Europe coquine :Catherine M. entre cul cru et cœur cuit

Publié le 22 août 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com
Vendredi, 22 Août 2008 18:39 (musée de l'érotisme de Paris)

Le clin d'oeil de DanSolal

Le Cru et le cuit... Claude Lévy-Strauss en avait fait une œuvre maîtresse .Et les cuisiniers d'aujourd'hui en font des assiettes qui réconcilient les civilisations du chaud (du chauffé) et du froid (d'avant les frigo et la fonte de la banquise)...Catherine M. en fait une cuisine au beurre. Les confessions de son cul ouvert chaudement à tous les vents  brillaient par son style cru. Les confessions de son cœur  meurtri par une jalousie passionnelle brillent par ses clichés cuits et recuits...Mais les « femmes, leurs maris et leurs amants » excitent la curiosité des lecterus et des lectrices. Même quand Eros tombe sur un os. Et quand Cupidon fait le dindon.

Faut-il les croire ? Certains critiques les plus sévères pour le premier livre cul-te de Madame Millet apprécient le style du second. « Un précis d'anatomie doublé d'un traité d'aérobique » avait lâché Jérôme Garçin, qui n'avait pas prévu l'énormité du succès international de celle qui a su donner du corps à une seule initiale.... « Ecrit dans une très belle langue, dont la clarté, l'élégance et les nuances évoquent parfois les «Lettres de la religieuse portugaise», «les Liaisons dangereuses» ou les grandes salonnières du siècle des Lumières - Mme du Deffand, Julie de Lespinasse », ose-t-il écrire aujourd'hui...Aurait-il eu des « bonnes feuilles » meilleures que les miennes ?  

Mais peut-être suis-je trop sévère. Ses histoires crues de cul m'avaient laissé de glace. Et son témoignage chaud sur la jalousie brûlante me glace d'ennui. Qui plus est, ce n'est pas parce que l'écriture peut être une thérapie qu'il faut prendre les lectrices et les lecteurs pour des thérapeutes ...ou des malades. Tout au plus, Catherine Millet confirme que nymphomanie est une vraie maladie et que la jalousie est une pathologie qui fait très mal. En fait,  les « baise-sellers » devraient être mis dans les rayons « médecine » ou « psychothérapie ».

Cela dit personne ne peut ignorer un tel phénomène de société. Elle en a fait des kilomètres dans toute l'Europe (et ailleurs) pour montrer sa gueule parlant de son cul, madame Millet, si peu « Artpress » quand elle devient « Hardbaise ». Des voyages qui rapportent gros : plus de 1,3 million d'exemplaires vendus et près d'une trentaine de traduction. Le cul fait vendre dans toutes les langues. D'ailleurs, Catherine Millet en a tiré quelques « leçons d'Europe ». Partout les mêmes questions, les mêmes fascinations : l'Europe du cul n'est plus à faire, en dépit de la diversité des...langues.  


Extrait d'une ITW donnée voilà quelques années au Monde : « La question permanente : comment trouver le plaisir ? (...) Partout, le public est complice... S'il y a une différence, elle est entre les hommes et les femmes. Les hommes ont une lecture plus anecdotique et les femmes un lecture plus sceptique.(...)  Le seul homme d'Eglise que j'ai rencontré, c'est l'archevêque de Côme.Il a seulement fait deux remarques : que mon livre était moins philosophique que ceux de Sade - je ne suis pas d'accord, mais sa phrase donne au moins à penser qu'il a lu Sade... - et qu'il n'aurait pas aimé être mon mari.(...) Je ne pouvais pas me scandaliser de ce qu'un archevêque ne veuille pas m'épouser » (...)

A mesure que se multiplient les traductions (...) j'ai compris pourquoi Casanova a écrit ses Mémoires en français : le français est la langue du sexe, celle qui a le vocabulaire le plus riche et le plus nuancé en la matière. Le mot sexe en français est un mot neutre : si je dis «il se déshabille et je vois son sexe», ce n'est qu'une observation. En anglais, le même mot, sex, ne peut pas être employé aussi aisément, il a des connotations beaucoup plus fortes. Les mots gentiment obscènes en français deviennent méchamment obscènes en anglais. Ou alors ils manquent : quel serait l'anglais pour croupe ? Hanches ne suffit pas. Alors que le suédois est extrêmement riche pour désigner le cul... »

Leçons de choses...Pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de la vie sexuelle de Catherine M.( Seuil), je reprends le résume qu'en fait Jérôme Garçin dans le Nouvel Obs qui sait que le cul est au-dessus des partis, et fait vendre. Plus que le Caucase ou l'Afghanistan... 


« Il faut se rappeler en effet l'incroyable séisme que provoqua, en 2001, «la Vie sexuelle de Catherine M.» (...) Une femme d'une cinquantaine d'années, par ailleurs directrice de la revue «Art Press», commissaire d'exposition, spécialiste de Salvador Dalí et d'Yves Klein, y écrivait: «J'ai partouzé dans les semaines qui ont suivi ma défloration» et ajoutait : «On m'attrape et on me tourne en tout sens comme on veut.»

Sur un ton volontairement neutre et laconique, elle racontait comment elle se livrait «à un nombre incalculable de mains et de verges», «baisait par-delà toute répugnance», se faisait prendre par des hommes anonymes dans les parkings souterrains, les stades à ciel ouvert, les bois de la capitale, les cabines des semi-remorques, les camionnettes de la Ville de Paris, les cimetières, les gares, les placards des salles d'exposition et jusqu'aux bureaux d'«Art Press». »


Mais les plaisirs ne font pas le bonheur. Heureusement d'ailleurs pour Catherine M qui redevenue Millet exhibe son cœur dans « Jour de souffrance ». Un titre à (faire) pleurer !. Car le pluriel n'empêche pas le singulier. Et la concupiscence pour un UN...qu'aucun « autre » ne lui faisait oublier...même si elle finissait par l'oubier. Ce « UN », Jacques Henric, l'écrivain, rencontré lorsqu'elle avait 24 ans, et lui-même auteur de «Légendes de Catherine M.» (Denoel) Le succès appelle le succès : 700 000exeplaires, traduit dans une quarantaine de langues! Au suivant...Partouzez sans retenue, mais ne trompez personne.

 «De toutes les maladies de l'esprit, la jalousie est celle à qui le plus de choses servent d'aliment et le moins de choses, de remède», écrivait Montaigne. Madame Millet le confirme avec cette complaisance vis-à-vis d'elle-même qui caractérise tant les récits d'  extimité ,comme redirait Lacan

jalousie, par Angelo Bronzino (wiki)

«Jour de souffrance» (1) est une réponse à tous les lecteurs de «la Vie sexuelle» qui ont cru, malgré le ton neutre du livre, que ma vie était une joyeuse et perpétuelle débauche, que je faisais l'apologie de l'hédonisme et même du prosélytisme. A ceux-là, je dis que d'avoir et d'assumer une sexualité très libre n'empêche pas de tomber dans le piège effrayant de la jalousie et ne prémunit pas contre la douleur qui l'accompagne. », confie-t-elle à Jérôme Garcin  qui a du se mettre à l'aérobic pour faire preuve d'autant d'indulgence.

Paradoxe ? « Je pense que si j'ai pu avoir la vie sexuelle débridée qui fut la mienne pendant un temps, c'est précisément parce que j'étais très stable en amour, très solide dans mon couple. C'est parce que je n'avais aucune demande affective que je pouvais trouver du plaisir en allant d'un partenaire à un autre. J'avais l'amour à la maison, je pouvais ne prendre que du plaisir au dehors. »

Effrayant ! « La souffrance est si aiguë qu'elle est comparable, parfois, à ces pulsions qui saisissent les tueurs et les violeurs en série. Ils disent ensuite que l'acte qu'ils ont commis est infâme, mais qu'ils n'ont pas su résister à cette force qui les submergeait, qu'ils n'ont pas pu faire autrement qu'accomplir le geste fatal, comme s'ils se dédoublaient. Eh bien, c'est ça que je vivais. »

(musée érotique de Paris)

Sur le divan.  « . Chez ma mère, une scène, selon mon analyste, m'a «sauvée»: c'est le jour où, enfant, je l'ai vue embrasser son amant sur le seuil de l'appartement familial. Et une autre a failli me casser: c'est le jour où elle a violemment mis fin à ses jours. On a reproché à «la Vie sexuelle de Catherine M.» d'être dépourvu de sentiment. C'était délibéré de ma part. Je voulais témoigner que le plaisir pouvait être indépendant des sentiments. En revanche, «Jour de souffrance» en est plein, mais sans être pour autant un livre sentimental! Il parle surtout de sensations, d'émotions. L'exploration de la jalousie menait forcément à celle de mon inconscient. Je devais aller à la source de ma paranoïa, remonter à la petite fille rêveuse de la banlieue parisienne. C'était, ajoutée à l'analyse que j'ai faite, une manière d'autoanalyse. »

Le seul problème, c'est que c'est le lecteur qui paie la consultation...Freud avait-il prévu ce genre de « truc » ?  .

Thérapie aussi le livre d'Angot ?


Là nous ne sommes plus dans le cul mais dans le cucul (pas même praliné).Mais enfin ! Les people font le bonheur du peuple.Et c'est le sexe (un peu cuit, semble-t-il) de DocGinéco qui est trempé dans l'encre de l'écrivaine qui tente de tirer parti (es ?) de la veine érotique actuelle...Mais il n'y a pas que le chanteur disjoncté dans son « marché des amants ». Certains de ceux qui vont se reconnaître ne seront pas très contente. Exigente Christine ?

Moi, j'ai feuilleté le livre(2) et je me suis endormi.Sans fantasmer. Sans rêver ni en rose, ni en bleu. Ah ! si. J'ai rêvé que je lisais un bon livre...Il parait que 676 inondent les librairies lors de cette rentrée d'automne (déjà!). Je vous aurai parlé de deux...à ne pas lire. Mais il est possible que les JO m'aient limé la libido.:les larmes de Madeaudou, peut-être. Ou que les aventures de Carla et du dalaï lama m'aient empli d'une sainte sagesse:foulard blac virginal

 Qui l'eut cru ?Je me sens cuit...

DanSolal

1)«Jour de souffrance», par Catherine Millet, Flammarion, 280 p., 20 euros. En librairie le 27 août.

2)«Le Marché des amants», par Christine Angot, Seuil, 320 p., 19,90 euros. 

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