Du haut de ses dix-sept ans, Soraya marche en direction de la frontière française, chaque pas l’éloignant un peu plus de la Syrie, de l’horreur de la guerre, des nombreux morts qu’elle a dû laisser derrière elle et de cette ancienne vie dont il ne reste désormais plus que des souvenirs…
« Traverser les montagnes, et venir naître ici » est l’histoire d’une rencontre, celle de deux femmes brisées, dont les destinées se croisent sur le flanc d’une montagne où leurs souffrances se font dorénavant écho. Au fil des pages, elles vont se trouver, s’apprivoiser et progressivement se reconstruire en s’appuyant l’une sur l’autre.
Mêlant passé et présent, alliant délicatesse et justesse, Marie Pavlenko dévoile progressivement les épreuves qu’elles ont vécues, sans jamais tomber dans la surenchère et tout en ouvrant la porte vers un avenir meilleur. Franchissant les montagnes et les obstacles qui se dressent sur leur chemin, elle nous invite à suivre la renaissance de ces deux femmes qui, petit à petit, doivent réapprendre à vivre.
Une rencontre bouleversante et un récit débordant d’humanité, qui permet non seulement d’aborder des thèmes forts, tels que l’exil, le deuil, la solidarité, la résilience et la maternité, mais qui invite surtout à suivre des personnages féminins terriblement attachants, emmenés par cette vieille voisine qui apporte ce brin de chaleur tellement bienvenu dans ces montagnes régulièrement isolées par la neige.
Une nature et des montagnes qui ne font d’ailleurs pas seulement office de décor, mais qui s’avèrent omniprésents tout au long de la lecture. Un endroit qui permet de s’éloigner du reste du monde et qui invite à se concentrer sur ces petites choses essentielles de la vie, celles qui permettent de s’accrocher et qui vont leur permettre de renaître. Un environnement qui invite à prendre son temps, qui apaise et qui soigne, tout comme ces petits morceaux de poésie qui se multiplient au fil de la lecture et qui ouvrent les différents chapitres.
Si cela fait longtemps que je suis fan de la plume de Marie Pavlenko et que je me suis une nouvelle fois régalé tout au long du roman, ses petites touches d’humour qui faisaient tout le sel de « Je suis ton soleil » ou de « Un si petit oiseau » m’ont un peu manqué. Alors certes, le récit ne s’y prête pas vraiment, mais j’espère juste que cette autrice de plus en plus engagée ne l’a pas perdu en cours de route, au fil des nombreux malheurs qui frappent notre malheureuse planète… dont certains qu’elle aborde ici avec beaucoup de tact et en misant son espoir sur la solidarité, l’humanité et l’amitié.
Traverser les montagnes, et venir naître ici, Marie Pavlenko, Les escales, 352 p., 21€
Elles/ils en parlent également : Aude, Kitty, Claude, Mimi, Sharon, Bianca, Lydia, Folavril, Célia, Olivia, Lucie, Ma voix au chapitre, Evasion polar, Le parfum des mots, Café noir et polars gourmands, A la page des livres
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