Sommaire
- Un climat de tensions en 1969
- Les réticences de George Harrison envers le concert sur le toit
- La persuasion de Ringo Starr et la date fatidique du 30 janvier 1969
- Les offres de réunion et la fin des espoirs
- L’héritage de George Harrison après les Beatles
Un climat de tensions en 1969
L’année 1969 est particulièrement mouvementée pour les Beatles. Les séances d’enregistrement de l’album Let It Be (qui ne sortira qu’en 1970) s’effectuent dans un climat pesant : chaque membre du groupe traverse des frustrations diverses, notamment George Harrison, qui peine à faire entendre ses compositions parmi celles, omniprésentes, de Lennon et McCartney. Il vient pourtant de signer quelques-unes de ses plus belles chansons, à l’instar de « While My Guitar Gently Weeps », « Something » ou encore « Here Comes the Sun ».
C’est également l’époque où les caméras filment de près la vie du groupe : le projet initial, baptisé Get Back, vise à montrer les Beatles en pleine création. Mais les tensions sont si palpables que George Harrison prend brusquement la décision de quitter le groupe pendant quelques jours en janvier 1969. Il écrit alors dans son journal qu’il a envie de passer à autre chose et parle même de publier une annonce dans le New Musical Express pour trouver des musiciens prêts à jouer ses morceaux à sa place…
Les réticences de George Harrison envers le concert sur le toit
Lorsque l’idée d’un concert de « retour » (le fameux Get Back) germe, elle prend d’abord plusieurs formes fantasques : un spectacle dans un amphithéâtre romain, une prestation sur un paquebot, voire un concert dans le désert. Finalement, c’est l’option plus simple d’une performance sur le toit de l’immeuble d’Apple Corps (situé au 3 Savile Row, dans le quartier de Mayfair à Londres) qui est retenue.
Contrairement à la légende qui évoque « le toit d’Abbey Road », il s’agit en réalité de celui du siège d’Apple Corps. Dans le documentaire « The Beatles: Get Back » réalisé par Peter Jackson, on voit clairement George Harrison manifester son désaccord à l’idée de jouer en public, fût-ce sur un toit. On l’entend dire :
« Peu importe, je le ferai si nous devons aller sur le toit… Mais je ne veux pas aller sur le toit. Bien sûr que je ne veux pas monter sur le toit ! »
Harrison, qui vient de renouer avec le groupe après son bref départ, est encore échaudé par le climat conflictuel au sein des Fab Four. Il craint de se ridiculiser ou de participer à une performance peu préparée. Pourtant, malgré ses réserves, un élément va le faire changer d’avis.
La persuasion de Ringo Starr et la date fatidique du 30 janvier 1969
Le déclic provient de Ringo Starr, le batteur du groupe et ami de longue date de George. Ringo soutient l’idée d’un concert en plein air – si insolite soit-il – et confie qu’il aimerait vraiment « faire quelque chose de marquant » pour le projet Get Back. Devant l’enthousiasme de Ringo et l’insistance de Paul et John, George finit par accepter.
C’est ainsi que le 30 janvier 1969, les Beatles – accompagnés de Billy Preston aux claviers – gravissent les marches qui mènent au toit du bâtiment d’Apple Corps. Sous un froid hivernal et face à un public londonien d’abord surpris, ils interprètent notamment « Get Back », « Don’t Let Me Down », « I’ve Got A Feeling », « One After 909 » et « Dig A Pony ». Les policiers, alertés par le vacarme et le rassemblement de passants dans la rue, ne tarderont pas à interrompre le concert, mettant fin à la toute dernière prestation live des Beatles.
Les offres de réunion et la fin des espoirs
Après l’ultime concert sur ce fameux toit, les Beatles finalisent l’album Let It Be et sortent « Abbey Road » (enregistré quelque temps plus tôt) en septembre 1969. Ils se séparent officiellement en avril 1970.
Par la suite, de nombreuses offres faramineuses tenteront de réunir les Fab Four. Ringo Starr a notamment révélé qu’en 1976, un promoteur proposa la somme astronomique de 50 millions de dollars (équivalant aujourd’hui à plus de 200 millions de livres sterling) pour une reformation unique du groupe. L’idée séduit brièvement Paul, John, George et Ringo, mais un désaccord vient briser cette perspective : le promoteur voulait en première partie… un homme qui mordrait un requin. Plus exactement, l’aventurier australien Wally Gibbins projetait de combattre un grand requin blanc de 14 pieds « jusqu’à la mort » en direct, avant que les Beatles ne jouent. Cette proposition, jugée sordide par le groupe, fait avorter le projet de réunion.
Jusqu’à la disparition de John Lennon en 1980, certains membres sont convaincus qu’ils finiront par se retrouver pour un concert. Les rumeurs de reformation subsisteront longtemps, alimentées par les rencontres ponctuelles entre Paul McCartney et Ringo Starr sur scène (notamment à Londres en 2018, où Ringo rejoint Paul pour quelques titres). Toutefois, la réunion complète des Beatles ne s’est jamais concrétisée.
L’héritage de George Harrison après les Beatles
George Harrison, parfois surnommé « le troisième Beatle », se lance avec succès dans une carrière solo après la séparation du groupe. Son album « All Things Must Pass » (1970) rencontre un immense succès critique et commercial. Il fonde par la suite le supergroupe Traveling Wilburys en compagnie de Bob Dylan, Tom Petty, Jeff Lynne (Electric Light Orchestra) et Roy Orbison.
Néanmoins, l’épisode du concert sur le toit en 1969 demeure marquant : il symbolise à la fois la fin d’une époque et la force créative des Beatles, capables de rebondir en dépit de leurs différends pour offrir à la postérité un moment d’anthologie. George Harrison, malgré son opposition initiale, est ainsi devenu l’un des artisans essentiels de cette dernière apparition publique.
Le refus initial de George Harrison d’apparaître lors du concert sur le toit d’Apple Corps témoigne des tensions qui minaient les Beatles en 1969. Son changement d’avis, sous l’impulsion d’un Ringo Starr enthousiaste, a permis d’achever en beauté l’histoire scénique du groupe. Restée fameuse comme la dernière prestation live des Beatles, cette performance improvisée continue de fasciner près de cinquante-cinq ans après sa tenue.
Les offres de réunion manquées et les regrets qu’elles ont pu susciter n’entament en rien la légende de ce moment unique. Il reste l’un des gestes artistiques les plus marquants d’une formation dont l’influence et la magie persistent toujours, bien au-delà de leurs querelles internes. Quant à George Harrison, souvent sous-estimé par rapport au duo Lennon-McCartney, il a définitivement prouvé par ses compositions et sa carrière solo qu’il était un musicien de génie : un Beatle à part entière, capable de s’opposer au groupe quand nécessaire, mais aussi d’accepter la scène pour signer l’un des derniers éclats de leur fabuleuse histoire.