Critique Ciné : La Damnée (2024)

Publié le 22 janvier 2025 par Delromainzika @cabreakingnews

La Damnée // De Abel Danan. Avec Lina El Arabi, Ouidad Elma et Hicham Belaoudi.

Le cinéma a souvent exploré les thèmes de l'isolement, de la santé mentale et du surnaturel. Avec La Damnée, le réalisateur propose un huis clos psychologique sur fond de pandémie fictive, porté par l'interprétation de Lina El Arabi. Malheureusement, ce qui aurait pu être un thriller captivant finit par s'effondrer sous le poids de ses ambitions, offrant un récit confus et répétitif. La Damnée tente d'aborder de nombreuses thématiques : l'isolement d'une jeune étudiante en pleine crise sanitaire, le poids des traditions et croyances, et la frontière floue entre santé mentale et surnaturel.

Yara, une jeune marocaine de 25 ans venue étudier à Paris, n'a pas quitté son domicile depuis plusieurs mois, car elle est agoraphobe depuis son enfance en raison de terribles événements familiaux. Un soir, une mystérieuse apparition vient perturber son quotidien, et l'oblige à revivre ses pires craintes, la poussant au bord de la folie...

Ce cocktail narratif aurait pu donner lieu à une œuvre singulière et percutante, mais le film échoue à assembler ces éléments de manière cohérente.L'histoire suit Yara, une étudiante installée à Paris, qui lutte contre un mal-être grandissant. Dès les premières scènes, on sent que son équilibre est fragile. Confinée dans son appartement, elle doit affronter ses peurs intérieures, amplifiées par une pandémie fictive. Ce contexte, qui aurait pu ancrer le spectateur dans une tension palpable, devient vite un prétexte pour multiplier les métaphores sans direction claire. Le récit, au lieu de monter en intensité, s'enlise dans une répétition de situations et de symboles qui finissent par perdre leur sens.

Le choix du huis clos dans un appartement exigu aurait pu renforcer l'impression de claustrophobie et d'oppression. Cependant, la mise en scène manque cruellement d'imagination. Les scènes se succèdent sans véritable progression dramatique, et l'ambiance poisseuse, bien que volontaire, finit par étouffer l'intérêt du spectateur plutôt que de le captiver. Le film semble vouloir jouer sur l'ambiguïté : Yara est-elle victime d'un mal surnaturel ou prisonnière de son esprit ? Cette tension, centrale au récit, aurait pu constituer le cœur du film, mais elle est mal exploitée. Les apparitions surnaturelles, censées semer le doute, apparaissent artificielles et prévisibles.

Quant à l'aspect psychologique, il est traité de manière caricaturale, réduisant la schizophrénie de Yara à une série de clichés. Le problème principal réside dans le manque de subtilité. Chaque scène semble appuyée, chaque métaphore surlignée, au point de rendre l'ensemble pesant. L'équilibre entre suggestion et exposition est rompu, et le mystère initial s'effondre rapidement. Malgré les nombreuses failles de La Damnée, Lina El Arabi livre une performance intense. Son interprétation donne à Yara une profondeur et une vulnérabilité qui permettent, dans une certaine mesure, de s'immerger dans son univers. Elle incarne à la fois la fragilité et la détermination, et son regard suffit parfois à transmettre les émotions que le scénario peine à rendre tangibles.

Cependant, même son jeu ne suffit pas à sauver le film. L'actrice est enfermée dans un cadre narratif limité, et son personnage, bien que central, manque d'évolution. Au lieu de voir Yara se transformer ou se libérer, on assiste à une stagnation qui finit par lasser. C'est un véritable gâchis pour une actrice de ce talent, capable de porter des récits bien plus ambitieux.Le principal défaut de La Damnée est son ambition démesurée. Le film veut aborder trop de sujets en trop peu de temps : l'isolement, la maladie mentale, le folklore, la pandémie, et même les inégalités de genre. Cet empilement thématique alourdit le récit et finit par brouiller le propos. Plutôt que de choisir une direction claire, le film s'éparpille.

Par exemple, les éléments de folklore et de malédictions villageoises auraient pu enrichir l'histoire, mais ils restent en surface. Ils apparaissent comme des ajouts inutiles qui n'apportent rien au développement du personnage principal. De même, la pandémie, bien qu'inspirée de nos expériences récentes, n'est qu'un décor qui n'est jamais exploité pour approfondir l'intrigue ou les thématiques. Ce manque de focus se reflète également dans le rythme du film. Après une introduction intrigante, le récit s'enlise et peine à maintenir l'attention. Les scènes s'étirent inutilement, et la tension retombe rapidement, laissant place à l'ennui.

Visuellement, La Damnée s'appuie sur une ambiance sombre et moite pour renforcer son atmosphère. Si cette esthétique fonctionne par moments, elle devient vite répétitive. Les jeux d'ombre et de lumière, censés symboliser l'état mental de Yara, manquent d'originalité. Certaines scènes sont si obscures qu'elles en deviennent illisibles, ce qui nuit à l'expérience du spectateur. Les effets spéciaux, bien que rares, ne convainquent pas. Les apparitions surnaturelles, censées effrayer ou intriguer, semblent datées et peu crédibles. Elles ne provoquent ni peur ni réflexion, mais plutôt une certaine indifférence. Cela est d'autant plus regrettable que le film avait le potentiel de créer une ambiance véritablement oppressante.

Le troisième acte de La Damnée aurait pu racheter les défauts des deux premiers. Malheureusement, le dénouement tombe à plat. Les révélations finales, loin d'apporter une nouvelle perspective ou de bouleverser les attentes, confirment simplement ce que le spectateur avait deviné dès le début. L'ambiguïté disparaît, et avec elle, tout intérêt pour l'intrigue. Le film se termine sur une note qui laisse un goût d'inachevé. Au lieu de provoquer une réflexion ou une émotion durable, il s'éteint doucement, comme une flamme qui n'a jamais vraiment pris. La Damnée avait le potentiel d'être un thriller psychologique marquant, mais il échoue à tenir ses promesses.

En essayant d'en faire trop, le film finit par ne rien faire réellement bien. L'interprétation de Lina El Arabi est sans doute le seul point fort notable, mais elle ne peut compenser un scénario confus, une mise en scène terne et une absence de vision claire. Pour ceux qui recherchent une expérience cinématographique immersive ou une réflexion profonde sur les thématiques abordées, La Damnée risque de décevoir. Ce film est un rappel que l'ambition, sans une exécution rigoureuse, peut vite devenir un fardeau.

Note : 2/10. En bref, une plongée dans l'angoisse qui se perd en chemin, ceci malgré un sujet riche. Ce dernier est très mal maîtrisé et écrase le film sous le poids de ses ambitions.

Sorti le 2 octobre 2024 au cinéma - Disponible en VOD