L'histoire: Paris, 1985. Vanessa a treize ans lorsqu'elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain quinquagénaire de renom. La jeune adolescente devient l'amante et la muse de cet homme célébré par le monde culturel et politique. Se perdant dans la relation, elle subit de plus en plus violemment l'emprise destructrice que ce prédateur exerce sur elle.
En salle au Québec: le 23 février 2023
En 2020, le roman autobiographique Le consentement de Vanessa Springora a fait un carton dans les librairies françaises. Déchirant et percutant, l'ouvrage a marqué les esprits en raison de son approche frontale de thèmes délicats comme l'emprise psychologique, la prédation sexuelle, le consentement (individuel et collectif) ou l'impunité (du créateur, mais aussi de la mère de l'adolescente) et son évocation des effets dévastateurs d'un tabou encore profondément enraciné (la pédophilie). On pourrait aussi parler de protection de la jeunesse et de l'irresponsabilité parentale. Comme on pouvait s'y attendre, le bouquin s'est très vite retrouvé dans les mains des producteurs de cinéma.
L'adaptation n'était pas aisée tant les sujets, nombreux et complexes, et les interrogations qu'ils suscitent paraissent ardus à mettre en images. Le consentement m'a donné l'impression d'une oeuvre coup-de-poing empêtrée dans ses hésitations. Portrait du séducteur Matzneff et de ses pratiques révoltantes? Portrait d'une adolescente solitaire, fragile et propice à manipulation? Évocation d'une famille détruite, avec ce père absent et cette mère alcoolique, indifférente et même consentante? Dénonciation d'un système social fondé sur un patriarcat complice? Il y a matière à plusieurs films dans ce récit d'une gamine abandonnée à elle-même qui tombe dans les pièges retors d'un auteur en vogue.
Il aurait peut-être fallu faire des choix et trouver une forme d'équilibre entre dénonciation et évocation, comme l'avaient fait Sarah Suco avec Les éblouis ou Valérie Donzelli avec L'amour et les forêts, puissantes histoires d'emprises sorties récemment sur les écrans. Or, la réalisatrice et son coscénariste François Pirot - coauteur du très bon Les intranquilles de Joachim Lafosse et de Gueule d'ange, touchant premier long métrage de Filho (2018) - ne semblent pas savoir par quel bout aborder leur histoire.
Résultat, un film sans réelle ligne directrice qui se résume à a) des scènes intimes montrées sans grande pudeur, b) la présence évanescente de la touchante Kim Higelin et c) la glaçante prestation de Jean-Paul Rouve, remarquable dans la peau de l'auteur déchu. C'est somme toute assez peu. Le public français ne s'y est pas trompé. Seulement 600 000 entrées en salle, ce qui, avec de tels antécédents, est très en-deça des attentes.
Le consentement, le livre, a fait réagir et a semé le doute dans les mentalités, notamment sur un sujet que je trouve passionnant, celui de l'impunité des écrivains, à qui l'on a de tout temps laissé les coudées franches au nom de la sacrosainte liberté créative. Le consentement, le film, peine à transformer la valeur utilitaire du bouquin en un véritable objet de cinéma.
Toutefois, même s'il manque de nuances, on ne peut nier l'importance et la sincérité de son cri du coeur. À l'image de celui de notre chère Denis Bombardier qui, alors qu'elle était l'invitée d'Apostrophes, avait été la seule à oser s'insurger contre les agissements de Matzneff, s'élevant du même coup contre Pivot et consorts, débonnaires, discutant de pédophilie en toute tranquillité avec ce génial écrivain qu'ils n'ont jamais remis en question. À mes yeux le moment le plus important du film, résumant à lui seul le coeur du problème: l'appareil qui donne naissance et qui entretient l'aveuglement des masses face a des enjeux aussi graves. Dire que cette scène cruciale passe par le biais d'un extrait d'émission de télé, c'est juste avouer à quel point le film de Filho a renoncé à prendre le flambeau.