John Lennon, fondateur des Beatles, a traversé une évolution fascinante dans sa position au sein du groupe. D’abord leader incontesté, incarnant la rébellion et l’énergie brute du rock ‘n’ roll, il a progressivement cédé du terrain à Paul McCartney, notamment dans les dernières années du groupe. Pourtant, après la séparation des Fab Four, Lennon est devenu le principal porte-parole, souvent acerbe, du groupe. Revenons sur cette dualité entre son rôle de leader déchu et son regard critique, notamment sur les reprises des chansons des Beatles, un domaine où Lennon a su se montrer étonnamment élogieux.
Sommaire
- L’évolution de la dynamique Lennon-McCartney
- Un héritage de reprises : des débuts aux influences tardives
- Les reprises approuvées par Lennon : des choix surprenants
- Les Beatles et l’art de rendre hommage
- Un regard critique mais ouvert sur les reprises
L’évolution de la dynamique Lennon-McCartney
Au début des Beatles, John Lennon était la figure dominante, alliant charisme et vision artistique. Cependant, à mesure que le groupe atteignait des sommets, McCartney s’imposait comme le moteur principal de la créativité. Cette transition s’est accentuée à la fin des années 1960, alors que Lennon s’éloignait progressivement des préoccupations du groupe pour explorer des terrains plus personnels et avant-gardistes. La production prolifique de McCartney, son perfectionnisme en studio et son sens mélodique en faisaient naturellement un leader alternatif.
Malgré cette prise de distance, Lennon est resté un critique féroce de l’œuvre des Beatles, y compris de ses propres créations. Il n’a jamais hésité à exprimer son désintérêt, voire son dédain, pour certaines chansons. Cela dit, il était capable de surprendre en louant des reprises de leurs morceaux, reconnaissant ainsi la puissance de leur musique entre les mains d’autres artistes.
Un héritage de reprises : des débuts aux influences tardives
Les Beatles eux-mêmes ont commencé leur carrière en s’appropriant des standards du rock, du rhythm and blues et du skiffle. Des artistes comme Little Richard, Chuck Berry et Buddy Holly ont façonné leur son. John Lennon n’a jamais caché que ces reprises étaient cruciales pour la formation des Beatles. Il confiait en 1968 à Rolling Stone : « J’aimerais faire un disque comme Some Other Guy. Je n’en ai pas fait un qui me satisfasse autant que celui-là. »
L’hypocrisie n’a jamais été dans le style de Lennon. Il reconnaissait que l’art de la reprise avait joué un rôle fondamental dans leur ascension. Pourtant, lorsqu’il s’agissait des nombreuses reprises des Beatles par d’autres artistes, Lennon se montrait souvent critique, jugeant sévèrement les interprétations qui, selon lui, ne rendaient pas justice à leur musique. Mais il y avait des exceptions notables.
Les reprises approuvées par Lennon : des choix surprenants
Lors de cette même interview en 1968, Lennon évoqua cinq reprises de chansons des Beatles qui avaient su capter son attention, voire son admiration. Ces morceaux révèlent autant sur ses goûts musicaux que sur la manière dont il percevait l’impact de leur œuvre dans la culture populaire :
- Fats Domino – Lady Madonna : Lennon considérait la reprise de ce morceau comme un hommage venant d’une légende qu’il admirait profondément. Fats Domino incarnait une figure clé du rock ‘n’ roll, et pour Lennon, son interprétation ajoutait une touche authentique à cette chanson inspirée par le boogie-woogie.
- Ray Charles – Yesterday : Bien que cette ballade mélancolique soit davantage associée à Paul McCartney, Lennon saluait la version de Ray Charles, soulignant la profondeur et l’émotion que le chanteur soul y apportait.
- Ray Charles – Eleanor Rigby : Lennon décrivait cette reprise comme « un groove ». Il était impressionné par l’orchestration de cordes des Beatles, qu’il comparait à la musique des années 1930, et voyait dans la version de Charles une interprétation qui transcendait l’original.
- José Feliciano – Help! : Cette version offrait une relecture émotionnelle et poignante de l’appel au secours de Lennon, révélant un angle plus introspectif.
- José Feliciano – Day Tripper : L’approche unique de Feliciano apportait une nouvelle vie à ce morceau funky, illustrant la capacité des chansons des Beatles à transcender les genres.
Les Beatles et l’art de rendre hommage
Lennon reconnaissait l’importance de rendre hommage aux artistes qui les avaient influencés. Dans un geste de respect mutuel, de nombreux artistes de renom ont repris les chansons des Beatles, souvent pour leur apporter une nouvelle perspective. Lennon soulignait à quel point cette dynamique était un compliment ultime, citant notamment l’exemple de Fats Domino.
Par ailleurs, Lennon évoquait fréquemment l’influence réciproque entre les Beatles et leurs contemporains, comme les Rolling Stones. Il déclarait : « Si nous jouions un disque des Stones aujourd’hui et un disque des Beatles […] vous trouveriez beaucoup de similitudes. Nous sommes tous lourds. Rien que du lourd. »
Un regard critique mais ouvert sur les reprises
En conclusion, John Lennon, bien qu’il fût souvent amer ou critique envers l’héritage des Beatles, savait reconnaître les interprétations qui apportaient une nouvelle profondeur à leur musique. Qu’il s’agisse de José Feliciano ou de Ray Charles, ces artistes offraient des relectures qui enrichissaient les chansons originelles et prouvaient leur intemporalité. Cela montre à quel point Lennon, malgré ses positions tranchées, restait un fervent admirateur de la créativité musicale, qu’elle vienne de lui ou des autres.
Les reprises qu’il appréciait illustrent aussi le rôle des Beatles dans l’histoire de la musique : des artistes capables de transcender les genres, les cultures et les époques.