Ce huis-clos aux allures de « Misery » invite donc à suivre la descente aux enfers d’un jeune homme retenu contre son gré par une famille de quatre personne qui ne tourne pas très rond. Le père, Jacques Beaulieu, est obsédé par les échecs et par la justice. Sa femme, Maude, est une vraie bigote, prête à obéir aveuglement à la volonté de Dieu et de son homme. Un duo infernal complété par deux filles pas beaucoup plus équilibrées : Michelle, une rebelle de seize ans légèrement cinglée, et Anne, la cadette de dix ans, sévèrement handicapée, totalement muette et au regard apathique qui renferme un gouffre obscur. Bienvenue au 5150, rue des Ormes !
Patrick Sénécal alterne un point de vue « extérieur », qui nous décrit de temps en temps ce qui se déroule en dehors de la maison, avec les points de vue du prisonnier, raconté à la première personne, et celui de la mère, narré via son journal intime. Un procédé qui permet d’une part de vivre la séquestration de Yannick comme si on y était, tremblant au moindre bruit et cherchant désespérément un moyen de s’échapper, et qui invite d’autre part à découvrir le passé et la genèse de cette famille dysfonctionnelle.
Au fil des pages, le lecteur plonge de plus en plus profondément au cœur de la folie tout en partageant la rage, les doutes, la détresse et l’incompréhension de Yannick. La partie d’échec qui s’engage entre lui et son tortionnaire contribue à insuffler une dimension légèrement horrifique à ce thriller diablement addictif qui n’offre finalement qu’une seule porte de sortie à ceux qui l’entameront : les échecs… ou la folie !
Vous voilà donc prévenus : ne sonnez pas au 5150, rue des Ormes, sinon vous risquez de devenir le pion d’un Roi noir et d’une Reine rouge, sur un échiquier de folie imaginé par cet auteur canadien dont je ne manquerai pas de lire d’autres romans !
5150, rue des Ormes, Patrick Sénécal, Ramsay, 360 p., 12,90€
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