George Harrison : Retour sur ses titres numéro 1 et son héritage musical

Publié le 10 janvier 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

George Harrison, souvent surnommé « le Beatle tranquille », a prouvé à maintes reprises que le surnom de « Dark Horse » qu’il s’attribuait n’était pas usurpé. Bien qu’il fût, pendant longtemps, dans l’ombre du tandem Lennon-McCartney au sein des Beatles, il a finalement su imposer sa patte en tant que compositeur, notamment avec l’incontournable All Things Must Pass, son premier album post-Beatles. Contrairement à Paul McCartney ou John Lennon, Harrison n’a jamais cherché à cumuler les sommets dans les hit-parades. Sa démarche était plus spirituelle, et sa musique souvent plus introspective. Malgré tout, le « plus réservé » des Fab Four a réussi l’exploit de placer trois de ses singles en tête des classements, aussi bien aux États-Unis qu’au Royaume-Uni. Revenons en détail sur ces trois titres phares, et voyons ce qu’ils disent de l’univers musical et personnel d’un guitariste de génie, dont l’influence ne s’est jamais vraiment éteinte, même après la dissolution des Beatles.

Sommaire

  • Une identité singulière : du « troisième Beatle » au « Dark Horse »
    • L’héritage des Beatles et la formation du « Dark Horse »
    • Le surnom de « Dark Horse »
  • George Harrison et le succès au sommet des charts
    • Un rapport nuancé au hit-parade
    • Trois numéros un emblématiques
  • « My Sweet Lord » : la fusion spirituelle qui conquiert le monde
    • Un single-phare de All Things Must Pass
    • L’impact d’« My Sweet Lord »
  • « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » : l’apogée d’une période introspective
    • Un single mettant en lumière la dimension spirituelle de Harrison
    • Un record familial : Apple au sommet des charts
  • « Got My Mind Set on You » : le retour inattendu au sommet
    • Un titre puisant dans les années 1960
    • La dimension nostalgique de la fin des années 1980
  • Une carrière au-delà des hit-parades
    • Les Traveling Wilburys et les autres collaborations
    • Une postérité assurée

Une identité singulière : du « troisième Beatle » au « Dark Horse »

L’héritage des Beatles et la formation du « Dark Horse »

Au sein des Beatles, la plupart des projecteurs se braquaient sur John Lennon et Paul McCartney, reléguant de facto George Harrison au second plan. Pourtant, ce dernier s’épanouit progressivement, y apportant une coloration unique grâce à son goût pour la musique indienne et ses aspirations plus spirituelles. Alors que McCartney excellait dans les ballades pop accrocheuses et que Lennon explorait le militantisme et l’expérimentation psychédélique, Harrison, lui, se tournait vers la méditation, la quête introspective et un jeu de guitare empreint de mélodies parfois « orientalisantes ».

Toutefois, dès qu’il entame sa carrière solo, Harrison se libère de la compétition implicite avec Lennon et McCartney, refusant d’être uniquement le « troisième » ou « silencieux » Beatle. Son succès monumental avec All Things Must Pass (1970) démontre que ses talents d’auteur-compositeur égalent et, parfois, surpassent ceux de ses anciens partenaires. Cet album fleuve, porté par un grand élan créatif, révèle un artiste complet, capable de marier son intérêt pour la philosophie hindoue et la pure tradition pop-rock issue de Liverpool.

Le surnom de « Dark Horse »

Harrison choisira plus tard le titre Dark Horse (1974) pour l’un de ses albums, un surnom qui reflète l’idée de « l’outsider qui finit par surprendre tout le monde ». En effet, longtemps perçu comme le « discret » ou le « tranquille », il s’est transformé en un véritable poids lourd de l’industrie musicale, tant par la qualité de ses compositions que par son succès auprès du public. S’il n’a pas aligné autant de numéros un que McCartney, ses simples victoires au sommet des charts restent remarquables, d’autant plus qu’elles émanaient d’un artiste plus concerné par la spiritualité et la sincérité de son expression que par la course aux récompenses.

George Harrison et le succès au sommet des charts

Un rapport nuancé au hit-parade

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Harrison ne visait pas la première place des charts à tout prix. Son écriture se nourrissait surtout de réflexions personnelles, de thèmes religieux ou d’inspirations orientales, ce qui n’est pas le chemin le plus évident pour concocter des hits pop. Pourtant, plusieurs de ses chansons, tantôt méditatives, tantôt accrocheuses, ont finalement trouvé écho auprès du grand public.

Au fil de sa discographie, George Harrison a créé des œuvres très immersives, parfois plus longues à apprivoiser, loin des refrains pop « immédiats » qu’on pouvait associer au style de Paul McCartney, par exemple. C’est précisément cette profondeur, cette honnêteté, qui fait que ses chansons exercent un véritable pouvoir d’attraction sur les auditeurs les plus attentifs.

Trois numéros un emblématiques

Malgré cette démarche plus contemplative, Harrison décrochera trois singles numéro un en Amérique ou au Royaume-Uni, des sommets d’autant plus significatifs qu’ils montrent différentes facettes de sa carrière :

  1. « My Sweet Lord » (1970)
  2. « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » (1973)
  3. « Got My Mind Set on You » (1987)

Au-delà de leurs simples performances dans les charts, chacune de ces chansons donne un éclairage sur l’évolution musicale et spirituelle de Harrison, depuis le choc post-Beatles jusqu’à sa renaissance dans les années 1980, en passant par l’exploration mystique dans les années 1970.

« My Sweet Lord » : la fusion spirituelle qui conquiert le monde

Un single-phare de All Things Must Pass

Lorsque All Things Must Pass sort en 1970, l’industrie musicale découvre avec stupeur que l’ex-Beatle effacé est capable de produire un triple album ambitieux, mélangeant rock, ballades et mantras spirituels. « My Sweet Lord » devient le titre-phare, s’imposant aussitôt comme un hymne planétaire. Sa mélodie lumineuse, portée par un chœur gospel et la guitare slide caractéristique de Harrison, fait mouche.

La chanson se veut une incantation universaliste, célébrant la divinité sous différentes formes (Krishna, par exemple, y est évoqué), tout en utilisant un langage accessible au grand public occidental. Au-delà de la controverse autour du plagiat (involontaire, selon Harrison) de « He’s So Fine » (chanté par The Chiffons), « My Sweet Lord » s’impose comme un véritable tube, se hissant en tête des charts, tant en Amérique qu’en Europe.

L’impact d’« My Sweet Lord »

Le succès colossal de « My Sweet Lord » fait de George Harrison le premier Beatle à décrocher un numéro un mondial en solo. Étonnamment, alors que McCartney sort la même année un album plus modeste (McCartney), et que Lennon exorcise ses démons intérieurs avec John Lennon/Plastic Ono Band, c’est Harrison, considéré comme le moins prolifique du groupe à l’époque, qui obtient le premier triomphe commercial post-Beatles. Si l’on ajoute l’affaire du plagiat, la chanson symbolise aussi l’ambiguïté d’une œuvre portée par une sincérité spirituelle, mais jugée trop proche d’un ancien standard doo-wop. Harrison reconnaîtra son erreur, tout en insistant sur le fait que l’intention demeurait authentiquement spirituelle, sans volonté de voler une mélodie.

« Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » : l’apogée d’une période introspective

Un single mettant en lumière la dimension spirituelle de Harrison

Après le triomphe de All Things Must Pass, George Harrison poursuit sa quête intérieure avec Living in the Material World (1973). Au cœur de cet album résolument introspectif, « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » devient le deuxième single numéro un de Harrison. C’est un morceau plus intimiste que « My Sweet Lord », où Harrison implore la grâce divine et appelle à la paix.

Outre le contenu spirituel, ce single s’inscrit dans un contexte d’après-Beatles où chacun tente de se démarquer. Lennon continue son militantisme politique, McCartney s’affirme avec Wings, Ringo mène une carrière solo inattendue. Harrison, lui, met en avant sa foi et sa philosophie pacifiste, tout en restant fidèle à son jeu de guitare subtil et sa production épurée.

Un record familial : Apple au sommet des charts

Lorsque « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » atteint la première place aux États-Unis, il participe à un record singulier : pour la première fois, les trois premiers titres du classement américain émanent de la bannière Apple. Au sommet trône Harrison, suivi de « My Love » de Paul McCartney et Wings, et de « Will It Go Round in Circles » de Billy Preston (parfois considéré comme un membre honoraire des Beatles, ayant contribué aux sessions de Let It Be).

Ce succès illustre bien la réussite commune de l’univers Apple Records, tout en montrant que, même séparés, les ex-Beatles continuent de régner sur la pop. Surtout, il prouve que Harrison n’a pas qu’un seul coup d’éclat à son actif, mais qu’il poursuit avec assurance sa carrière solo, maintenant un équilibre entre spiritualité et accessibilité musicale.

« Got My Mind Set on You » : le retour inattendu au sommet

Un titre puisant dans les années 1960

Après avoir connu plusieurs hauts et bas dans les années 1970, George Harrison revient sur le devant de la scène à la fin des années 1980 avec Cloud Nine (1987). Produit par Jeff Lynne (Electric Light Orchestra), cet album se distingue par un son plus en phase avec l’époque, tout en préservant les caractéristiques mélodiques de Harrison.

La reprise de « Got My Mind Set on You », un vieux morceau composé par Rudy Clark dans les années 1960 et auparavant enregistré par James Ray, devient un succès immédiat. Grâce au flair de Jeff Lynne en matière de production et à la touche vocale/guitaristique de Harrison, la chanson grimpe au sommet des charts américains. C’est le dernier numéro un de tous les ex-Beatles en solo, Paul McCartney n’ayant plus jamais réussi à le dépasser ensuite.

La dimension nostalgique de la fin des années 1980

Ce succès coïncide avec un certain retour de la nostalgie pour les sixties. Les fans de la première heure (désormais adultes) accueillent chaleureusement la nouvelle proposition de Harrison, tandis que la jeune génération découvre en lui un artiste capable de mélanger de vieux classiques R&B avec un style pop-rock moderne. En adoptant une production brillante et enjouée, Harrison montre qu’il sait s’adapter aux années 1980. « Got My Mind Set on You » devient un hymne pop accrocheur qui prouve la versatilité du guitariste, capable de parler à plusieurs époques et publics à la fois.

Une carrière au-delà des hit-parades

Les Traveling Wilburys et les autres collaborations

Même si Harrison ne retrouve plus le sommet des charts après « Got My Mind Set on You », il continue de produire de la musique de qualité. Peu après Cloud Nine, il co-fonde les Traveling Wilburys aux côtés de Bob Dylan, Jeff Lynne, Tom Petty et Roy Orbison. Loin de viser le succès commercial à tout prix, il y déploie un plaisir musical collaboratif et détendu, qui donne naissance à des morceaux chaleureux et novateurs.

De plus, Harrison ne rechigne pas à des apparitions sporadiques en tant que guest, que ce soit avec d’anciens amis ou pour des concerts caritatifs (comme le fameux Concert for Bangladesh en 1971). Il s’illustre également dans le business, en soutenant la création de la société HandMade Films, qui participera à la production de films cultes (comme Monty Python : La Vie de Brian).

Une postérité assurée

George Harrison est décédé en 2001, emporté par un cancer. Il laisse derrière lui un corpus d’œuvres riche et varié, alternant réflexions spirituelles et pop accrocheuse, ballades mélancoliques et pièces électrisantes. Au fil du temps, les fans, mais aussi la critique, ont réévalué sa contribution dans les Beatles, reconnaissant qu’il ne se limitait pas à un rôle secondaire. Ses trois numéros un reflètent à merveille cette évolution, montrant tour à tour un Harrison mystique (« My Sweet Lord »), contemplatif (« Give Me Love ») et capable d’accoler une touche rock survitaminée à un vieux classique (« Got My Mind Set on You »).

George Harrison n’a jamais eu pour objectif de dominer les hit-parades comme pouvaient le faire Lennon ou McCartney, pourtant, les trois singles avec lesquels il a décroché la première place – « My Sweet Lord », « Give Me Love (Give Me Peace on Earth) » et « Got My Mind Set on You » – forment une trilogie particulièrement révélatrice de son identité musicale. Du souffle spirituel et des guitares chorales de All Things Must Pass aux expérimentations abouties d’un producteur comme Jeff Lynne, en passant par les accents apaisés de Living in the Material World, ces trois numéros un racontent l’histoire d’un artiste qui ne s’est jamais laissé enfermer dans les conventions ni dans la nostalgie du temps des Beatles.

La carrière de Harrison, malgré sa discrétion naturelle, démontre qu’il était bien plus qu’un simple « troisième homme ». Son art, à la fois universel et intime, a su parler à différentes générations de fans, tout en maintenant un lien profond avec la spiritualité et la recherche de sens. Chaque numéro un est alors un jalon, une preuve que même le Beatle considéré comme le plus « en retrait » possédait la force créative nécessaire pour marquer durablement l’histoire de la pop. Et si, au final, ce fut bel et bien Harrison qui décrocha le dernier numéro un d’entre tous les ex-Beatles, ce n’est sans doute pas un hasard, mais l’aboutissement logique de son talent et de sa sincérité.