George Harrison et l’odyssée musicale de Wonderwall Music : quand l’Inde rencontre l’Occident

Publié le 12 février 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En novembre 1968, alors que le monde du rock est secoué par la sortie de The White Album des Beatles, George Harrison, le “quiet Beatle”, dévoile un projet personnel et expérimental qui marquera l’histoire de la musique : Wonderwall Music. Premier album solo d’un membre des Beatles et premier album publié par le label Apple Records, cet opus instrumental s’inscrit dans une quête artistique et spirituelle qui anime Harrison depuis plusieurs années. Parmi les titres les plus fascinants de cet album figure Tabla And Pakavaj, une composition qui incarne à elle seule le dialogue musical entre l’Orient et l’Occident.

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Wonderwall Music : une bande-son aux frontières du réel

L’album Wonderwall Music sert initialement de bande originale au film Wonderwall, une production psychédélique britannique réalisée par Joe Massot. Le film, véritable ovni cinématographique, narre l’histoire d’un professeur solitaire qui espionne sa voisine mannequin à travers un mur troué. La musique d’Harrison accompagne cette intrigue de manière presque onirique, alternant entre morceaux occidentaux aux sonorités psychédéliques et compositions indiennes traditionnelles.

Pour enregistrer cet album, George Harrison fait appel à des musiciens indiens de renom, qu’il a rencontrés lors de ses voyages en Inde et de ses collaborations avec Ravi Shankar. Le projet, enregistré en janvier 1968 entre Londres et Bombay, est un laboratoire sonore où se croisent le rock psychédélique et la musique classique indienne.

Tabla And Pakavaj : une immersion dans le répertoire rythmique indien

Parmi les morceaux de l’album, Tabla And Pakavaj occupe une place particulière. Contrairement à d’autres titres de l’album, il ne figure pas dans le film Wonderwall, mais sa présence dans l’album n’est en rien anodine. Son titre fait directement référence aux deux instruments principaux qui le composent : le tabla, percussion emblématique de la musique indienne, et le pakavaj, un tambour cylindrique plus ancien et souvent utilisé dans la musique dhrupad, une forme classique de la tradition hindoustanie.

Le jeu du tabla, assuré par des virtuoses tels que Shankar Ghosh et Mahapurush Misra, est d’une précision impressionnante. Ces percussions ne sont pas simplement un accompagnement, mais bien le cœur du morceau, construisant des motifs rythmiques complexes et hypnotiques. Le pakavaj, quant à lui, confère une profondeur supplémentaire à la composition, ajoutant des résonances graves qui contrastent avec la vivacité des tabla.

La rencontre entre tradition et modernité

Dans Tabla And Pakavaj, George Harrison ne joue pas directement, mais son influence est omniprésente. Fasciné par la musique indienne, il agit en curateur et en passeur culturel, mettant en lumière des artistes exceptionnels et leur savoir-faire ancestral. Cette démarche illustre parfaitement son évolution musicale et spirituelle. Après avoir introduit le sitar dans le rock avec Norwegian Wood en 1965, puis approfondi son apprentissage sous la tutelle de Ravi Shankar, Harrison pousse ici l’expérience encore plus loin en offrant un espace d’expression purement indien au sein d’un album destiné à un public occidental.

Le morceau, avec ses cycles rythmiques sophistiqués, ses envolées percussives et sa richesse sonore, transporte l’auditeur dans un voyage sensoriel unique. Il incarne l’essence même de Wonderwall Music : un pont entre deux mondes, un dialogue entre des traditions musicales millénaires et les aspirations créatives d’un artiste en quête de nouveautés.

Un héritage toujours vivant

Aujourd’hui, Wonderwall Music demeure une curiosité dans la discographie de George Harrison, souvent éclipsé par ses albums solos post-Beatles comme All Things Must Pass. Pourtant, il s’agit d’une pièce essentielle pour comprendre l’évolution artistique du musicien et son rôle dans la diffusion de la musique indienne à travers le monde.

Quant à Tabla And Pakavaj, il illustre à merveille cette fusion des cultures qui a marqué la carrière de Harrison. Dans une époque où les musiques du monde sont plus accessibles que jamais, ce morceau résonne toujours comme un symbole d’ouverture et d’expérimentation. Il nous rappelle que la musique est un langage universel, capable de transcender les frontières et les époques, pour peu que l’on ait l’audace de l’explorer.