Critique des Héroïdes, création collective d’après Ovide, vue le 4 juillet 2024
Avec Alice Barbosa, Capucine Baroni, Juliette Boudet, Lucie Brandsma, Laura Clauzel, et Ayana Fuentes-Uno, mises en scène par Flavia Lorenzi
Par Complice de MDT
J’ai choisi ce spectacle car j’enseigne le latin. Autant dire que cet article n’aura pas le ton primesautier de la Mordue ! Les Héroïdes est une oeuvre du poète latin Ovide où il donne la parole à une série de femmes mythiques, en général des femmes délaissées, écrivant à un héros qui les a abandonnées : Pénélope à Ulysse, Ariane à Thésée, Didon à Énée, etc. – « Héroïde » a d’ailleurs fini par signifier « lettre de femme abandonnée ».
Autant le dire : il y a assez peu d’Ovide dans cette pièce. L’auteur latin est un prétexte pour porter un nouveau regard, actuel et féministe, sur ces destinées de femmes fictives, et les arracher à leur statut de victimes passives. Au fil des figures, les vers lyriques d’Ovide se font plus rares et laissent place à une création collective.
Chaque femme est traitée avec une idée différente : ici, un jeu radiophonique où il faut choisir entre les différentes versions de la fin d’Ariane (plus une !), là, le making-off d’un spectacle sur Didon, là encore le procès intenté à Déjanire pour avoir tué Hercule. Certaines idées sont plus efficaces que d’autres, aucune n’est vraiment originale, mais l’implication des comédiennes musiciennes est, elle, sans faille.
Le spectacle déplace notre vision de ces héroïnes de l’antiquité, qui deviennent des femmes fortes et autonomes, comme Didon, présentée en fondatrice de ville et souveraine. Le collectif de femmes présent sur scène s’appuyant essentiellement sur les corps et les voix, remet puissamment en cause la passivité et la dépendance prétendument féminines. S’emparant de styles musicaux divers, du rap au lyrique, les artistes déconstruisent avec rage et humour ces fictions qui ont modelé l’image de la féminité, et nous emportent par leur sincérité et leur talent.
Les vraies héroïnes des Héroïdes, ce sont elles.