L'histoire: La jeune Hongkongaise Mei Li (Miyoshi Umeki, vue dans Sayonara) arrive clandestinement en Amérique par le port de San Francisco. La naïve campagnarde est venue avec son grand-père (Kam Tong) pour honorer le mariage entre elle et le riche propriétaire d'une boîte de nuit Sammy Fong (Jack Soo), qui avait été arrangé alors qu'elle était encore chez elle. Toutefois, ce dernier est tombé follement amoureux de sa chanteuse vedette, la tapageuse Linda Low ( Nancy Kwan). Pour ne rien arranger, Linda a jeté son dévolu sur Wang Ta ( James Shigeta), le fils attentionné d'un riche commerçant de Chinatown (Benson Fong). Et pour corser le tout, Mei Li tombe secrètement amoureuse de Wang Ta... qui n'est lui-même pas indifférent à ses charmes.
Distribué en 1961, à quelques jours des fêtes de fin d'année, Flower Drum Song (Au rythme des tambours fleuris ou Carnaval à Chinatown en VF) n'est jamais entré au panthéon des grandes comédies musicales américaines, n'a jamais eu droit au statut de chef d'oeuvre oublié, et se retrouve aujourd'hui sans doute dans très peu de mémoires de cinéphiles. Et pour cause, avec ses 2h13, c'est un film longuet, manquant parfois d'intensité dramatique, qui oscille sans cesse entre drame et comédie sans vraiment savoir où tourner de la tête. Pourtant, cette production somptueuse de la Universal, adaptée de la pièce éponyme montée à Broadway en 1958, et elle-même tirée du roman de C. Y. Lee, possède plusieurs beaux numéros chantés issus de l'univers coloré des célébrissimes Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II et quelques amples chorégraphies signées Hermes Pan.
Mais surtout, ce qui fait que Flower Drum Song n'est pas totalement tombé dans l'oubli est une particularité extra-cinématographique, qui résonne plus fortement aujourd'hui qu'à l'époque. En effet, le film est, sinon le premier, à tout le moins l'un des premiers à avoir mis en avant - à une exception près - des comédiens de descendance asiatique pour incarner des personnages sino-américains.
Mine de rien, à Hollywood en 1961, ce n'était quasiment jamais le cas. À preuve, les représentations du docteur Fu-Manchu, de Charlie Chan ou du Mysterious Mr. Wong qui, de Warner Oland à Peter Sellers, en passant par Bela Lugosi ou Peter Ustinov, furent tous incarnés par des comédiens blancs. Cette tradition des " yellow faces " perdurera du reste jusque dans les années 1980-1990.
Pour autant, l'emploi dans Flower Drum Song de plusieurs comédiens américano-japonais pour incarner des Cantonais ou des Hongkongais n'a jamais fait l'unanimité, loin de là. Il faut toutefois considérer ce film comme un premier grand pas en avant vers une meilleure représentation des asiatiques au grand écran.
Produit par Ross Hunter ( All That Heaven Allows), réalisé par Henry Koster ( No Highway in the Sky) et photographié par Russell Metty ( Spartacus), le film met en scène avec légèreté le choc des cultures entre les Chinois traditionnels et les Sino-Américains, ouverts à une culture plus permissive et plus libre.
Reposant sur une forte dose d'humour, cette histoire aussi improbable qu'alambiquée offre une expérience de cinéma plutôt sympa, radicalement différente des comédies musicales de l'époque. Un plaisir à voir sur plusieurs plateformes en ligne, dont iTunes, Google Play et Tubi.tv.