Jimmie Nicol : L’homme qui fut un Beatle pendant dix jours

Publié le 13 février 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Il y a peu d’histoires plus fascinantes et éphémères dans la légende des Beatles que celle deJimmie Nicol. Pendant dix jours enjuin 1964, cebatteur londonien inconnu du grand publicse retrouva sous les projecteurs du monde entier en remplaçantRingo Starr, malade, lors de la tournée mondiale du groupe.

De l’excitation soudaine à l’oubli le plus total, l’histoire de Jimmie Nicol est un récit poignant de gloire instantanée et de descente aux enfers.

Sommaire

L’opportunité de sa vie

Jimmie Nicol naît le3 août 1939à Londres. Batteur talentueux, il se fait un nom dans le milieu du rock britannique en jouant commemusicien de session, enregistrant notamment des albums dereprises des Beatlespour le labelTop Six.

Enjuin 1964, sa vie bascule en quelques heures.Ringo Starr tombe malade– victime d’une sévèreamygdalite– etle début de la tournée mondiale des Beatles est menacé. Annuler était impensable.

C’estGeorge Martin, le producteur du groupe, qui pense à Nicol.Ce dernier connaissait déjà le répertoire des Beatles, ayant joué sur un album de reprises destiné aux fans n’ayant pas les moyens d’acheter les disques originaux.

“Jimmie Nicol était un très bon batteur. Il a appris les parties de Ringo rapidement et il a fait un excellent travail. Évidemment, il a dû répéter avec les gars. Ils sont venus à Abbey Road et ont travaillé sur toutes les chansons avec lui.”
George Martin,Anthology

Le3 juin 1964,Nicol reçoit un appel téléphonique de George Martin.Quelques heures plus tard, il se retrouveà Abbey Road, en train derépéter six morceaux avec John, Paul et George:

  • I Want To Hold Your Hand
  • She Loves You
  • I Saw Her Standing There
  • This Boy
  • Can’t Buy Me Love
  • Long Tall Sally

Moins de24 heures après, il est en route pour leDanemarkavec les Beatles, et le soir-même, il jouedevant des milliers de fans en transe.

Dix jours de Beatlemania

Dès sonpremier concert, le4 juin 1964 à Copenhague, Jimmie Nicol découvre lafoule hystériquequi suit les Beatles partout. Il porteles costumes de Ringo(ajustés avec des pinces à linge !) ettente de reproduire à l’identique son jeu de batterie.

“Les garçons ont été très gentils, mais je me sentais comme un intrus. Ils m’ont accepté, mais on ne peut pas juste débarquer dans un groupe comme ça. Ils ont leur propre atmosphère, leur propre humour. C’est un petit cercle fermé, et les étrangers ne peuvent pas y entrer.”
Jimmie Nicol

Pendant dix jours, il participe à desconférences de presse, joue dans desstades bondéset vitl’expérience unique de la Beatlemania. Il fait escale auxPays-Bas, à Hong Kong et en Australie, jouant un total de10 concerts et une émission télévisée.

Maistout bascule le 14 juin 1964.

L’oubli brutal

ÀMelbourne,Ringo Starr rejoint le groupe après sa convalescence. Pendant que le batteur officiel retrouve sa place sur scène,Jimmie Nicol est discrètement mis sur un vol retour vers Londres.

“Je me suis senti comme un enfant illégitime qu’on renvoyait chez lui après que la famille ait retrouvé son membre perdu.”
Jimmie Nicol

Personne ne l’accompagne à l’aéroport,aucune cérémonie d’adieu.Brian Epstein lui donne une poignée de main, une montre gravée avec un message de remerciement et un chèque, puisil disparaît du cercle Beatles aussi vite qu’il y est entré.

De la gloire à l’oubli

À son retour en Angleterre, Jimmie Nicol tentede capitaliser sur son passage chez les Beatles. Il forme un groupe,The Shubdubs, et sort deux singles qui échouent à se vendre.

En1965, il est en faillite.

Pendant plusieurs années, il tente derelancer sa carrière, jouant enSuède et au Mexique, où il travaille même dansune usine de boutonspour survivre. Maisl’ombre des Beatles est trop grande.

“Quand on a connu le sommet, on ne peut pas se contenter du reste.”
Jimmie Nicol

Sonnom disparaît peu à peu de la scène musicaleetil refuse de s’exprimersur son aventure avec les Fab Four. Contrairement à d’autres,il ne cherchera jamais à monétiser son histoire.

Un héritage discret dans l’histoire des Beatles

SiJimmie Nicolestpresque oublié aujourd’hui, il a pourtant laissé une empreinte indirecte sur le répertoire des Beatles.

Son expression favorite,“It’s getting better”, qu’il répétait chaque jour quand on lui demandait comment il allait,a inspiré Paul McCartneypour l’un des morceaux phares deSgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Banden 1967 :

“Martha (mon chien) courait autour de Primrose Hill et le soleil brillait. J’ai pensé : ‘C’est en train de s’améliorer’.
Ça m’a fait sourire, parce que c’était une phrase de Jimmie Nicol. Il l’utilisait tout le temps en Australie. J’en ai parlé à John et nous avons écrit la chanson.”
Paul McCartney

Même après la séparation des Beatles, son nom resurgit occasionnellement. Lors des sessions deLet It Been 1969, alors qu’ils discutent d’un concert, McCartney lâche :

“Je pense que nous n’irons pas à l’étranger, parce que Ringo a mis son veto… mais peut-être que Jimmie Nicol pourrait y aller à sa place !”

Que devient Jimmie Nicol ?

Après son départ du monde de la musique, Jimmie Nicolmène une existence discrète.

En2005, une enquête duDaily Mailrévèle qu’ilvit reclus à Londres, refusanttoute interview et toute invitation liée aux Beatles.

Dansl’une de ses rares prises de parole en 1987, il confiait :

“Quand les fans oublient, ils oublient pour toujours. Après cette période, j’ai joué quelques années puis j’ai quitté la scène musicale.
J’ai parfois pensé à écrire un livre ou à monnayer mon histoire… mais la vérité, c’est que les Beatles ont été bons avec moi. Et je ne voulais pas leur marcher sur les pieds.”

Jimmie Nicol, l’homme qui aurait pu être un Beatle ?

Jimmie Nicoln’aura été un Beatle que pendant dix jours, mais il a connul’intensité de la Beatlemania, côtoyéJohn, Paul, George et Ringo, et joué devantdes foules déchaînées.

Mais aprèsla lumière aveuglante, il a connul’ombre profonde de l’oubli. Son passage éclairela brutalité de la célébrité, et comment elle peuts’évanouir en un instant.

Aujourd’hui, il resteune figure de légende pour les fans des Beatles,l’homme qui remplaça Ringo, puis disparut.