Le dernier repas de John Lennon, l’une des figures les plus emblématiques de la musique du XXe siècle, symbolise à lui seul l’ironie tragique de la condition humaine. Banal dans son essence mais teinté d’une signification presque poignante à la lumière des événements qui ont suivi, ce simple sandwich au corned-beef est devenu, comme son assassin Mark David Chapman, une composante macabre de l’histoire. Revenons sur cette soirée fatidique du 8 décembre 1980 et sur le contexte qui l’entoure.
Sommaire
- Un jour ordinaire, jusqu’à l’extraordinaire
- Un sandwich au corned-beef : le dernier repas d’une icône
- La tragédie : un acte de violence incompréhensible
- Le poids des gestes simples
- La banalité de l’ultime
Un jour ordinaire, jusqu’à l’extraordinaire
La journée du 8 décembre 1980 débuta comme bien d’autres pour John Lennon et Yoko Ono, avec une série d’activités créatives et professionnelles. Lennon venait de signer son grand retour avec Double Fantasy, un album personnel célébrant sa vie familiale, sa renaissance artistique et sa complicité avec Yoko Ono. Ce jour-là, il participa à une séance photo avec Annie Leibovitz pour la couverture du Rolling Stone, capturant une image devenue iconique : Lennon nu, lové contre Ono. Il accorda également une interview au réseau radio RKO, qui serait sa dernière.
En soirée, John et Yoko se rendirent aux studios Record Plant pour finaliser le mixage de “Walking on Thin Ice”, une chanson d’Ono sur laquelle Lennon jouait de la guitare. Avant de quitter leur domicile au Dakota, Lennon rencontra Mark David Chapman devant l’immeuble. Chapman, un fan devenu obsessionnel, lui demanda de signer son exemplaire de Double Fantasy. Lennon, toujours courtois, s’exécuta. Un geste simple et poli, mais qui résonne tragiquement avec ce qui allait suivre.
Un sandwich au corned-beef : le dernier repas d’une icône
Selon James L. Dickerson dans Last Suppers : If the World Ended Tomorrow, What Would Be Your Last Meal, Lennon fit un détour dans une épicerie fine avant de retourner chez lui pour commander un sandwich au corned-beef accompagné d’une tasse de thé. Ce choix étonna, car Lennon et Ono avaient été des partisans convaincus du végétarisme dans les années 1970. Toutefois, Lennon avait récemment admis, dans une interview pour Playboy en 1980, avoir adopté une approche plus flexible, se laissant parfois aller à des exceptions alimentaires. Il déclara avec humour qu’il cédait à des envies occasionnelles de malbouffe, un contraste frappant avec son régime macrobiotique à base de produits complets.
Le sandwich au corned-beef, avec son mélange salé et réconfortant, est typiquement associé aux épiceries fines new-yorkaises. Ce dernier repas anodin, dans une ville bouillonnante d’énergie, prend une dimension symbolique. Il rappelle à quel point même les moments les plus simples peuvent être teintés d’ironie lorsqu’ils sont regardés à travers le prisme de la mortalité.
La tragédie : un acte de violence incompréhensible
Quelques heures plus tard, Lennon rentra au Dakota avec Yoko Ono. Devant l’entrée de l’immeuble, Mark David Chapman l’attendait toujours. Armé d’un revolver .38, Chapman abattit Lennon de quatre balles dans le dos alors que celui-ci montait les marches. L’un des assassins les plus infâmes de l’histoire moderne justifia son acte par un mélange de fanatisme religieux, de jalousie et de ressentiment envers Lennon, qu’il accusait de trahison envers ses idéaux.
Lors de son audience de libération conditionnelle en 2012, Chapman se souvint avec précision de la courtoisie de Lennon au moment de signer son disque, un contraste glaçant avec la violence qu’il s’apprêtait à commettre. “Il a été très gentil et patient avec moi”, a-t-il déclaré. “Un homme très cordial et décent.”
Le poids des gestes simples
En évoquant le dernier repas de Lennon, un simple sandwich au corned-beef, il est difficile de ne pas réfléchir à la manière dont la banalité peut précéder l’inimaginable. Ce repas, tout comme les derniers moments de Lennon, incarne l’éphémère, la fragilité de la vie et la cruauté du destin. Ce n’était qu’un sandwich, une tasse de thé, une fin de soirée banale. Et pourtant, pour les fans de Lennon et les amateurs de musique du monde entier, cette banalité est devenue une partie intégrante d’une histoire inoubliable.
Plus qu’un simple détail, ce repas illustre l’ironie tragique de la condition humaine : même les icônes les plus grandes et les plus idéalisées partagent avec nous des moments ordinaires, des repas simples, avant que l’extraordinaire — ou l’impensable — ne frappe.
La banalité de l’ultime
Le dernier repas de John Lennon est une fenêtre sur la banalité et l’humanité d’un homme souvent perçu comme une légende. Il rappelle également que derrière les mythes et les icônes, il y a une vie ordinaire, des goûts personnels et des gestes simples. Ce sandwich au corned-beef ne raconte pas seulement l’histoire d’un repas, mais celle d’un homme, avec ses contradictions et sa fragilité, emporté trop tôt par un acte insensé.