Si seulement je pouvais hiberner, un film de Zoljargal Purevdashet un album de Johanni Curtet

Par A Bride Abattue @abrideabattue
Il y a foule de films à découvrir et vous connaissez ma capacité à l’enthousiasme. J'ai senti le coup de coeur pointer pour Si seulement je pouvais hiberner avant même d'avoir franchi la porte du cinéma.
Je l'ai découvert par la musique du réalisateur que j'ai écoutée en boucle. Elle est envoûtante, charriant une palette d’émotions que j’ai explorée avant de découvrir les images du film, très vite ensuite.
C’était assez inédit pour moi d’entrer dans une œuvre par la porte musicale mais j'ai trouvé ça vraiment intéressant.

Johanni Curtet est avant tout musicien, ethnomusicologue, producteur et directeur artistique de Routes Nomades. Depuis 20 ans, il pratique et étudie le khöömii, chant diphonique mongol, en l’expérimentant à travers diverses créations.Plusieurs disques de sa réalisation sont parus chez Buda musique avec Tserendavaa & Tsogtgerel (2008) ; Une Anthologie du khöömii mongol (2017) ; Khusugtun (2020) ; Batsükh Dorj (2023) ; ainsi que ceux de son trio MeïkhânehAvec la bande originale de Si seulement je pouvais hiberner, (dont la pochette reprend le visuel de l'affiche) il signe une double première, une musique de film et un disque en son nom.Ce film est un cri du cœur pour la Mongolie perçu à travers la rude vie quotidienne d’une famille d’Oulan-Bator. Il a presque des vertus documentaires car si on imagine le combat quotidien pour survivre l’hiver,on ne connait pas les quartiers de yourtes délaissés, la pollution de la capitale la plus froide du monde, la question de l’égalité des chances, mais aussi les enjeux sociaux tels que l’exode rural et le décalage entre la présence nomade et l’urbanisme

Ulzii, un adolescent d’un quartier défavorisé d’Oulan-Bator, est déterminé à gagner un concours de sciences pour obtenir une bourse d’études. Sa mère, illettrée, trouve un emploi à la campagne, les abandonnant lui, son frère et sa sœur, en dépit de la dureté de l’hiver. Déchiré entre la nécessité de s’occuper de sa fratrie et sa volonté d’étudier pour le concours, Ulzii n’a pas le choix : il doit accepter de se mettre en danger pour subvenir aux besoins de sa famille...
Au-delà des problèmes, Ulzii (prodigieusement interprété par un comédien amateur), le personnage principal incarne un grand espoir qui pénètre toute l’histoire. Il ne renonce jamais et c'est son petit frère qui prononce la phrase-titre du film : Si seulement je pouvais hiberner La voix diphonique est le relai de cette voie d’espoir semée des doutes que suit Ulzii, mais rappelle sa région d’origine, l’Altaï. À l’image de sa vie, l’instrumentarium est simple : guitare, luth doshpuluur, vièle morin khuur, contrebasse, guimbardes et beatbox ; tout comme leurs modes de jeu. Les modes pentatoniques se frottent aux dissonances ou au blues en allant parfois chercher des rythmiques d’autres cultures nomades. Mais la présence harmonique, discrète, est partout.Cette musique est à la fois minimale, gaie, douce ou énervée, répétitive jusqu’à l’entêtement, comme les états d’âme qui traversent les questionnements de cet adolescent qui cherche à s’en sortir avec une ténacité et un courage qui forcent l'admiration.Partant de l’identité mongole elle devient universelle. A signaler que c'est le premier film mongol à être présenté à Cannes. Et c'est un chef d'oeuvre.

Si seulement je pouvais hiberner, un film de Zoljargal PurevdashSélection officielle du Festival de Cannes (Un Certain Regard 2023)En salles en France depuis le 10 janvier 2024If Only I Could Hibernate, album de Johanni CurtetChez Buda Musique / Socadisc et Amygdala Films & Urban FactoryDans les bacs depuis le 5 janvier 2024