créateurs de mode emblématiques comme Pathé’O(Côte d’Ivoire) – designer du chemisier de Nelson Mandela – et Alphadi (Niger), mais aussi à de nouveaux talents comme Amine Bendriouich (Maroc), Adama Paris (Sénégal), Kente Gentlemen (Côte d’Ivoire), Niuku (Mauritanie), Christie Brown (Ghana), Mahlet Afework (Éthiopie), Sun Goddess (Afrique du Sud), Duro Olowu (Nigéria) et Imane Ayissi (Cameroun), la mode africaine s’est imposée sur la scène internationale. En 2019, Thebe Magugu (Afrique du Sud) est devenu le premier Africain à remporter le Prix LVMH des jeunes créateurs, l’une des récompenses les plus prestigieuses du secteur. Le styliste nigérian Kenneth Izeétait co-finaliste pour le Prix cette année-là. . En 2021, un autre créateur sud-africain, Lukhanyo Mdingi, a remporté le Prix Karl Lagerfield de LVMH. Thebe Magugu a ensuite conçu une collection de vêtements de sport inclusifs pour Adidas, comprenant des pièces de tennis haute performance portées sur les courts par les grands noms du tennis Stefanos Tsitsipas et la championne de tennis en fauteuil roulant Dana Mathewson lors de tournois importants en 2022. . Les vêtements produits par ces marques exclusives ne sont accessibles qu’à un petit pourcentage aisé de la population du continent. L’impact de leur travail s’étend cependant bien au-delà de leurs produits : ce sont de véritables agents de changement et des moteurs d’innovation qui opèrent à la jonction cruciale entre l’artisanat, l’art et l’industrie. Si leurs activités principales se situent essentiellement aux étapes de création et de conception de la chaîne de valeur, ils ne travaillent pas en vase clos, mais collaborent avec des secteurs et des professionnels qui oeuvrent en dehors de l’écosystème créatif. Vus sous cet angle, les créateurs africains de haute couture s’apparentent souvent davantage à des entrepreneurs créatifs à la tête de petites et moyennes entreprises, qui, par leurs décisions et leurs activités, jouent un rôle clé dans la réduction de la pauvreté et des inégalités, la création d’emplois décents et productifs et l’instauration de la justice sociale. . Par sa visibilité et sa désirabilité, la haute couture modèle l’ensemble de la chaîne de valeur. Sur le continent, le nombre d’événements dédiés à la haute couture est en pleine croissance : à ce jour, 32 pays d’Afrique organisent des semaines de la mode de taille et d’échelle variées. La Semaine de la mode de Lagos (Nigéria), la SA Fashion Week (Afrique du Sud), la Semaine de la mode de Dakar(Sénégal) et le Festival international de la mode africaine (FIMA, dans un lieu différent chaque année) sont bien établis et attirent tous les ans un large public local et international ainsi que des sponsors de premier plan. Des événements à plus petite échelle, comme la Semaine de la mode Glitz Africa (Ghana), la Semaine de la mode swahilie (République-Unie de Tanzanie) ou la Semaine de la mode de Tunis (Tunisie), gagnent également en importance. .
« La mode est un catalyseur qui nous permet de raconter des histoires plus intimes, plus riches et plus abouties sur toute l’Afrique. Nous espérons qu’elle inspirera les visiteurs et que grâce à elle, ils se débarrasseront de certains clichés (35). » Christine Checinska, Commissaire d’exposition au Victoria and Albert Museum
. Les médias jouent un rôle particulièrement crucial dans l’industrie mondiale de la haute couture, où la notoriété est essentielle. Les grands médias de mode accordent de plus en plus de place à la mode africaine. Edward Enninful, rédacteur en chef d’origine ghanéenne du British Vogue, a régulièrement mis en avant la représentation africaine dans le cadre de la volonté du groupe de magazines d’accroître la diversité et l’inclusion. Il existe également une cohorte émergente de blogs et de magazines de haute couture africains qui offrent une visibilité et un accès aux actualités du secteur. Industrie Africa, fondée par la Tanzanienne Nisha Kanabar, fonctionne comme une entité hybride entre le journalisme de mode, le showroom virtuel et la plateforme de vente en ligne pour les marques africaines de luxe et de haute couture. Moonlook, lancé par la Camerounaise Nelly Wandji, a un fonctionnement similaire, avec une offre destinée au public francophone. Gida Journal, lancé en 2022, est un magazine annuel imprimé consacré à la mode africaine et à d’autres formes d’expression créative, ouvert aux créateurs basés sur le continent. Parmi les autres références du secteur, il convient également de citer le magazine de mode en ligne Debonair Afrik, fondé au Ghana en 2014, et le blog de mode et de style de vie Jamila Kyari. . La visibilité offerte par les médias traditionnels et en ligne est encore amplifiée par les célébrités de la communauté afrodescendante et de la diaspora, qui jouent un rôle crucial dans la promotion des créateurs africains. Des personnalités telles que Beyoncé, Alicia Keys ou Michelle Obama ont pris la décision délibérée de promouvoir le travail des créateurs africains et afrodescendants en portant leurs créations lors d’événements à forte visibilité. Lors de sa tournée « Renaissance Tour » en 2023, Beyoncé et ses trente danseurs ont porté des créations de Tongoro, la marque « made in Africa» fondée par la styliste sénégalaise Sarah Diouf. La top model britannique Naomi Campbell, qui portait une pièce du créateur ghanéen Steve French Oduro pour la couverture d’Essence Magazine à l’occasion de son cinquantième anniversaire, est une ardente promotrice de la mode africaine. Des célébrités africaines jouissant d’une grande audience internationale ont fait des choix similaires. L’auteure nigériane de grande renommée Chimamanda Ngozi Adichie a lancé en 2017 son projet « Wear Nigerian » (« Habillez-vous nigérian ») sur les réseaux sociaux, s’engageant officiellement à ne paraître en public que dans des tenues de créateurs nigérians36. La chanteuse béninoise Angélique Kidjo, plusieurs fois récompensée aux Grammy Awards, a toujours porté des vêtements afrocentrés tout au long de sa longue carrière, tout comme la chanteuse malienne Fatoumata Diawara. . En outre, plusieurs événements ciblés dédiés à la mode africaine sont régulièrement organisés hors du continent. L’Afro Fashion Week Milano, dont le huitième défilé a eu lieu en septembre 2022, offre une plateforme internationale pour présenter et soutenir le travail des créateurs émergents africains, afrodescendants ou d’inspiration afro à Milan, en Italie. L’initiative African Fashion Up, lancée par Share Africa et soutenue, entre autres, par les Galeries Lafayette et Balenciaga, est le premier grand événement parisien entièrement consacré à la mode africaine. De grandes maisons de couture se rendent également en Afrique : en décembre 2022, la marque de luxe française Chanel a présenté sa collection annuelle « Métiers d’Art », spécialisée dans l’artisanat d’art, à Dakar, au Sénégal, une première pour une maison de haute couture mondiale. . Enfin, la reconnaissance croissante de la haute couture africaine contemporaine en tant que forme d’art a contribué à consolider son statut de phare culturel et social pour le continent. L’exposition historique Africa Fashion au Victoria and Albert Museum de Londres, de juillet 2022 à avril 2023, a marqué un tournant et donné un nouveau retentissement mondial à la mode africaine. Conçue pour célébrer la vitalité et l’innovation du continent dans le domaine de la mode, elle a rassemblé une sélection de créateurs issus d’une vingtaine de pays qui ont été à l’avant-garde de la mode africaine du vingtième siècle à aujourd’hui. Christine Checinska, commissaire principale de l’exposition, s’est efforcée de remettre en question les notions préconçues concernant la mode africaine, en laissant parler les sources d’inspiration variées et multiples, la créativité et les visions des créateurs africains. Tout en reconnaissant que l’exposition se tenait dans une ancienne puissance coloniale, les commentateurs ont salué l’événement comme une étape majeure dans la décentralisation de la mode mondiale par rapport aux capitales dominantes que sont New York, Londres, Paris et Milan (37). . L’Afrique est souvent très contrastée, et malgré la visibilité dont jouissent les créateurs africains tant sur le continent que sur la scène internationale, le marché de la haute couture y reste limité. Le Africa Wealth Report de 2023 donne néanmoins des raisons de voir le marché du luxe du continent d’un œil prudemment optimiste : il prévoit une augmentation de 42 % du nombre de millionnaires africains en dollars au cours des 10 prochaines années, pour atteindre quelque 195 000 d’ici à 2031. La plus forte croissance du nombre de personnes fortunées est d’ailleurs répartie entre des pays africains aussi divers que le Maroc, Maurice, la Namibie, la République démocratique du Congo, le Rwanda, les Seychelles et la Zambie (38). En outre, comme les marques de luxe internationales ont actuellement une présence très limitée dans les pays africains, les marques de luxe africaines ont l’occasion, en tant qu’acteurs de première ligne comprenant les goûts et l’esthétique locaux, de s’assurer que les dépenses du continent dans le secteur du luxe iront vers les produits « made in Africa ». .
Au-delà des défilés : l’impact des semaines de la mode en AfriqueLes semaines de la mode, en plus de faire connaître les stylistes et les créateurs, offrent des possibilités de réseautage et d’apprentissage, mettent les stylistes en contact avec des investisseurs et constituent également des plateformes pour d’importantes discussions au sein de l’industrie. Depuis maintenant trois éditions, la semaine de la mode de Lagos a lancé l’initiative Woven Threads (« fils tissés »), qui vise à faciliter les conversations avec toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur de la mode autour de la production et de la consommation responsables. Les semaines de la mode créent également un large éventail d’externalités sociales et économiques positives en rassemblant les gens en un même lieu. De l’industrie hôtelière au tourisme en passant par le commerce de détail local, un large éventail de parties prenantes bénéficient de ces événements qui se déroulent sur le continent africain.
. Ce processus est déjà en cours, avec des boutiques conceptuelles exclusives qui ont vu le jour dans certaines capitales africaines pour saisir cette opportunité. Merchants on Long à Capetown, Alára à Lagos, El Fenn à Marrakech, Le Sandagaà Dakar, The Lotte à Accra et ABY Concept à Abidjan sont des espaces qui rassemblent une gamme de produits de luxe produits en Afrique, dont des articles de mode (39,40). . L’importance stratégique des segments de la haute couture et du luxe en Afrique réside également dans le fait que leurs produits se vendent à un niveau de prix adapté à la production de la « slow fashion » – ou mode lente, ce qui facilite l’intégration d’un artisanat de qualité et de techniques plus longs à produire basées sur le patrimoine. De fait, certains créateurs de mode du continent ont joué un rôle de premier plan dans la relance ou la revitalisation de techniques de teinture et de tissage tombées dans l’oubli. Le créateur burkinabé Sébastien Bazemo a ainsi redonné vie au koko dunda, un tissu teint de manière artisanale qui avait fini par être dévalorisé. Aujourd’hui, ce textile n’est pas seulement un élément essentiel des collections de Bazemo, c’est aussi un incontournable de la mode dans tout le pays, et il est fièrement exporté dans la sous-région. Le gouvernement a d’ailleurs créé un label pour authentifier le koko dunda teint localement (41). Les stylistes ougandais José Hendo et nigérian-allemand Bobby Koladé, pour leur part, ont contribué à stimuler les innovations en matière de production et d’utilisation du tissu d’écorce dans les vêtements contemporains (42,43). . Le secteur de la haute couture peut donc servir d’intermédiaire pour sauvegarder les compétences traditionnelles et les pratiques du patrimoine culturel immatériel, tout en générant des revenus pour une série d’artisans et en ouvrant la voie à des pratiques durables. Le pouvoir d’influence (« soft power ») de l’écosystème de la mode réside également en grande partie dans les segments de la haute couture et du luxe, qui façonnent la culture visuelle et influencent les goûts aux niveaux local, national et régional. . . ACCESSOIRES ET MÉTIERS D’ART Enracinés dans des traditions séculaires, les accessoires de mode et les métiers d’art ont une longue histoire de prestige et de symbolisme culturel sur le continent africain. Ils sont généralement produits par des artisans hautement qualifiés, qui possèdent un niveau exceptionnel de savoir-faire et de minutie et utilisent des matériaux durables et des techniques respectueuses de l’environnement. Les bijoux créés à partir de métaux, de perles, de cauris, de cornes d’animaux et de raphia sont souvent associés à des savoir-faire techniques traditionnels et à des pratiques sociales qui affirment l’identité culturelle à travers la parure. Les métiers d’art comprennent également l’artisanat du cuir, qui est au cœur de la production de chaussures, de sacs et d’accessoires, souvent dans des styles africains uniques. D’autres objets, tels que les ornements perlés des Zoulous et des Ndébélés d’Afrique du Sud, ou la broderie traditionnelle à cinq couleurs de l’oasis de Siwa en Égypte, apportent des finitions décoratives exceptionnelles et de haute qualité aux vêtements et autres articles de mode. . La bijouterie a connu une forte évolution qualitative en Afrique au cours des deux dernières décennies. Alors qu’à la fin du vingtième siècle, elle était en grande partie la prérogative des artisans traditionnels, qui vendaient directement à des clients locaux ou dépendaient des marchés touristiques et des coopératives d’ONG, le paysage africain de la bijouterie compte aujourd’hui de nombreux créateurs de bijoux dont les marques professionnelles sont commercialisées dans le monde entier. . Des marques africaines de bijoux de haute couture comme Pichulik (Afrique du Sud), Ami Doshi Shah (Kenya) ou Adèle Dejak (Kenya-Nigéria), sont régulièrement présentées dans les médias internationaux de la mode pour leur créativité contemporaine. De nombreux créateurs font fièrement référence au patrimoine africain dans leurs créations : citons Adinkra’sJewels (Ghana), dont les pièces rendent hommage aux symboles akan, K’tsobe (Rwanda), dont les bijoux s’inspirent de la culture et de la nature rwandaises, et Karidja et Khadija (Côte d’Ivoire), qui fabriquent à la main des pièces de luxe en bronze conçues pour brouiller les frontières entre l’esthétique africaine traditionnelle et contemporaine. D’autres marques s’intéressent activement à la chaîne de valeur des pierres précieuses et des métaux précieux d’Afrique, s’efforçant de les valoriser ou de garantir que les matières premières proviennent d’une source responsable. Originaire du Botswana, pays producteur de diamants, Boitshoko Kebakile a fondé la maison House of Divinity, dans un souci d’ajouter de la valeur aux matières premières de son pays : elle y produit aussi bien des pièces de qualité abordable que des bijoux incrustés de pierres semi-précieuses44. La marque de joaillerie fine Vanleles, basée au Royaume-Uni, a été lancée en 2011 par l’ancienne mannequin bissau-guinéenne Vania Leles, qui avait constaté que, si la plupart des pierres précieuses qu’elle portait provenaient d’Afrique, les bijoux n’étaient pas produits par des marques africaines (45). . Le secteur de la maroquinerie, en particulier, a connu des développements majeurs au cours des dernières décennies et regorge d’un potentiel inexploité. Il existe des pays producteurs de cuir dans toutes les régions du continent : du Botswana à la Tunisie, du Sénégal au Soudan du Sud, du Maroc au Malawi. Si certains se contentent encore d’une transformation limitée du cuir brut, d’autres connaissent une évolution rapide dans la production d’accessoires en cuir de haute qualité. Ce cuir de qualité est souvent un catalyseur pour d’autres parties de l’écosystème de la mode : ainsi, une innovation a été apportée dans le domaine de l’horlogerie par la marque ghanéenne Caveman, fondée en 2018 par Anthony Mensah Dzamefe, ayant remarqué qu’il était possible de fabriquer des montres avec des bracelets en cuir de bonne qualité produit dans son pays (46). . L’Afrique possède également des styles d’accessoires qui lui sont propres. Les coiffes, bien que souvent formées simplement d’une longue bande de tissu, sont parfois préfabriquées comme le serait un chapeau. Ces dernières années, on a vu se développer le marché des geles nigérians pré-pliés, qui s’exportent vers d’autres pays d’Afrique et vers les marchés de la diaspora. Présentes dans de nombreuses cultures africaines, les perles pour la taille ont été élevées au rang d’art au Sénégal, où elles sont généralement appelées bine-bine. Connaissant un grand succès sur les étals sénégalais dans les foires de l’artisanat et de la mode de la région de l’Afrique de l’Ouest, les bine-bine sénégalais ont également gagné des adeptes en Europe et aux États-Unis d’Amérique. . Quelle que soit leur origine ou leur forme, les métiers d’art et les accessoires de mode africains constituent une partie essentielle et inaliénable de l’écosystème dynamique de la mode du continent, agissant à la fois comme des vecteurs d’innovation et les porteurs d’un patrimoine culturel qui transmettent des histoires, des coutumes et des valeurs d’une génération à l’autre. En incorporant des symboles, des motifs et des techniques traditionnels, le large éventail d’objets d’artisanat et d’accessoires produits sur le continent célèbre fièrement la richesse de l’histoire de ses peuples et assure leur préservation pour les générations futures. Ils agissent aussi comme des leviers pour l’autonomisation économique des communautés locales : au-delà des marques africaines prospères de bijoux ou de cuir, de nombreux artisans travaillent dans des coopératives ou des organisations communautaires, favorisant un sentiment d’identité collective et générant des sources de revenu durables pour les communautés. .
Le secteur sénégalais du cuirLe Sénégal bénéficie d’un excédent commercial dans le domaine de la chaussure. Il importe moins qu’il n’exporte, probablement en raison de sa production importante de sandales et de babouches en cuir, très appréciées dans le pays, notamment comme accessoire masculin, et qui s’exportent également bien dans les pays voisins. Ce secteur repose essentiellement sur une fabrication artisanale, la commune de Ngaye Mecké étant particulièrement réputée pour la qualité de ses maroquiniers. Le label « Dallu Ngaye » s’est imposé comme un gage de qualité pour les chaussures de la région, même si celles-ci ne sont pas toujours marquées individuellement. La commune entend s’imposer comme un pôle majeur du cuir au Sénégal et commencer à exporter des produits de qualité dans le monde entier (47). Dans le segment des marques mondiales, le créateur Milcos Badji, fondateur de la maison de couture Nio Far, a renoncé à la production de teeshirts à la mode pour s’aventurer dans celle des baskets, ce qui n’avait jamais été tenté en Afrique de l’Ouest. Ne faisant aucun compromis sur la qualité, la marque s’est positionnée sur le segment des baskets de luxe et a travaillé avec des fabricants de bogolan maliens afin d’incorporer ce textile artisanal dans ses collections. Les baskets Nio Far auraient été aperçues, entre autres, sur le roi Mohammed VI du Maroc et la star mondiale de la musique Alicia Keys, mais 60 % des ventes de la marque sont réalisées auprès de clients sénégalais (48). Dans le secteur des sacs à main, L’Artisane, NeneYa ya et Maraz Origins sont quelques unes des nombreuses marques sénégalaises qui ont vu le jour ces dernières années pour répondre à la vigoureuse demande de sacs fabriqués en Afrique. Ces tendances dans le secteur du cuir au Sénégal s’observent également dans beaucoup d’autres pays d’Afrique, notamment dans le secteur des sacs où de nombreuses marques dynamiques de produits fabriqués sur le continent ont fait leur apparition, capturant une partie de la part de marché auparavant presque exclusivement occupée par les importations.
. .

DES VENTES NUMÉRIQUES EN PLEIN ESSOR ET UN COMMERCE INTRA-AFRICAIN EN EXPANSION

En plus de l’écosystème créatif florissant décrit ci-haut et de l’augmentation des revenus des consommateurs, qui alimentent une demande sans cesse croissante pour la mode africaine, deux autres facteurs ont joué un rôle clé dans la dynamisation du secteur : l’essor des achats en ligne, et l’augmentation croissante du commerce intrarégional depuis la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). . La numérisation a considérablement élargi les possibilités de croissance pour les créateurs de mode en Afrique, permettant à ceux qui étaient auparavant limités par des marchés nationaux restreints d’atteindre une clientèle régionale et internationale beaucoup plus large sans délocalisation. La pénétration du commerce en ligne a considérablement augmenté ces dernières années, passant de 13 % de clients actifs payants dans l’ensemble de la population africaine en 2017 à 28 % en 2021, ce qui représente 334 millions d’utilisateurs.La part des clients actifs du commerce électronique devrait atteindre 50 % d’ici à 202549. Dans plusieurs pays africains, l’économie numérique devient l’un des principaux moteurs de la croissance, représentant plus de 5 % du PIB50. Aujourd’hui, il y a 816 millions de connexions par carte SIM mobile en Afrique subsaharienne (soit une pénétration de 77 %) et 712 millions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (soit une pénétration de 116 %). . Indépendamment de leur taille ou de leur forme, un large éventail d’entreprises de mode saisissent les nouvelles opportunités de marketing et de distribution offertes par l’Internet et les réseaux sociaux pour atteindre les marchés nationaux ou régionaux, ainsi que la diaspora et d’autres marchés internationaux. Les producteurs informels de vêtements, les tailleurs et les détaillants utilisent activement les plateformes de réseaux sociaux telles que WhatsApp, Instagram et Facebook pour atteindre les clients, et tirent souvent le meilleur parti des systèmes de paiement par téléphonie mobile omniprésents dans de nombreux pays africains pour les ventes nationales et régionales. Les grandes marques, ainsi que quelques petites marques du segment du luxe, gèrent leurs propres sites de commerce électronique, mais de nombreuses entreprises profitent surtout de l’essor des plateformes en ligne qui regroupent l’offre de plusieurs marques, facilitent le processus de paiement numérique, et, dans certains cas, offrent même des services de soutien au marketing. . De nombreux créateurs de mode du marché intermédiaire en Afrique et dans la diaspora utilisent également les plateformes internationales telles qu’Etsy, une société de commerce électronique basée aux États-Unis et axée sur les produits artisanaux. Par ailleurs, Annes, basée en Afrique du Sud, et The Folklore Marketplace, basée aux États-Unis, regroupent une offre de haute couture africaine, et afrodescendante pour cette dernière. La numérisation permet également d’autres formes de consommation de mode. La Reina est la première plateforme en ligne d’Égypte pour la location d’articles de mode, et propose plusieurs niveaux d’abonnement permettant de louer des vêtements pour les porter au quotidien ou lors d’événements spéciaux (51). La start-up tunisienne Dabchy est une plateforme de mode où les utilisateurs peuvent acheter et vendre des vêtements neufs et d’occasion. La marque compte 500 000 utilisateurs enregistrés en Algérie, au Maroc et en Tunisie (52). . Un nouveau type d’acteur clé du secteur de la mode a fait parallèlement son apparition : les entrepreneurs de fintech (ou technologie financière) de la mode sont à l’origine de nombreuses plateformes qui permettent aux créateurs d’atteindre des marchés plus lucratifs. Ancien cadre financier à la Deutsche Bank et à Intel Capital, le Ghanéen Sam Mensah Junior est à l’origine de la marque de mode sud-africaine Kisua, qui a connu une notoriété mondiale lorsque Beyoncé a été aperçue portant une veste Kisua en 2015. Il a créé sa maison de couture en réunissant une équipe ayant de l’expérience dans la logistique mondiale et dans la mode. . Des créateurs de toute l’Afrique sont invités à travailler sur les collections capsules de la marque, qui, grâce aux centres de distribution de l’entreprise sur trois continents, peuvent être expédiées efficacement en divers points du monde. Mensah a également créé la plateforme Ananse citée ci-dessus, afin de regrouper une offre plus large de créateurs, en collaboration avec des partenaires tels que la Mastercard Foundation, tandis qu’Ecobank a mis en place une formation au commerce électronique pour les créateurs de mode en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya, au Nigéria et au Sénégal. . Outre les entrepreneurs de fintech, les partenariats avec les entreprises logistiques mondiales ont été essentiels pour rendre le commerce électronique réalisable et faciliter les échanges d’approvisionnement entre entreprises. DHL est devenu un partenaire clé pour de nombreuses entreprises de commerce électronique de mode, parfois avec le soutien des acteurs du développement. En ce qui concerne les moyens de paiement, l’Afrique a été l’une des premières à adopter les systèmes d’argent mobile et, en 2022, elle représentait 66,3 % des transactions mondiales d’argent mobile53. De plus, l’on peut s’attendre à de nouvelles améliorations dans la facilitation des paiements avec la mise en œuvre du système de paiement et de règlement panafricain (PAPSS) élaboré dans le cadre de la ZLECAf en collaboration avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qui vise à permettre des flux monétaires efficaces et peu coûteux à travers les frontières africaines, ouvrant la possibilité d’effectuer des paiements dans la monnaie locale. Plus largement, la ZLECAf, un projet phare de l’Union africaine qui crée un marché unique africain par la suppression des droits de douane intra-africains et la réduction des barrières non tarifaires, devrait revigorer l’approvisionnement et la vente en Afrique dans le secteur de la mode. La ZLECAf est entrée en vigueur en mai 2019 et les échanges commerciaux dans le cadre de l’accord ont commencé en janvier 2021. Dans le cadre des ambitions de la ZLECAf pour le développement de la chaîne de valeur régionale, on pourrait, par exemple, envisager que du tissu en coton ougandais soit acheté par une maison de couture kenyane qui vendrait ensuite ses jeans à une large clientèle au Burundi, au Rwanda et en République-Unie de Tanzanie, en plus de ses clients nationaux. Les règles d’origine pour le libre-échange des textiles et des vêtements devraient être précisées dans le courant de l’année 2023 : elles visent à garantir qu’un certain niveau de valeur ajoutée soit réalisé sur le continent africain pour qu’un produit vestimentaire bénéficie d’un accès préférentiel. Actuellement, le commerce intra-africain dans le secteur du textile et de l’habillement ne représente qu’environ 2,7 milliards, et les fournisseurs intra-africains seulement 8 % des importations de textile et de vêtements sur le continent (54). Dans le cadre de la ZLECAf, ce commerce intra-africain devrait augmenter de 11 % (55). . En bref, l’essor continu des plateformes de vente numérique africaines, le développement de systèmes de paiement en ligne efficaces et l’accès accru à l’Internet, notamment par le biais des téléphones portables, représentent une opportunité cruciale pour répondre à la demande croissante en mettant en relation une clientèle en pleine expansion avec les créateurs de mode africains, et en élargissant l’accès à la mode produite sur le continent. Au-delà du commerce électronique, les technologies numériques sont appelées à continuer de jouer un rôle central dans la croissance du secteur de la mode africaine. En particulier, l’intégration de la réalité virtuelle (RV) et de la réalité augmentée (RA) dans l’industrie, qui reste minimale et concentrée dans le secteur du luxe, offre aux clients une manière nouvelle et immersive d’expérimenter la mode africaine. Des défilés de mode virtuels, comme la collection ECLECTIC présentée par Aisha Oladimeji (Nigéria) lors de la semaine de la mode numérique de New York, ou les expériences d’essayage basées sur la réalité augmentée, comme celles proposées par la plateforme sud-africaine Reka, permettent aux consommateurs d’interagir d’une nouvelle manière avec la mode africaine. Enfin, le métavers représente une nouvelle frontière pour la mode en Afrique, offrant de nouvelles possibilités d’expression individuelle par le biais de vêtements et d’avatars virtuels, ainsi que de nouveaux espaces où les marques peuvent intéragir avec leurs clients. Une étude récente menée par Analysis Group avec le soutien de Meta estime qu’il pourrait ajouter 40 milliards de dollars des États-Unis supplémentaires au PIB de l’Afrique subsaharienne au cours de la prochaine décennie56, avec les métavers africains tels qu’Africarare, Ubuntuland ou Astraverseétant prêts à stimuler la vente d’articles de mode exclusivement numériques. .
Les plateformes de commerce électroniqueParmi les exemples les plus réussis de plateformes de commerce électronique, on peut citer Afrikrea d’ANKA (« la nôtre » en bambara), une plateforme en ligne pour les microdétaillants de mode africaine basée en Côte d’Ivoire, qui soutient les PME détenues par des femmes, qui représentent 80 % des commerces présents sur la plateforme. L’ambition d’ANKA est de construire une infrastructure dédiée au commerce électronique pour ses plus de 13 000 vendeurs et d’expédier « tout ce qui est fabriqué en Afrique » à travers le monde57. En Égypte, la plateforme de commerce électronique Brantu a rationalisé les achats en ligne des acheteurs de marques égyptiennes et internationales. Lancé en 2019, elle a été fondée par des entrepreneurs qui avaient initialement créé un site internet de comparaison de prix pour les produits de la mode58. Aujourd’hui, Brantu déploie des technologies numériques afin d’offrir également des services de marketing aux fabricants de vêtements, notamment un modèle de précommande devant aider à prévenir la surproduction et le gaspillage de vêtements59. Au niveau panafricain, Industrie Africa a lancé une plateforme de vente au détail innovante en 2020 pour valoriser les créateurs de mode africains. Afin d’aider les clients à faire des choix éclairés, Industrie Africa a élaboré une charte de durabilité, qui reconnaît les marques ayant fait des efforts particuliers selon les critères suivants : l’environnement, l’éthique, l’artisanat, et le recyclage.
. . UN SOUTIEN ACCRU DES GOUVERNEMENTS ET DES ACTEURS NON GOUVERNEMENTAUX Les États africains sont de plus en plus désireux de saisir les opportunités stratégiques offertes par le secteur de la mode pour la création d’emplois et de revenus durables. Sur l’ensemble du continent, les gouvernements multiplient les efforts pour créer des environnements commerciaux favorables en mettant en place des politiques et des programmes axés sur les différentes facettes de la chaîne de valeur de la mode. Qu’il s’agisse de soutenir l’industrie de l’habillement par des incitations fiscales ou d’accorder des subventions aux entrepreneurs du secteur de la mode, certains États ont apporté un soutien décisif à l’industrie ces dernières années. . Dans la panoplie de stratégies et de mesures déployées par les gouvernements africains, certains segments du secteur de la mode reçoivent plus d’attention que d’autres. En termes d’emploi et de revenus, de nombreux gouvernements se concentrent assez logiquement sur le développement des secteurs industriels de l’habillement et du textile. D’autres ont choisi de porter leurs efforts sur l’aspect créatif et patrimonial, en intégrant la mode dans leurs politiques culturelles. Maurice, par exemple, est un acteur mondial majeur du secteur de l’habillement. Ce pays n’organise pourtant pas de semaine de la mode, contrairement à des pays dont la population est comparable, comme le Cabo Verde ou le Lesotho. Le Burkina Faso, pour sa part, a pris de nombreuses mesures pour soutenir la production textile artisanale (voir encadré 5), mais cherche encore la bonne approche pour la production industrielle de textiles et de vêtements. . L’un des moyens les plus utilisés par les États africains et les autorités locales pour soutenir les textiles et les vêtements fabriqués localement est d’encourager les gens à les porter. Le Ghana, le Kenya, le Lesotho, le Malawi et le Rwanda ont ainsi mis en place des politiques encourageant le port de vêtements traditionels le vendredi (« Local wear Fridays »). En Côte d’Ivoire, une « Journée du costume local », destinée aux fonctionnaires, met l’accent sur les tissus traditionnels. Certains gouvernements encouragent les écoles ou les établissements publics à faire fabriquer leurs uniformes localement, parfois avec des textiles traditionnels. L’effet de ces politiques est double : premièrement, elles intègrent les tissus ou les styles vestimentaires locaux dans l’environnement professionnel, souvent dominé par les vêtements occidentaux ; deuxièmement, l’impulsion donnée à la demande a souvent pour effet de stimuler l’innovation, notamment dans la production textile artisanale. . Les gouvernements utilisent également leur important pouvoir de mobilisation pour soutenir le secteur de la mode. Ils sont souvent les initiateurs ou les soutiens actifs de salons professionnels éunissant industriels, financiers et entreprises. L’un des plus grands et des plus importants salons professionnels du continent est la Semaine de la mode et de l’approvisionnement en Afrique, organisé chaque année à Addis-Abeba, en Éthiopie. D’autres exemples sont le Salon de l’approvisionnement en fil et tissu (Casablanca, Maroc) et le Salon international du textile africain (le SITA, à Lomé, Togo). Les semaines de la mode d’Afrique étant pour la plupart initiées par le secteur privé, le soutien apporté par le secteur public reste relativement faible, voire inexistant, dans la plupart des pays africains. Ces événements très médiatisés offrent cependant aux gouvernements locaux et nationaux une opportunité inexploitée de favoriser la croissance du secteur de la haute couture, notamment en apportant un soutien pour accroître la visibilité des nouveaux créateurs. . Promotion du faso dan fani : conjuguer développement économique, égalité des genres et objectifs culturelsC’est au milieu des années 1980, sous la présidence de Thomas Sankara, que le Gouvernement du Burkina Faso a commencé à promouvoir le faso dan fani, tissu traditionnel de coton tissé à la main, dans le cadre de ses efforts en faveur de l’émancipation économique des femmes et de la consommation de produits locaux. De nombreuses coopératives féminines de tissage ont été créées alors, et, dans le cadre des politiques dirigistes de Sankara, un décret a imposé le port du faso dan fani aux fonctionnaires. Une deuxième vague d’attention politique plus libérale a suivi à partir de 2015 environ, avec un effort concerté des membres du gouvernement pour porter ce tissu lors de leurs apparitions publiques. En 2017, dans le cadre des mesures visant à promouvoir l’identité culturelle, un arrêté ministériel a officiellement encouragé les représentants de l’État à porter le faso dan fani lors des cérémonies officielles. Ce regain d’attention politique a contribué à stimuler l’innovation dans la fabrication des textiles artisanaux, encourageant la production d’une plus grande variété de motifs et de textures pour répondre à une demande croissante et aux nouveaux goûts du consommateur. Il a également donné l’impulsion nécessaire pour que les entreprises de confection sur mesure de qualité se transforment en petites marques. Le faso dan fani est également promu à l’étranger par le biais d’événements du secteur privé, parfois avec le soutien du Ministère des affaires étrangères : une « Nuit du faso dan fani » est organisée chaque année à Paris depuis 2017 et un événement similaire a été organisé à Rome en 2019. Pour protéger les tisserands de faso dan fani contre les copies industrielles, le Ministère de l’industrie, du commerce et de l’artisanat a lancé en 2021 un label protégé pour le textile tissé au Burkina Faso. Une mesure similaire a été prise pour étiqueter le koko dunda, autre tissu transformé localement. Actuellement, le pays envisage des politiques visant à promouvoir l’utilisation du faso dan fani pour les uniformes scolaires et les toges des juges. Grâce à cette attention politique à long terme, stimulée par un soutien d’acteurs non gouvernementaux, le faso dan fani prospère dans la mode contemporaine locale et, ces dernières années, a même trouvé sa place sur les podiums internationaux de la haute couture (60). . Par ailleurs, certains gouvernements offrent des subventions ou des financements aux créateurs locaux pour qu’ils participent aux semaines internationales de la mode en dehors du continent. Pour soutenir l’écosystème, une autre approche gouvernementale a consisté à mettre en place des incitations fiscales et autres mesures de même nature pour améliorer l’attractivité du secteur de la mode, de l’habillement et du textile. Maurice, qui a été, dès les années 1980, l’un des premiers pays à se lancer dans la fabrication de vêtements orientés vers l’exportation, a une politique très structurée de soutien à l’industrie. Pendant de nombreuses années, son gouvernement a offert aux investisseurs des incitations fiscales et des exonérations de droits de douane, associées à des développements d’infrastructures appartenant à l’État, notamment des installations portuaires, aéroportuaires, hydrauliques, électriques et de communication. Le développement du secteur de la mode est aujourd’hui principalement structuré dans le cadre de la politique industrielle et du plan stratégique pour l’Île Maurice 2020-2025. En Afrique du Sud, la base industrielle existante, relativement solide, est stimulée par le programme gouvernemental de compétitivité du secteur de l’habillement et du textile, qui vise à accroître l’utilisation d’intrants locaux au moyen d’une exigence de contenu local de 100 % dans la fabrication, et à gérer l’afflux de vêtements bon marché d’origine étrangère en n imposant une taxe à l’importation de 45 %b (61). Le Maroc a soutenu la production de vêtements et d’accessoires en créant des clusters ou pôles de mode, tels que le Denim and Fashion Cluster du Maroc, en collaboration avec l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) (62). Ce partenariat public-privé a également lancé l’initiative « Dayem Maroc », qui vise à renforcer le secteur local et à réduire la dépendance à l’égard des fils et des tissus importés63. Le Maroc accueille également un concours national pour l’innovation dans les textiles techniques (Innov’tex Maroc). Et le Gouvernement marocain apporte également un soutien très actif aux campagnes de promotion de la mode marocaine à l’échelle internationale, où le patrimoine culturel et artisanal du Maroc est souvent mis en avant. En Tunisie, un pacte textile a été signé en février 2019 entre le gouvernement, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) et la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement(FTTH) pour faciliter la création de 50 000 emplois d’ici à 2023, porter les exportations de textiles à 4 milliards de dollars des États-Unis par an, augmenter la part tunisienne du marché européen de 2,5 % en 2018 à 4 %, et permettre au pays de retrouver sa place de cinquième plus grand exportateur vers l’Union européenne (64). . Plus largement, certains États africains ont intégré la mode dans leurs plans de développement. Ainsi, l’Éthiopie a fait du secteur du textile et de l’habillement l’un des principaux piliers de son Plan de croissance et de transformation II 2015-2020. Le pays s’était fixé pour objectif de générer 30 milliards de dollars des États-Unis d’exportations dans le secteur du textile et de l’habillement d’ici à 2030 et de créer jusqu’à 350 000 emplois. Pour y parvenir, le gouvernement a construit des parcs industriels, afin d’augmenter les investissements dans le textile et la productivité du pays (65). Au Ghana, le Ministère du commerce et de l’industrie a contribué en 2017 à la création de l’Association des fabricants de vêtements du Ghana afin de mieux coordonner les efforts visant à stimuler le secteur. .
Fashionomics, une initative de la Banque africaine de développementFashionomics est une initiative développée en 2015 par la Banque africaine de développement (BAD), sous l’égide du département Genre, femmes et société civile de la Banque, en reconnaissance du potentiel considérable de la mode en termes de croissance économique et de possibilités d’emploi, en particulier pour les femmes et les jeunes. Fashionomics fonctionne comme une plateforme numérique fournissant des informations concrètes et pratiques ainsi que des formations aux entreprises de mode. Elle offre aux entrepreneurs de mode un accès gratuit à des webinaires et à des podcasts ainsi qu’à de nombreuses master classes en ligne et physiques sur tous les sujets intéressant le secteur, tels que la mode éthique, la durabilité et la circularité, la fabrication de bijoux, les compétences numériques pour la mode, le commerce international, la logistique et le commerce électronique. Son programme d’incubateur et d’accélérateur de mode fournit un soutien plus personnalisé pour aider les entrepreneurs de mode émergents à passer au niveau supérieur. L’initiative organise aussi régulièrement des concours pour les marques naissantes engagées dans la mode durable sur le continent africain, en offrant un financement de démarrage destiné à aider les gagnants à augmenter leur capacité de production et leur visibilité.
. Le gouvernement s’emploie également à attirer les investisseurs étrangers dans le secteur local afin de développer la fabrication à ce niveau et de soutenir le marché intérieur66. De même, la stratégie de développement du Gouvernement kenyan, Kenya Vision 2030, identifie le secteur du textile et de l’habillement comme un moteur essentiel de l’industrialisation du pays. La stratégie kenyane se concentre sur l’exploitation des opportunités offertes par l’AGOA, et la stratégie et le plan d’action nationaux de la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique 2018-2023 sont considérés comme la pierre angulaire de l’action gouvernementale dans ce domaine. Par ailleurs, le Conseil de la mode du Kenya (KFCO) bénéficie du soutien du gouvernement. Au Nigéria, la Banque centrale a lancé une initiative de financement des industries créatives, dont la mode est l’un des quatre secteurs cibles, et offre des prêts à long terme et à faible taux d’intérêt aux entrepreneurs créatifs. . Ces efforts des gouvernements pour soutenir la croissance du secteur de la mode sont complétés par plusieurs initiatives financées au niveau international. Au niveau panafricain, Fashionomics Africa, une initiative de la Banque africaine de développement(BAD) et l’une des initiatives publiques les plus importantes à ce jour, est le signe d’un soutien institutionnel au développement du secteur de la mode, avec pour objectif d’exploiter son potentiel de forte croissance pour la création d’emplois, et de favoriser la création de chaînes de valeur de la mode circulaires, durables et numériques. Ce programme mobilise les partenaires des secteurs privé et public pour créer un environnement commercial favorable, propice à attirer les investissements, et pour améliorer l’accès des entreprises de mode à l’information commerciale et aux ressources de formation, en mettant l’accent, notamment, sur le soutien aux femmes entrepreneures67. Au niveau international, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a lancé en 2002 le projet Trade for African Development and Enterprise (TRADE). TRADE a mis en place les trois pôles commerciaux africains dans les régions australe, de l’Est et de l’Ouest du continent. Ces plateformes soutiennent la mise en œuvre de la loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (AGOA), et le secteur de l’habillement est un de leurs principaux domaines d’intervention68. Plusieurs initiatives internationales visent notamment à encourager les jeunes talents et à promouvoir la durabilité. L’Ethical Fashion Initiative (EFI), par exemple, aide les jeunes marques africaines à se développer à l’échelle internationale. En 2022, neuf créateurs issus du programme Designer Accelerator de l’EFI ont ainsi pu présenter leur travail lors d’un défilé exceptionnel à la semaine de la mode de Paris. Parmi eux, Lukhanyo Mdingi, lauréat du Prix Karl Lagerfeld 2021, a été récompensé pour la qualité exceptionnelle de son travail et son engagement à collaborer avec les artisans locaux. . Les acteurs non gouvernementaux apportent également une aide de plus en plus active au développement d’environnements favorables au secteur de la mode africaine. Des organisations non gouvernementales créent des hubs, des incubateurs, des accélérateurs et autres espaces porteurs où ils fournissent des matériels, des compétences et des possibilités de réseautage aux stylistes et aux créateurs émergents. En République-Unie de Tanzanie, la Fashion Incubator and Accelerator Initiative de Culture and Development East Africa (CDEA) fournit un soutien technique et commercial aux créateurs de mode et d’accessoires69. Au Cameroun, l’African Fashion Project(AFP) est un incubateur qui s’adresse aux personnes intéressées par la création de mode, aux artisans et aux petites et moyennes entreprises (PME) créatives, leur fournissant des machines, des ressources et des connaissances dans le domaine de la mode70. Au Rwanda, CollectiveRWaccueille de nombreux créateurs de la sphère de la mode rwandaise dans le but de renforcer les communautés locales et d’améliorer leur niveau de vie. Organisateur de la Semaine de la mode du Rwanda, il s’associe à The Nest Collective et au programme sur les arts d’Afrique de l’Est du British Councilpour l’organisation régulière de boutiques éphémères, d’expositions et d’ateliers dans l’ensemble de la région. Au Sénégal, l’école de codage mJangale a conçu des programmes spécialisés dans l’application de diverses technologies au domaine de la mode (Arduino, impression 3D, etc.), à l’intention des créateurs de mode et des tailleurs. Ces projets, qui visent généralement à agir au niveau local, au plus près des communautés, contribuent à favoriser des environnements de collaboration, à stimuler l’innovation et à susciter de nouvelles synergies au sein du secteur.Encadré 6 • Fashionomics, une initative de la Banque africaine de développementFashionomics est une initiative développée en 2015 par la Banque africaine de développement (BAD), sous l’égide du département Genre, femmes et société civile de la Banque, en reconnaissance du potentiel considérable de la mode en termes de croissance économique et de possibilités d’emploi, en particulier pour les femmes et les jeunes. Fashionomics fonctionne comme une plateforme numérique fournissant des informations concrètes et pratiques ainsi que des formations aux entreprises de mode. Elle offre aux entrepreneurs de mode un accès gratuit à des webinaires et à des podcasts ainsi qu’à de nombreuses master classes en ligne et physiques sur tous les sujets intéressant le secteur, tels que la mode éthique, la durabilité et la circularité, la fabrication de bijoux, les compétences numériques pour la mode, le commerce international, la logistique et le commerce électronique. Son programme d’incubateur et d’accélérateur de mode fournit un soutien plus personnalisé pour aider les entrepreneurs de mode émergents à passer au niveau supérieur. L’initiative organise aussi régulièrement des concours pour les marques naissantes engagées dans la mode durable sur le continent africain, en offrant un financement de démarrage destiné à aider les gagnants à augmenter leur capacité de production et leur visibilité. .
L’Ethical Fashion Initiative (« Initiative pour une mode éthique », EFI)71L’Ethical Fashion Initiative (EFI) est un partenariat public-privé entre le Centre du commerce international (un organisme conjoint des Nations Unies et de l’Organisation mondiale du commerce), un groupe d’entreprises sociales et plusieurs partenaires industriels. Fondée en 2009, l’EFI intervient à l’intersection du développement international, des industries créatives et du secteur de la mode et du style de vie, en proposant des services, des produits et des projets de développement durable. L’EFI préside actuellement l’Alliance des Nations Unies pour la mode durable, une initiative d’institutions des Nations Unies et d’organisations alliées visant à contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable par une action coordonnée dans le secteur de la mode. L’Initiative soutient divers projets à travers l’Afrique, notamment au Mali, où elle s’associe aux producteurs du textile traditionnel malien dalifini (ngaga et saran) et aux bijoutiers touaregs, et en Côte d’Ivoire, où elle travaille avec les communautés locales dans les zones rurales pour soutenir le tissage du pagne baoulé traditionnel et créer de nouvelles sources de revenus pour les artisans.L’EFI a également lancé son initiative phare Designer Accelerator, un programme de deux ans qui vise à soutenir et à encourager des créateurs africains talentueux, et à les aider à développer leurs marques pour se positionner de manière plus compétitive sur le marché international. Outre une aide financière, l’accélérateur offre également aux créateurs et marques naissants des possibilités de formation, des programmes de mentorat avec des experts du secteur et des bourses, en couvrant tous les aspects de la gestion de marque, de l’accès aux chaînes d’approvisionnement durables et de la prévision des tendances à la création d’une image de marque et à la mise sur le marché des collections.
. . (1). Omolo, J.O. « The Textile and Clothing Industry in Kenya». In The Future of Textiles and Clothing Industry Sub-Saharan Africa, dirigé par Herbert Jauch et Rudolf Traub-Merz, Frederich-Ebert-Stiftung. Bonn, 2006, p.147 à 164. (2). Muhammad, Murtala et al. « Nigerian Textile Industry: Evidence of Policy Neglect ». SARJANA, vol. 33, n° 1, 2018, p. 40 à 56. (3). Clarence-Smith, William G. «The Textile Industry of Eastern Africa in the Longue Durée». Africa’s Development in Historical Perspective, dir. Emmanuel Akyeampong et al., Cambridge University Press, 2014, p. 264 à 294. doi.org (4). Kamara, Yarri B. « Why Nigerian Agbada Fabric Is (Often) Imported, While Indian Sari Fabric Is Local: A Comparative History of Textile Manufacturing ». Africa Development, vol. 48, n° 1, 2023, doi.org (5). Tranberg Hansen, Karen. « Helping or Hindering?: Controversies around the International Second-Hand clothing Trade ». Anthropology Today, vol. 20, n° 4, 2004, p. 3 à 9, www.jstor.org (6). Jennings, Helen. New Africa Fashion. Prestel, 2011. (7). Svejenova, Silviya et al. « Cooking up change in haute cuisine: Ferran Adrià as an institutional entrepreneur ». Journal of Organizational Behavior, vol. 28, n° 5, 2007, p. 539 à 561, doi.org (8). « Deola Sagoe: Leading lady of African fashion ». Lionesses of Africa, http://www.lionessesofafrica.com/lioness-deola-sagoe. (9). African Women Experts (AWE). « Sally Karago, the ace of Kenyan fashion ». AWE, africawomenexperts.com (10). Konadu-Agyemang, Kwadwo. « The Best of Times and the Worst of Times: Structural Adjustment Programs and Uneven Development in Africa – The Case of Ghana ». The Professional Geographer, vol. 52, n° 3, 2004, p. 469 à 483, doi.org (11). Farber, Leora. « Africanising hybridity? Toward an Afropolitan aesthetic in contemporary South African fashion design ». Critical Arts, vol. 24, n° 1, 2010, p. 128 à 167, doi.org (12). Banque africaine de développement (BAD). « Report on the Feasibility Study for the Development of the Online Fashionomics Platform ». Groupe de la Banque africaine de développement, 2019, www.afdb.org (13). Yamama, Sara. « Fast Fashion in Africa ». Infomineo, 15 février 2021, infomineo.com (14). England, Lauren et al. « Africa Fashion futures: Creative economies, global networks and local development ». Geography Compass, vol. 15, n° 9, 2021, doi.org (15). Comité consultatif international du coton (ICAC). « ICAC Data Dashboard ». icac.shinyapps.io (16). Bénin, Institut national de la statistique et de l’analyse économique (INSAE-Bénin). Monographie de la filière coton au Bénin. Ministère du plan et du développement du Bénin, 2020, instad.bj (17). Meliado, Fabrizio et al. « Unlocking the Hidden Value of Cotton By-Products in African Least Developed Countries ». Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), octobre 2019, unctad.org (18). « Organic Cotton Market Report 2021 ». Textile Exchange, 2021. textileexchange.org (19). Comité consultatif international du coton (ICAC). « ICAC Data Dashboard », https://icac.shinyapps.io/ICAC_Open_Data_Dashboaard/#. Consulté en juillet 2022. (20). Centre du commerce international (ITC). « Trade Map database ». ITC, www.trademap.org (21). États Unis d’Amérique, Départment d’agriculture (USDA). « Ethiopia Cotton Production Annual ». Global Agricultural Information Network, mai 2019. apps.fas.usda.gov (22). Les réponses pour l’Afrique de l’Ouest indiquent une fréquence significativement plus élevée des wax, du bazin et de la dentelle africaine par rapport aux autres régions africaines. (23). Barangenza, Laurent. « La diplomatie économique figure parmi les priorités du Gouvernement du Burundi ». Radio-Télévision nationale du Burundi, 29 juin 2021, rtnb.bi (24). Nadjindo, Alex et al. « La Nstt ouvre sa boutique à N’Djaména ». N’djamena Hebdo, 14 juillet 2021, ndjamenahebdo.net (25). Nations Unies, « Population 2030: Demographic Challenges and Opportunities for Sustainable Development Planning ». 2015, www.un.org (26). Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales, Division de la population. « World Population Prospects 2022 ». 2022, www.un.org (27). Ncube, Mthuli et al. « The Middle of the Pyramid: Dynamics of the Middle Class in Africa ». African Development Bank Market Brief, 20 avril 2011, www.afdb.org (28). Signé, Landry. « Capturing Africa’s high returns ». Brookings Institution, 14 mars 2018, www.brookings.edu (29). Banque africaine de développement (BAD). « Report on the Feasibility Study for the Development of the Online Fashionomics Platform ». Groupe de la Banque africaine de développement, 2019, www.afdb.org (30). « Pink Ubuntu ». Asantii, www.asantii.com (31). « Industries textiles et habillement ». Portail de l’industrie tunisienne, juillet 2023, www.tunisieindustrie.nat.tn (32). Kenya, Bureau national des statistiques. Economic Survey 2022. KNBStats, 2022, www.knbs.or.ke (33). Banque mondiale. « Featured speaker: Nora Bannerman-Abbot ». World Bank Live, 23 mai 2018, live.worldbank.org (34). « Exploitation or emancipation? Women workers in the garment industry ». Fashion Revolution, 2015, www.fashionrevolution.org (35). Odogwu-Atkinson, Benita. « Why the V&A’s New Africa Fashion Exhibition Is Important – and Long Overdue ». The Conversation, 8 juillet 2022, theconversation.com (36). Ndeche, Chidirim. « Chimamanda Adichie Explains Why She Only Wears Nigerian Brands ». The Guardian Nigeria, 15 novembre 2017, guardian.ng (37). Karim, Nabeela. « How Decolonised African Fashion Is Inhabiting the V&A Museum ». Twyg, 24 août 2022, twyg.co.za (38). Henley & Partners. « Africa Wealth Report 2023 ». H&P, 2023. (39). Jennings, Helen. New Africa Fashion. Prestel, 2011. (40). Jennings, Helen. « Meet the Change-Makers Putting African Fashion Education into Focus ». Industrie Africa, 16 juillet 2021, industrieafrica.com (41). Holognon, Alexandrine. « Afrique Avenir : Sébastien Bazemo, le designer qui réinvente le Koko Dunda ». BBC News Afrique, 22 octobre 2021, www.bbc.com Entretien. (42). Matsinde, Tapiwa. « Fashion : José Hendo Bark Cloth Fashion Collection ». Atelier 55 – The Curator of Contemporary African Design, 5 avril 2012, www.atelier55design.com (43). « Bobby Kolade’s Use of Bark Cloth Is Changing the Face of Fashion ». SatisFashion Uganda, 26 août 2014, satisfashionug.com (44). « An Ode to the Originals is the Apt Title of the Latest Collection by House of Divinity ». Botswana Gazette. 2 nov. 2020, www.thegazette.news (45). Sharma, Karina. « Meet the African Fine Jewelry Designer Bringing ‘Soul, Style, Sustainability, Substance’ to the Industry ». Vogue Arabia, 24 décembre 2019, en.vogue.me (46). Torvaney, James. « Made-in-Ghana Watch Brand: How the Founder of Caveman Watches Built His Business ». How we made it in Africa, 23 juin 2021, www.howwemadeitinafrica.com (47). « Ngaye-Mékhé : L’état invité à prendre des mesures fortes au profit de l’industrie du cuir ». Fédération atlantique des agences de presse africaines, 24 janvier 2023, www.faapa.info (48). Goethe-Institut Senegal. « OE Magazine – Édition spéciale Mode Senegal ». Goethe Institut, 2021, www.goethe.de (49). « African ECommerce User Growth Beats Asia ». ecommerce DB, 7 février 2022, ecommercedb.com (50). Songwe, Vera. « The Role of Digitalization in the Decade of Action for Africa ». Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), 7 septembre 2020, unctad.org (51). Jackson, Tom. « Egyptian Fashion Rental Startup La Reina Banks Six-Figure Funding ». Disrupt Africa, 1er octobre 2020, disrupt-africa.com (52). Tchounyabe, Ruben. « Dabchy, premier réseau social de mode féminine et place de marché numérique en Tunisie ». We are tech Africa, 7 février 2022, www.wearetech.africa (53). GSMA Mobile Money Programme. The State of the Industry Report on Mobile Money 2023. Global Systems for Mobile Communication Association, 2023, www.gsma.com (54). Whitfield, Lindsay. « Current Capabilities and Future Potential of African Textile & Apparel Value Chains: Focus on West Africa ». Centre for Business and Development Studies, CBDS Working Paper No. 2022/3, 2022, research-api.cbs.dk (55). Kagina, Alice. « Five Things to Know as AfCFTA Bans Trade on Second-Hand Clothes , The New Times, 7 juin 2023, www.newtimes.co (56). Christensen, Lau and Robinson, Alex. « The Potential Global Economic Impact of the Metaverse ». Analysis Group (AG), 2022, www.analysisgroup.com (57). Jackson, Tom. « Ivory Coast-Based e-Commerce Startup Afrikrea Raises $6.2m Pre-Series A Round, Rebrands ». Disrupt Africa, 11 janvier 022, disrupt-africa.com (58). Paracha, Zubair Naeem. « Egypt’s Brantu Raises Seven-Figure Series A for its Fashion Ecommerce Platform ». MENAbytes, 1er novembre 2020, www.menabytes.com (59). Brantu. « About Us: Brantu World ». Brantu, 2023, www.brantu.world (60). Compaoré, Erwan. « Burkina : Bientôt les costumes des agents judiciaires seront en faso dan fani ». LeFaso.net, 15 juin 2023, lefaso.net ; consulté le 23 juin 2023. (61). Afrique du Sud, Département du commerce, de l’industrie et de la concurrence. « Clothing and Textile Competitiveness Programme (CTCP) ». DTIC, www.ctflgp.co.za (62). Moroccan Denim and Fashion Cluster. « Le cluster de la mode au Maroc ». 2023, mdfc.ma (63). Benabdellah, Yahya. « Dayem Morocco, la vision de I’AMITH pour redonner au textile sa place internationale » Medias 24, 1er décembre 2021, medias24.com (64). Oxford Business Group. « Tunisia’s government turns to the textiles sector to boost rural employment and drive economic change ». 2019, oxfordbusinessgroup.com (65). Banque africaine de développement (BAD). « Building Africa’s Manufacturing Strength in the Textile and Clothing Sector ». Groupe de la Banque africaine de développement, 31 janvier 2019, blogs.afdb.org (66). Oxford Business Group. « Industry and Retail ». The Report: Ghana 2019, 2019, oxfordbusinessgroup.com (67). Banque africaine de développement (BAD). « Report on the Feasibility Study for the Development of the Online Fashionomics Platform ». Groupe de la Banque africaine de développement, 2019, www.afdb.org (68). États-Unis d’Amérique, Agence pour le développement international (USAID). « African Apparel Sector: Stitching Africa into the Global Value Chain ». USAID Africa Bureau Office of Sustainable Development, 2014, pdf.usaid.gov (69). Culture and Development East Africa. « Fashion E-Learning Portal ». CDEA, 2023, www.cdea.or.tz (70). Chambre africaine de commerce et d’industrie. « FICOTA African Fashion Project. » African Chamber of Trade and Commerce Program for the Transformation of Cotton in Africa, 2021, www.ficota.org/afp (71). Ethical Fashion Initiative. ITC Ethical Fashion Initiative, 2023, ethicalfashioninitiative.org Source : Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

UNESCO

7, place de Fontenoy 75 352 Paris 07 France www.unesco.org « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des femmes et des hommes, c’est dans l’esprit des femmes et des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »