« De neige et de vent » isole le lecteur dans cette région reculée des Alpes, où il devra braver des conditions météorologiques apocalyptiques qui bloquent l’unique route d’accès, coupent l’électricité et les lignes téléphoniques, piégeant ainsi tous les villageois, les deux représentants des forces de l’ordre et ce pauvre voyageur au cœur d’un huis clos qui va très vite mettre à nu toute la bêtise et l’intolérance de cette communauté repliée sur elle-même.
« De neige et de vent » donc, mais également une avalanche destructrice, un blizzard monstre et des températures à ne pas mettre un chien dehors… ni cet étranger qui l’accompagne et que tout le monde regardait déjà d’un mauvais œil avant que le corps de cette jeune fille ne soit découvert. Un cadre hivernal extrême, presque apocalyptique, qui contribue à installer une ambiance pesante…même si la plus grande menace ne provient pas forcément de la nature, mais de la nature humaine. Cette peur de la différence, cette petite flamme éternelle qui veille depuis la nuit des temps et qui ne demande qu’à être embrasée par la bêtise humaine, ce racisme latent qui, porté par l’effet de groupe, résulte très vite en un effet boule de neige particulièrement destructeur.
Dévoilant au compte-gouttes les plus bas instincts des hommes, Sébastien Vidal pointe du doigt les dégâts de l’intolérance et de ces frontières visant à repousser l’autre. Le lecteur se rend progressivement compte que le crime qui vient d’être commis n’est que le sommet de l’iceberg caché par cette petite communauté rurale où l’omerta est de mise et où les secrets sont enfouis sous des mètres de neige. Il ne reste plus qu’à compter sur deux gendarmes plutôt dépassés par les événements et un voyageur légèrement poète pour tout déblayer…
Outre des villageois peu accueillants et donc pas forcément attachants, le lecteur peut heureusement compter sur deux policiers prêts à tout pour s’opposer à la haine des habitants, ainsi que sur ce voyageur solitaire venu apporter un brin de poésie et de sagesse dans ce monde de brutes. Des personnages bloqués par les intempéries qui profitent de la situation pour faire le point sur leurs existences, se livrant ainsi petit à petit au lecteur.
Si le personnage le plus attachant demeure sans doute le chien du voyageur, le plus impressionnant est sans conteste cet environnement montagnard glacial et envoûtant dont l’auteur prend soin de décrire le moindre détail. Une écriture particulièrement évocatrice qui restitue le moindre petit bruit et s’accroche à chaque détail, transportant immédiatement le lecteur au cœur de ce décor hivernal sombre et oppressant. Une immersion totale dans ce huis clos où le temps semble presque vouloir s’arrêter, transformant ce polar en roman d’atmosphère.
Une plume méritoirement récompensée par le Prix Landerneau Polar 2024.
Sébastien Vidal, De neige et de vent, Le mot et le reste, 242 p., 21€
Elles/ils en parlent également : Aude, Annick, Pierre, Fanny, Jean-Paul, Jean-Michel, Séverine, Cédric, BMR, Lire au lit, Dealer de ligne, La livrophage
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