Comment Paul McCartney a relevé le défi de la scène après les Beatles

Publié le 01 janvier 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsque les Beatles mettent un terme à leurs tournées, l’idée d’un retour sur scène pour chacun des membres se transforme en un défi de taille. Devenus l’un des groupes les plus populaires de la planète, ils ont vécu des concerts chaotiques, où la technologie limitée des années 60 ne permettait pas d’entendre grand-chose au-delà des cris survoltés de leurs fans. Ce contexte fatiguant et démoralisant a contribué à la décision des Beatles de cesser leurs tournées. Mais, lorsque le groupe s’est séparé et que chacun a emprunté sa propre voie, la pression s’est considérablement accrue pour les performances individuelles.

Sommaire

La fin des tournées des Beatles : le « cadeau empoisonné » de la célébrité

Un succès étourdissant qui se transforme en problème

Au plus fort de la Beatlemania, l’enthousiasme du public atteint des sommets rarement égalés : des foules gigantesques se massent pour voir les Beatles, et la ferveur s’exprime par des cris qui couvrent littéralement la musique. Les quatre musiciens peinent à s’entendre sur scène, rendant leurs performances frustrantes et de moins en moins plaisantes à donner. À cela s’ajoutent les polémiques, notamment celle déclenchée par John Lennon lorsqu’il déclare que le groupe est « plus populaire que Jésus », suscitant l’hostilité de certains fans et médias dans les régions plus conservatrices des États-Unis.

Une décision inévitable

Face à ce climat, la lassitude grandit : John Lennon et George Harrison se montrent de plus en plus réticents à enchaîner les concerts. Même Paul McCartney, d’abord peu convaincu par l’idée d’arrêter les tournées, finit par se ranger à l’avis de ses camarades après une dernière série de concerts épuisants et techniquement insatisfaisants. Les Beatles cessent donc de se produire en public en 1966, marquant un tournant dans leur carrière : désormais, leur créativité s’exprimera uniquement en studio.

La naissance de Wings : un nouveau défi

L’après-Beatles et les retrouvailles avec la scène

Lorsque les Beatles se séparent en 1970, chacun des musiciens doit redéfinir son identité artistique. Pour Paul McCartney, ce sera la formation de Wings, nouveau groupe dans lequel il est libre de poursuivre ses envies musicales. Mais remonter sur scène après tant d’années suscite une angoisse particulière :

  • McCartney craint que les spectateurs ne comparent systématiquement Wings aux Beatles.
  • Il redoute un accueil mitigé, notamment de la part des critiques et des journalistes aux premières loges.
  • Il ne souhaite pas jouer de chansons des Beatles, pour s’éviter à la fois la comparaison directe et la pression de « faire aussi bien qu’avant ».

Un répertoire à construire sans les classiques des Beatles

La décision est radicale : lors des premiers concerts de Wings, McCartney décide de ne jouer que des titres du nouveau groupe. Ce choix, logique d’un point de vue artistique, se heurte à une contrainte majeure : Wings, encore en début de parcours, ne dispose pas d’un catalogue assez riche pour remplir une setlist consistante.

« Nous avons décidé de ne pas faire de chansons des Beatles, ce qui était une catastrophe, bien sûr, parce que cela signifiait que nous devions faire une heure d’autres chansons, et nous n’en avions pas à l’époque », expliquera McCartney plus tard.

La peur de la comparaison et la stratégie de la discrétion

Tournée universitaire et petits concerts “incognito”

Pour atténuer la pression et peaufiner son nouveau répertoire, McCartney opte pour une formule moins exposée : une tournée dans des universités britanniques, loin des grandes salles bondées qui auraient immanquablement appelé à la nostalgie des Beatles.

« La principale chose à laquelle je ne voulais pas être confronté était le tourment de cinq rangées de journalistes munis de petits carnets qui regardaient et disaient “Oh, eh bien, il n’est pas aussi bon qu’il l’était.” Nous avons donc décidé de faire cette tournée universitaire, ce qui m’a rendu moins nerveux parce que c’était moins important. »

En jouant devant un public plus modeste et moins exigeant, McCartney s’offre le temps et la liberté de roder Wings, de tester de nouvelles chansons, et de se construire une nouvelle identité scénique.

Des concerts “sans filet”

Sans les classiques des Beatles, McCartney se retrouve à devoir porter sur ses épaules le succès (ou l’échec) de ses propres compositions récentes. Il avoue lui-même qu’à cette période, son répertoire personnel reste limité :

« Je n’avais pas quelque chose comme “My Love” qui m’appartenait. J’avais l’impression que tout le monde voulait des chansons des Beatles, alors j’étais assez nerveux à ce sujet. »

Cette nervosité se reflète dans les premières prestations de Wings, parfois bancales, mais qui dévoilent aussi une détermination ferme à se bâtir une nouvelle crédibilité artistique.

Une Transition Risquée mais Nécessaire

En fin de compte, la décision de Paul McCartney de ne pas jouer de chansons des Beatles dans les premiers concerts de Wings s’avère être un pari osé. Elle lui permet de tracer une frontière nette entre son passé glorieux et son ambition présente, même si le coût se traduit par des concerts moins spectaculaires et une attente longue avant de séduire pleinement le public.

  • Une démarche d’intégrité artistique : En faisant ce choix, McCartney préserve l’indépendance créative de Wings et souligne le besoin d’exister en tant que groupe à part entière.
  • Une expérience d’apprentissage : Les débuts difficiles de Wings sur scène, sans le soutien des titres phares des Beatles, forcent le groupe à se dépasser, à écrire davantage et à trouver sa propre voie.
  • Un accueil mitigé, mais formateur : Bien que la presse et certains fans aient pu être déçus de ne pas entendre “Hey Jude” ou “Yesterday”, la démarche a contribué à faire de McCartney un artiste solo accompli, qui finira par trouver le juste équilibre entre ses nouvelles créations et le riche héritage des Beatles.

Aujourd’hui, McCartney n’hésite plus à piocher dans l’immense catalogue des Fab Four pour régaler les fans de tous âges lors de ses concerts. Mais ce passage délicat fut nécessaire pour établir Wings et affirmer la continuité d’une carrière qui, après les Beatles, devait encore prouver sa légitimité aux yeux du monde. Il aura finalement atteint cet objectif, non pas en imitant le passé, mais en se lançant dans une nouvelle aventure… coûte que coûte.