Après la séparation des Beatles, George Harrison s’engage dans une trajectoire artistique et personnelle aussi tumultueuse que fascinante. Là où Paul McCartney trouve un succès continu avec Wings, John Lennon s’épanouit en solo et dans l’activisme politique, et Ringo Starr se construit une deuxième carrière au cinéma, Harrison multiplie quant à lui les initiatives. Son triple album All Things Must Pass, sorti en 1970, demeure l’une des pièces les plus appréciées de l’univers post-Beatles. Plus tard, il organise le Concert for Bangladesh, recueillant des fonds en réponse à la guerre de libération du pays. Toujours à l’affût de nouveaux projets, il fonde la société HandMade Films, laquelle finance plusieurs perles du cinéma britannique, dont Monty Python’s Life of Brian, Time Bandits et Withnail and I.
En parallèle de cette intense activité artistique, Harrison nourrit un engouement insoupçonné pour l’automobile, et plus particulièrement pour la Formule 1. L’origine de cette fascination remonte à son enfance, lorsqu’il assiste au Grand Prix de Grande-Bretagne 1955 près d’Aintree, sa ville natale. Au fil des ans, sa passion pour le sport automobile ne fait que se renforcer, si bien qu’en 1977, alors qu’il prend ses distances avec l’industrie musicale, Harrison suit le championnat du monde de Formule 1 de près. C’est dans ce contexte qu’il compose « Faster », une chanson dédiée aux pilotes dont il admire la « conscience accrue », tels Jackie Stewart, Emerson Fittipaldi et Niki Lauda. Dans ses mémoires, I, Me, Mine, Harrison justifie son amour de la course en soulignant que, malgré l’agitation et la pollution indéniables des voitures, une authentique communion d’esprit s’opère entre les meilleurs pilotes – un esprit de compétition perçu comme une forme de méditation en pleine vitesse.
Loin des clichés parfois véhiculés sur son personnage discret, Harrison se révèle drôle et affûté lors de ses rares apparitions publiques. En juin 2000, alors qu’il est présent au Grand Prix de Montréal, un journaliste enthousiaste tente de le questionner sur ses goûts musicaux. Harrison, à l’humour typiquement britannique, répond qu’il n’a plus qu’un seul véhicule en sa possession – son fauteuil roulant – avant de confier que sa « chanson de conduite préférée » est « Barnacle Bill the Sailor », interprétée en 1929 par Hoagy Carmichael. Nul ne sait s’il s’agit là d’un simple pied de nez ou d’un choix sincère, mais la référence surprend. Cette comptine populaire américaine, à mi-chemin entre la chanson à boire et le folklore marin, fut enregistrée parmi les premiers par Carmichael, accompagné au cornet par un Bix Beiderbecke alors en très grande forme. Au-delà de l’anecdote, cette parenthèse musicale révèle une joie insouciante et un regard espiègle sur le monde.
La participation fugace de Harrison au Grand Prix de Montréal n’est qu’un bref épisode de sa vie, mais ce moment cocasse en dit long sur sa personnalité. Ses intérêts ne se résument pas à la spiritualité hindoue ou à la recherche du nirvana : ce grand amateur de Formule 1 ne craint pas de passer des paddocks de course aux studios d’enregistrement, puis de regagner une scène artistique pour y produire un film. Fidèle à sa réputation de « Beatle silencieux », il se retire rapidement de l’interview en glissant un mot sur les croissants de Montréal, esquissant encore un de ces sourires énigmatiques dont il avait le secret.
Ce trait d’esprit, à la fois ironique et courtois, illustre la multiplicité d’un artiste que l’on enferme souvent dans une image de sage méditant. George Harrison n’a jamais cessé de surprendre : tantôt philanthrope, tantôt musicien visionnaire, tantôt producteur à succès, tantôt passionné de sports mécaniques. Ce mélange d’enthousiasme, de légèreté et de profondeur fait de sa carrière post-Beatles l’une des plus riches et des plus singulières. Harrison pouvait très bien s’envoler vers l’Inde pour retrouver le contact avec son moi intérieur, tout en s’évadant dans l’adrénaline d’un circuit de Formule 1, voire en se régalant d’une farce musicale signée Hoagy Carmichael. Dans ses choix éclectiques, il montrait qu’aux confins du rock, de la spiritualité et de la passion automobile, on pouvait trouver un équilibre fait de curiosité et de modestie, définitivement à son image.
Cet article répond aux questions suivantes :
- Quel rôle a joué le triple album All Things Must Pass dans la carrière post-Beatles de George Harrison ?
- Pourquoi Harrison s’est-il intéressé à la Formule 1 ?
- Que représente la chanson « Faster » dans la discographie de George Harrison ?
- Comment l’humour britannique de Harrison s’est-il manifesté au Grand Prix de Montréal ?
- Quels projets cinématographiques ont été financés par HandMade Films ?