On peut, en ce moment, y voir une soixantaine de petites mais aussi d'immenses peintures d'Olivier Morel, essentiellement ses forêts et ses montagnes qui, bien que frôlant l'abstraction, sont si puissantes que notre regard y plonge avec fascination.
Le hasard fait que je connaissais un peu son
travail pour avoir remarqué la commode Restauration qu'il avait sublimée à l'occasion de ma visite de l'exposition Les aliénés au Monument national.Le rez-de-chaussée du pavillon est consacré aux forêts, ensuite on s'élève à l'étage aux montagnes. Il a tenu à intituler l'exposition en utilisant le verbe "être" parce qu'il implique une expérience réelle, physique et que l'artiste a pour objectif d'immerger le spectateur dans l'expérience de la marche dans la nature.Ce n'est pas un peintre abstrait, mais c'est une évidence que ses créations s'en approchent néanmoins. Il s'en explique lui-même, disant viser l'affirmation d'une forme de plus en plus épurée, la synthétisation de l'espace par élimination d'éléments superflus, la saturation des couleurs, l'impulsion d'un geste cherchant à transmettre l'énergie vitale de toute manifestation, caractérisent l'ensemble de ses œuvres.Il est probable que son inclinaison pour la philosophie taoïste qui se concentre sur l'essentiel y est pour quelque chose tout comme sa fascination pour les massifs montagneux.
Il ne doute pas de la vocation de la peinture de témoigner de ce qui a été et qui peut-être une sera plus. Même s'il est difficile de mesurer des variations et a fortiori de les considérer comme définitives, il n'empêche qu'il voit combien les glaciers ont reculé en l'espace de 5-6 ans.
Il est rare qu'un artiste soit aussi transparent sur sa méthode de travail. Non seulement il répond à toutes les questions avec patience mais en plus il réalise fréquemment des vidéos filmant l'intégralité du processus créatif qu'il monte ensuite en gardant les moments le plus pertinents pour permettre au néophyte comme au professionnel de bien le comprendre. Il est aussi toujours partant pour mener des médiations culturelles avec différents publics.
Sa parole est vraie. Il prévient que si la video témoigne du processus de création elle doit être considérée comme une fiction. Cette mise en scène du travail pourrait donner une impression erronée d'apparente aisance. C'est le résumé de 5 à 10 séances de travail de chacune 3 à 4 heures. Le tout résumé à une dizaine de minutes. Malgré cet inconvénient cela reste un outil de communication et un moyen de désacraliser le geste créatif.
Ses pinceaux sont fins ou très larges, en fonction de ce qu'il cherche à produire. C'est une sorte de buisson de brosses qui émerge d'un énorme pot dans son atelier. Il peut en utiliser une vingtaine simultanément. Sa palette est un simple morceau de carton récupéré car l'artiste est sensible au recyclage.
Le peintre a beaucoup arpenté la forêt de Montfort-sur-Risle qui est la plus petite (2077 hectares), la plus vallonnée et la plus "vosgienne" des forêts domaniales de Normandie. On y trouve une grande variété d’essences où dominent les résineux : pins sylvestres, épicéas et douglas. Mais, de plus en plus, les feuillus reprennent leurs droits : outre le hêtre et le chêne déjà bien implantés viennent le merisier, l’aulne blanc ou l’alisier qui se développent grâce à la politique de biodiversité menée par l’Office National des Forêts chargé de la gestion de cette forêt.
Olivier Morel est entré aux Beaux-Arts en 1989 après un cursus scientifique au cours duquel il étudia la physique quantique et la théorie des trous noirs. Gravure, peinture, et sculpture nourrissent sa création et il reste admiratif de la peinture chinoise.L'artiste rapproche la pratique de la peinture de celle du zen. Comme il le précise sur son site, peindre signifie "être le motif", ne faire qu'un avec lui afin de restituer ce qui le constitue, son énergie interne, sa structure, sa nature. Être forêt, être montagne, c'est sentir en soi la puissance des arbres et des roches, la circulation de la sève, la sédimentation, le déploiement des feuilles, le roulement des eaux, l'obduction des plaques tectoniques.Les noms des oeuvres apparaissent comme des codes. Ainsi la première à gauche à l'étage est Sixt 67 · Année : 2023 · Acrylique sur toile de lin · Taille : 130 x 162 x 2 cm . Toutes les montagnes appartiennent à la série Sixt et les futaies à la série ForêtN'hésitez pas : il est rare de bénéficier d'une exposition de ce niveau en accès libre. L'endroit est précieux en ces temps d'annonce de réductions budgétaires dans le domaine de la culture. J'ajoute que l'artiste sera présent pour assurer de nombreuses médiations, programmées pour tous les âges, de la petite enfance aux séniors. Renseignements sur le site de la ville.Sa gravure Labyrinthe 2K2 a été acquise en mai 2019 par le Mobilier National en vue de la réalisation d'un tapis dont le tissage a débuté en novembre 2021 à la Manufacture de la Savonnerie à Paris. Être forêt, être montagne d'Olivier Morel Du 4 février au 1er mars 2025Vernissage le vendredi 7 février à 19h
Pavillon des Arts et du Patrimoine
98 rue Jean Longuet, 92290 Châtenay-MalabryEntrée libre