La mediumnite de Jeanne d'Arc (3/7)

Par Osmose

Peu d'hommes comprennent ces choses. Les vulgarités de la terre leur cachent les beautés de ce monde invisible qui les entoure, dans lequel ils baignent comme des aveugles dans la lumière.
Mais il est des âmes délicates, des êtres doués de sens subtils, pour qui ce voile épais des choses matérielles se déchire par instants ; à travers ces ouvertures, ils perçoivent un coin de ce monde divin, celui des vraies joies, des félicités véritables, où nous nous retrouverons tous à la mort, d'autant plus libres et plus heureux que nous aurons mieux vécu par la pensée et par le coeur, mieux aimé et plus souffert.

Ce n'était pas seulement sur ces faits extraordinaires, ces visions et ces voix, que se basait la confiance de Jeanne en ses amis de l'espace. La raison lui démontrait aussi combien la source de ses inspirations était pure et élevée, car ses voix la guidaient toujours vers l'action utile, dans le sens du dévouement et du sacrifice.

Tandis que certains visionnaires se perdent en des rêveries stériles, chez Jeanne les phénomènes psychiques concourent tous à la réalisation d'une grande oeuvre.

De là, sa foi inébranlable : « Je crois aussi fermement, répond-elle à ses juges, les dits et les faits de saint Michel qui m'est apparu, comme je crois que Notre Seigneur Jésus-Christ a souffert mort et passion pour nous. Et ce qui me meut à le croire, c'est le bon conseil, le confort et les enseignements qu'il m'a donnés. »

Dans son jugement si sûr, c'est avant tout le côté moral de ces manifestations qui constitue à ses yeux une garantie, une preuve de leur authenticité. A leurs avis efficaces, à leur soutien constant, aux saines instructions qu'ils lui donnent, elle reconnaît en ses guides des envoyés d'en haut !

Au cours du procès comme dans son action militaire, ses voix la conseillent sur ce qu'elle doit dire et faire. Elle a recours à elles dans tous les cas difficiles : « Je demandai conseil à la voix sur ce que je devais répondre, lui disant de demander là-dessus conseil à Notre-Seigneur. Et la voix me dit : Réponds hardiment. Dieu t'aidera »

Ses juges l'interrogent à ce sujet : « Comment vous expliquez-vous que vos saintes vous répondent ? - Quand je fais requête à sainte Catherine, leur dit Jeanne, alors elle et sainte Marguerite font requête à Dieu, et puis, du commandement de Dieu, elles me donnent réponse. »

Ainsi, pour tous ceux qui savent interroger l'invisible dans le recueillement et la prière, la pensée divine descend, de degré en degré, depuis les hauteurs de l'espace jusqu'aux profondeurs des consciences. Mais tous ne la discernent pas comme Jeanne.

Quand ses voix se taisent, elle refuse de répondre sur toute question importante : « Vous n'aurez pas encore cela de moi ; je n'ai pas le congé de Dieu. Je crois que je ne vous dis pas à plein ce que je sais. Mais j'ai plus grande crainte de faillir en disant quelque chose qui déplaise à mes voix, que je n'en ai de vous répondre à vous»

Discrétion admirable et que tant d'hommes feraient bien d'imiter, quand les voix de la sagesse et de la conscience n'ordonnent pas de parler.

Jusqu'à la fin de sa vie tragique, Jeanne montrera un grand amour pour ses guides invisibles, une entière confiance en leur protection. Même quand ils semblèrent l'abandonner, après lui avoir promis le salut, elle ne proféra aucune plainte, aucun blasphème.

De son aveu cependant, ils lui avaient dit, dans sa prison : « Tu seras délivrée par grande victoire», et au lieu de la délivrance, c'était la mort qui venait. Ses interrogateurs, qui ne négligeaient aucun moyen de la désespérer, insistaient sur cet abandon apparent, et Jeanne répondait sans se troubler : « Oncques ne maugréai ni saint ni sainte. »

L'histoire de la bonne Lorraine présentait des cas de clairvoyance, de prémonition en assez grand nombre pour lui avoir prêté, aux yeux de tous, un pouvoir mystérieux de divination. Parfois, elle semble lire dans l'avenir, par exemple lorsqu'elle dit au soldat de Chinon qui l'avait injuriée, au moment de son entrée au château : « Ah ! tu renies Dieu, et pourtant tu es si près de ta mort ! »

Le soir même, en effet, ce soldat se noie par accident. Il en est ainsi pour l'Anglais Glasdale, à l'attaque de la bastille du Pont, devant Orléans. Elle le somme de se rendre au roi des cieux, ajoutant : « J'ai grande pitié de ton âme ! » Au même instant, Glasdale tombe, tout armé, dans la Loire, où il se noie.

Plus tard, à Jargeau, elle prévoit le danger qui menace le duc d'Alençon, à la vie duquel elle a promis de veiller : « Gentil duc, s'écrie-t-elle, retirez-vous d'où vous êtes, sinon cette bouche à feu, qui est là-bas, va vous envoyer à la mort. » La prévision était juste, car le seigneur du Lude, ayant pris la place abandonnée, y fut tué peu après.

D'autres fois, et le plus souvent, Jeanne l'atteste elle-même, elle est prévenue par ses voix. A Vaucouleurs, sans l'avoir jamais vu, elle va droit au sire de Baudricourt : « Je le reconnus, explique-t-elle, grâce à ma voix. C'est elle qui me dit : Le voilà ! » D'après ses révélations, Jeanne lui prédit la délivrance d'Orléans, le sacre du roi à Reims, et lui annonce la défaite des Français à la journée des Harengs, au moment où elle vient d'avoir lieu

A Chinon, introduite auprès du roi, Jeanne n'hésita pas à le trouver parmi les trois cents courtisans au milieu desquels il s'était dissimulé : « Quand j'entrai dans la chambre du roi, dit-elle, je le reconnus entre les autres par le conseil de ma voix qui me le révéla. »

Dans un entretien intime, elle lui rappelle les termes de la prière muette qu'il avait adressée à Dieu, seul dans son oratoire.

Ses voix lui apprennent que l'épée de Charles Martel est enfouie dans l'église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, et la lui font voix.

C'est encore la voix qui la réveille à Orléans, lorsque, épuisée de fatigue, elle s'est jetée sur un lit et ignore l'attaque de la bastille de Saint-Loup : « Mon conseil m'a dit que j'aille contre les Anglais, s'écrie-t-elle soudain. Vous ne me disiez pas que le sang de France fût répandu ! »

Jeanne sait, pour en avoir été prévenue par ses guides, qu'elle sera blessée d'un trait à l'attaque des Tourelles, le 7 mai 1429. Une lettre du Sire de Rotselaer, chargé d'affaires du Brabant, conservée aux archives de Bruxelles et datée du 22 avril de la même année, écrite, par conséquent, quinze jours avant l'événement, relate cette prédiction et la manière dont elle devait s'accomplir. La veille du combat, Jeanne dit encore : « Il sortira demain du sang de mon corps. »

Dans cette même journée, elle prédit, contre toute vraisemblance, que l'armée triomphante rentrerait dans Orléans par le pont, cependant rompu. C'est ce qui eut lieu.

La ville délivrée, Jeanne insiste près du roi, afin qu'on ne diffère pas le départ pour Reims, répétant : « Je ne durerai guère qu'un an, Sire, il faut donc me bien employer ! » Quelle prescience de sa si courte carrière !

Elle fut aussi avertie par ses voix de la reddition de Troyes à bref délai ; puis, plus tard, de sa captivité prochaine : « En la semaine de Pâques, comme j'étais sur le fossé de Melun, il me fut dit par mes voix que je serai prise avant la Saint-Jean, - dit l'accusée à ses juges de Rouen, - et je leur faisais requête que, quand je serai prise, je mourusse aussitôt sans long tourment de prison.

Et elles me dirent : « Prends tout en gré. Il faut qu'il en soit ainsi fait. » Mais elles ne me dirent point l'heure » A ce propos, citons, en passant, cette belle réponse à ses interrogateurs : « Si j'eusse su l'heure, je n'y fusse point allée volontiers. Pourtant, j'aurais fait selon le commandement de mes voix, quoi qu'il eût dû m'en advenir»

On raconte aussi une scène touchante dans l'église de Compiègne ; elle dit, en pleurant, à ceux qui l'entouraient : « Bons amis et chers enfants, sachez qu'on m'a vendue et trahie. Bientôt je serai livrée à la mort. Priez pour moi ! »


à suivre ...