« Teddy Boy » : La chanson rejetée des Beatles adoptée par Paul McCartney

Publié le 09 janvier 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Parmi la pléthore de chansons qui forment l’héritage colossal des Beatles, certaines restent dans l’ombre, n’ayant jamais franchi l’étape cruciale du studio d’enregistrement ou manquant l’adhésion du groupe au grand complet. Si nombre de titres inédits, de démos et de sessions de répétition ont refait surface au fil du temps, révélant la genèse ou l’évolution de certaines pièces, il existe aussi des cas où les compositions ont été purement et simplement rejetées par les Fab Four. C’est précisément l’histoire de « Teddy Boy », une chanson écrite par Paul McCartney durant le séjour en Inde de 1968. Ignorée et moquée par une partie du groupe, elle a toutefois su trouver un second souffle dans la carrière solo de Macca, devenant ainsi le symbole d’un titre orphelin des Beatles qui finit par vivre sa propre vie.

Sommaire

  • Contexte : L’Inde et l’explosion créative de 1968
  • Le rejet par les Beatles : tensions et sarcasmes
    • Un contexte explosif : la période “Get Back” / “Let It Be”
    • Les insultes et moqueries de Lennon
  • La résurrection en solo : l’album McCartney
    • La fuite en avant de Paul
    • Les propos de Paul sur « Teddy Boy »
  • Les différentes versions de « Teddy Boy »
    • La version inédite des Beatles sur Anthology 3
    • L’ajout de la « moquerie » de Lennon dans l’Anthology
  • Portée et symbole de « Teddy Boy » dans la discographie de McCartney
    • Le reflet du passage de Paul à la carrière solo
    • Héritage et reconnaissance tardive
  • Cet article répond aux questions suivantes :

Contexte : L’Inde et l’explosion créative de 1968

Le voyage en Inde et la méditation transcendantale

En février 1968, les Beatles, alors au sommet de leur popularité mondiale, se rendent à Rishikesh, dans le nord de l’Inde, pour suivre un cours de méditation transcendantale avec le Maharishi Mahesh Yogi. L’objectif : fuir l’hystérie de la Beatlemania, trouver un certain ressourcement spirituel et apaiser les tensions qui commencent à se profiler au sein du groupe. Sur place, John, Paul, George et Ringo passent plusieurs semaines dans l’ashram, méditent plusieurs heures par jour, mais surtout, composent un grand nombre de chansons.

Cette période est particulièrement prolifique : nombre de morceaux nés en Inde figureront plus tard sur l’album The Beatles (communément appelé White Album), ainsi que sur d’autres projets futurs. George Harrison trouve l’inspiration pour ses explorations à la guitare, John Lennon puise dans ses tourments intérieurs pour écrire, tandis que Paul McCartney, toujours avide de productions mélodiques, profite du calme ambiant pour coucher sur papier divers embryons de chansons, dont « Teddy Boy ».

L’écriture de « Teddy Boy » : un regard sur la vie de famille

Paul McCartney travaille ainsi sur un titre évoquant la relation tumultueuse entre une veuve, son fils, et le nouvel amant de celle-ci. L’histoire se veut légère et narrative, dans la lignée d’autres chansons à personnages de Paul. Après avoir jeté les bases de la chanson en Inde, il peaufine « Teddy Boy » en Écosse, où il possède une ferme (refuge qui deviendra plus tard déterminant pour son inspiration après la séparation des Beatles), et finalise certains couplets à Londres.

« Teddy Boy » se présente comme un morceau assez personnel et intimiste. Toutefois, lorsque Paul l’apporte en studio, lors des célèbres sessions de répétition filmées pour le projet Get Back (début 1969), la magie n’opère pas : les autres Beatles ne s’enthousiasment guère pour ce titre, probablement parce qu’il ne correspond pas à l’orientation qu’ils cherchent à donner au projet. À ce moment-là, les dissensions internes au sein du groupe s’accroissent, et la patience de chacun est mise à rude épreuve.

Le rejet par les Beatles : tensions et sarcasmes

Un contexte explosif : la période “Get Back” / “Let It Be”

Au début de l’année 1969, les Beatles s’engagent dans un nouveau concept : revenir à des morceaux plus bruts, répétés en public, avec l’idée de capturer l’essence live du groupe. Le tout est filmé pour un documentaire qui aboutira au film Let It Be. Les sessions se tiennent d’abord aux Twickenham Film Studios, puis aux studios Apple, et l’ambiance se dégrade rapidement. George Harrison se sent sous-estimé, Ringo Starr est lassé par les disputes, John Lennon est de plus en plus absorbé par sa relation avec Yoko Ono, tandis que Paul McCartney tente de maintenir le cap.

C’est dans ce climat déjà tendu que Paul propose « Teddy Boy ». Les premiers essais montrent vite un manque d’enthousiasme général. John Lennon, en particulier, semble peu convaincu par la chanson et interrompt fréquemment l’interprétation par des sarcasmes ou des improvisations moqueuses (chantant, par exemple, des phrases telles que « do-si-do » comme si le morceau n’était qu’une ritournelle sans consistance). Paul, gêné par la situation, tente malgré tout de faire avancer la chanson. Mais entre la désunion ambiante et l’agacement de John, « Teddy Boy » tombe à plat.

Les insultes et moqueries de Lennon

Paul McCartney racontera plus tard que John Lennon n’arrêtait pas de se moquer du morceau, lançant des interjections et des mimiques dédaigneuses. Les deux hommes, jadis complices d’un tandem créatif légendaire, sont à ce stade sur des longueurs d’onde très différentes. Lennon, lassé, préfère jeter son dévolu sur d’autres projets, tandis que Paul estime pourtant qu’il y a quelque chose à creuser dans « Teddy Boy ». Ce fossé entre eux se double d’une tension généralisée au sein du groupe, qui envisage déjà sa désintégration sans toujours vouloir se l’avouer.

La résurrection en solo : l’album McCartney

La fuite en avant de Paul

Face à l’échec cuisant de « Teddy Boy » lors des sessions Beatles, Paul McCartney range la chanson dans ses cartons. Mais en 1969-1970, alors que la rupture des Fab Four se profile, il commence à planifier sa carrière en solo. Son premier album, tout simplement intitulé McCartney, sort en avril 1970, coïncidant presque avec l’annonce fracassante de la séparation du groupe. Cet opus, enregistré chez lui, dans un contexte intime et décontracté, inclut une série de chansons que Paul avait composées mais que les Beatles n’avaient pas utilisées, parmi lesquelles « Teddy Boy ».

Au-delà de l’aspect purement musical, McCartney symbolise pour Paul une envie de se détacher de la pesanteur d’Apple Corps et de se prouver qu’il peut mener son propre navire. Il y joue la plupart des instruments lui-même et retrouve un plaisir de composition spontané. « Teddy Boy » s’y inscrit à merveille, en tant que morceau narratif, léger, qui contraste avec la sophistication orchestrale de certains titres tardifs des Beatles, comme on peut en trouver sur Abbey Road ou Let It Be.

Les propos de Paul sur « Teddy Boy »

Dans le livre Wingspan : Paul McCartney’s Band on the Run, Paul explique que « Teddy Boy » fait partie de ces titres qui n’ont « pas marché » avec les Beatles, précisant que la version du groupe, telle qu’on peut l’entendre sur Anthology 3, reflète bien le manque d’enthousiasme ambiant. Il rappelle qu’à l’époque, les membres du groupe n’avaient guère la patience d’explorer les pistes proposées si elles ne séduisaient pas tout le monde rapidement. Macca ajoute : « Peut-être que je n’avais pas assez fini la chanson. Peut-être que c’était la tension qui s’installait. »

Finalement, en la mettant sur McCartney, Paul permet à « Teddy Boy » de sortir de l’oubli et de prendre place parmi ses premières productions en solitaire, illustrant son habileté à écrire des chansons à l’ambiance familière et mélodieuse, malgré l’absence des harmonies de John, George et Ringo.

Les différentes versions de « Teddy Boy »

La version inédite des Beatles sur Anthology 3

En 1996, les fans découvrent sur The Beatles Anthology 3 une version inédite de « Teddy Boy », issue de deux prises différentes enregistrées lors des fameuses sessions Get Back. Dans cette mouture, on perçoit à la fois le potentiel de la chanson et l’hostilité plus ou moins dissimulée de John Lennon, qui ironise sur certains passages. Pour les historiens et admirateurs, c’est un instantané précieux de l’état d’esprit des Beatles à ce moment-là : un climat pesant, où l’humour pique parfois dangereusement.

L’ajout de la « moquerie » de Lennon dans l’Anthology

Paul McCartney a révélé qu’il souhaitait inclure certaines moqueries de John dans le montage final de « Teddy Boy » pour Anthology 3. Ainsi, lorsqu’on écoute ce morceau, on peut entendre Lennon lancer un « Attrapez vos partenaires, faites-le ! », allusion directe à une danse country. Paul jugeait cette intrusion amusante, malgré la tension qu’elle trahissait, y voyant un exemple de la « friction de bonne humeur » qui persistait malgré tout entre les deux compères.

Grâce à cet ajout, les auditeurs peuvent mesurer l’écart entre une simple plaisanterie potache et les véritables piques venimeuses révélatrices d’une rupture imminente. Même si John Lennon a souvent affiché un tempérament acerbe, son attitude envers « Teddy Boy » signe bien l’exaspération grandissante qu’il ressentait envers Paul (et vice versa).

Portée et symbole de « Teddy Boy » dans la discographie de McCartney

Le reflet du passage de Paul à la carrière solo

Avec « Teddy Boy » dans son premier album, Paul McCartney prouve qu’il possède un vivier de chansons non exploitées par les Beatles, et qu’il entend les faire vivre sous sa propre étiquette. C’est un acte fort, qui illustre la dynamique de 1970 : Paul ne veut plus dépendre de l’approbation du groupe, ni subir les réticences de John ou de George. Il déclare son indépendance créative.

Sur le plan musical, la version de « Teddy Boy » figurant sur McCartney reste assez simple, fidèle à l’esprit homemade qui caractérise l’album. On y retrouve cette facilité mélodique propre à Macca, ainsi qu’une production minimaliste (beaucoup de guitares acoustiques, peu d’instruments additionnels). Les paroles, quant à elles, conservent la tonalité narrative initiale — ce mélange de tendresse et de petite histoire, qui fait parfois penser à des ballades comme « Rocky Raccoon » ou « Ob-La-Di, Ob-La-Da ».

Héritage et reconnaissance tardive

Si « Teddy Boy » n’a jamais été un succès grand public au même titre que « Maybe I’m Amazed » ou « Junk » (autres chansons marquantes du répertoire early-solo de Paul), elle demeure un jalon symbolique. Elle incarne la cassure entre l’époque Beatles et l’ère McCartney en solo. De plus, elle met en lumière les rapports parfois difficiles entre John et Paul, soulignant ce qui se passait dans l’ombre lors de la fragmentation du groupe.

Aujourd’hui, la chanson jouit d’un certain statut culte parmi les fans, qui apprécient son histoire mouvementée et sa place en tant que “morceau repoussé” par les Beatles. On peut considérer qu’en fin de compte, c’est « Teddy Boy » qui a gagné, puisqu’elle a pu être commercialisée, écoutée et aimée, tandis que d’autres ébauches du groupe sont restées dans l’obscurité ou n’ont jamais dépassé le stade des démos.

« Teddy Boy » est l’exemple parfait d’une chanson Beatles mise au placard, avant de renaître dans la discographie solo de Paul McCartney. Composée en Inde en 1968, portée au studio en 1969, rejetée par un John Lennon moqueur, elle a fini par se frayer une place sur l’album McCartney (1970). Au-delà de sa valeur musicale, cette mésaventure illustre les dissensions internes qui précipitaient déjà la fin du groupe le plus célèbre au monde.

Qu’il s’agisse de la lassitude des Get Back sessions, de la tension latente au sein d’un groupe en plein éclatement ou du contraste de tempérament entre John et Paul, l’histoire de « Teddy Boy » incarne l’un des nombreux épisodes où une œuvre, pourtant prometteuse, est écartée par les Beatles en raison du climat pesant de la fin des sixties. Finalement, le morceau a survécu, portant la trace d’une friction notoire et d’une émancipation artistique : pour Macca, cela signifiait non seulement la liberté d’exprimer ses idées, mais aussi de témoigner de la rupture intime avec Lennon. « Teddy Boy » reste donc à la fois un chapitre intime de la discographie post-Beatles et une curiosité révélatrice des coulisses parfois acerbes des Fab Four à l’aube de leur dissolution.

Cet article répond aux questions suivantes :

  • Quelle est l’origine de la chanson “Teddy Boy” de Paul McCartney ?
  • Pourquoi les Beatles ont-ils rejeté “Teddy Boy” ?
  • Comment McCartney a-t-il utilisé “Teddy Boy” dans sa carrière solo ?
  • Quelle est la version de “Teddy Boy” incluse dans Anthology 3 ?
  • Comment John Lennon a-t-il influencé le montage final de “Teddy Boy” ?