Ringo Starr : Une voix sous-estimée qui a marqué l’histoire des Beatles

Publié le 07 janvier 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Ringo Starr : Le charme insoupçonné du « weak link » de la voix des Beatles…

Lorsqu’on pense aux Beatles, ce sont généralement les noms de John Lennon et Paul McCartney qui surgissent pour évoquer la composition et le chant, avec, à un degré moindre, George Harrison. Au fil des décennies, Ringo Starr a souvent été perçu comme le « maillon faible » en matière de chant. Pourtant, le batteur au style unique et au sourire malicieux a prouvé, à maintes reprises, qu’il pouvait aussi s’illustrer au micro. Des débuts modestes dans un répertoire live à la consolidation d’une présence vocale attachante, Ringo a signé onze performances de chant pour le groupe – autant de témoignages d’un charme espiègle et d’une bonne humeur communicative. Retour sur l’histoire de ces chansons qu’il a portées de sa voix douce mais pleine de caractère.

Sommaire

De la timidité à la scène : les débuts de Ringo au chant

1. « Boys »
Dès le premier album des Beatles, Please Please Me (1963), Ringo s’empare du micro pour interpréter « Boys », un titre originellement chanté par les Shirelles. Simple, direct et enregistré en une seule prise, ce morceau est un choix quelque peu hâtif pour combler un quota de chansons dans l’album. Bien qu’il ne révèle pas encore toute l’étendue du charme de Ringo, il offre un aperçu de l’énergie brute qu’il dégageait déjà dans les clubs de Liverpool et dans ses précédents groupes, dont Rory Storm and the Hurricanes. Son timbre, encore balbutiant, se heurte au scepticisme initial du producteur George Martin, qui se demande si Ringo sera capable de soutenir vocalement le groupe.

2. « I Wanna Be Your Man »
Sur le deuxième album, With the Beatles (1963), Paul McCartney écrit la chanson « I Wanna Be Your Man » non seulement pour Ringo, mais aussi pour en faire un tube pour les Rolling Stones. Bien qu’il reste souvent associé à la version plus mordante de ces derniers, le morceau permet à Ringo d’enchaîner sur un style légèrement plus rock, prouvant sa capacité à apporter une simplicité entraînante aux faces B du groupe.

Entre reprises américaines et compositions timides

3. « Matchbox » et 4. « Honey Don’t »
Dans les premières années des Beatles, on retrouve une passion pour le rockabilly et le blues. Ringo en profite pour interpréter ces reprises signées Carl Perkins : « Matchbox » et « Honey Don’t ». La première figure sur le EP Long Tall Sally (1964), la seconde dans l’album Beatles for Sale (1964). Deux titres qui assoient progressivement la présence vocale du batteur. Sur des rythmes enjoués, Ringo y révèle un style vocal discret mais chaleureux, bien qu’il ne s’agisse encore que de simples parenthèses au sein d’albums dominés par les chansons de Lennon-McCartney.

5. « Act Naturally »
En 1965, avec l’album Help!, les Beatles commencent à s’éloigner du schéma des reprises, préférant leurs propres compositions. « Act Naturally » (popularisé par Buck Owens) est la dernière reprise que le groupe enregistre entièrement, et Ringo en est la vedette. Il y incarne à merveille le personnage d’un gars décontracté, prêt à faire rire le public, tout en conservant une touche country-swing qui contraste fortement avec les innovations pop psychédéliques qui pointent déjà à l’horizon.

6. « What Goes On »
Toujours en 1965, sur Rubber Soul, c’est « What Goes On » qui confie à Ringo le rôle de chanteur principal. Ce morceau, co-signé par Lennon et McCartney, présente néanmoins un crédit d’écriture à Ringo Starr pour la première fois. Même s’il s’agit d’une chanson plutôt légère en regard de l’ensemble de l’album, elle constitue une étape supplémentaire vers une identification vocale de Ringo : il n’est plus seulement un interprète de reprises mais un interlocuteur musical qui peut façonner l’esprit d’un morceau.

L’âge d’or de Ringo derrière le micro

7. « Yellow Submarine »
En 1966, Revolver marque une révolution dans la discographie des Beatles : les arrangements se complexifient, l’expérimentation devient la norme. Au milieu de ce tourbillon créatif, on trouve « Yellow Submarine », un titre que Ringo Starr interprète. Joyeusement naïf, ce morceau divise le public entre ceux qui l’adorent pour sa simplicité enfantine et ceux qui critiquent son côté trop puéril. Pourtant, il restera comme l’une des chansons phares de l’imaginaire collectif, offrant à Ringo l’un de ses grands moments de communion avec les auditeurs.

8. « With A Little Help From My Friends »
En 1967, c’est l’apothéose : Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band s’impose comme l’album-culte de la contre-culture naissante, et Ringo y incarne Billy Shears pour « With A Little Help From My Friends ». Cette chanson, écrite par Lennon et McCartney, est unanimement saluée, souvent considérée comme la meilleure performance de Ringo avec le groupe. Il livre une interprétation touchante, empreinte de sincérité, que de nombreux artistes reprendront par la suite (dont Joe Cocker, offrant une version radicalement différente). Aujourd’hui encore, c’est un morceau incontournable dans les concerts solo de Ringo.

Les perles (un peu) cachées du « White Album »

9. « Don’t Pass Me By » et 10. « Good Night »
En 1968, The Beatles (souvent appelé The White Album) marque une explosion de diversité sonore : chacun veut y mettre sa patte. Ringo apparaît sur deux chansons en tant que chanteur principal, une première dans la discographie du groupe. Avec « Don’t Pass Me By », il signe sa première composition 100 % personnelle, longtemps restée dans les tiroirs depuis 1964. Le morceau, oscillant entre country et pop, reflète la bonhomie de Ringo tout en montrant sa progression créative.

Puis vient « Good Night », berceuse écrite par John Lennon pour son fils Julian. Ici, Ringo pose sa voix sur un arrangement orchestral sans que les autres Beatles ne jouent d’instrument. Cette douceur onirique clôt en beauté le deuxième disque du White Album. On y voit un Ringo inattendu, capable d’intimité, loin de l’image rigolote qu’il véhicule souvent.

Un ultime chant de sirène : « Octopus’s Garden »

11. « Octopus’s Garden »
Abbey Road (1969) est l’avant-dernier opus enregistré par les Beatles, et c’est ici que Ringo signe son deuxième morceau maison : « Octopus’s Garden ». Puisant dans des imaginaires marins et des souvenirs de vacances (Ringo aurait eu l’idée en mangeant du calamar en Sardaigne), la chanson transpire une ambiance à la fois enfantine et lumineuse. Malgré les tensions récurrentes entre les membres du groupe, ce titre demeure l’un des moments légers de l’album, un retour à la simplicité au milieu de la sophistication de pièces comme « Something » ou le fameux medley final. Avec l’aide de George Harrison, Ringo parvient à transformer ce concept naïf en une ballade doucement enjouée. C’est aussi la dernière fois qu’il chante en lead sur un morceau inédit des Beatles, clôturant ainsi un parcours chanté entamé sept ans plus tôt.

Ringo Starr, une voix discrète mais indispensable

Si Ringo Starr est longtemps resté dans l’ombre de Lennon, McCartney et Harrison en matière de composition, il a néanmoins jalonné la discographie des Beatles de prestations vocales inoubliables, alliant humour, sincérité et un certain optimisme. Depuis les premières reprises quelque peu hasardeuses jusqu’aux douces mélodies de « Good Night » et à l’excentricité sous-marine de « Octopus’s Garden », Ringo a prouvé qu’il possédait une identité vocale tout à fait singulière.

En revisitant ces 11 chansons qui l’ont vu briller derrière le micro, on ne peut que constater à quel point elles ont participé à la richesse de l’univers Beatles. Elles éclairent également la dynamique créative d’un groupe en constante mutation, dans lequel chacun trouvait un espace – même restreint – pour s’exprimer. De l’étiquette injuste de « maillon faible » à la douce berceuse d’« Abbey Road », le parcours vocal de Ringo Starr au sein des Beatles demeure l’un des plus attachants segments de la légende du plus grand groupe de tous les temps.