Pour des raisons d'emploi du temps, j'ai assisté à une séance scolaire. Rarement les enfants ont été à ce point "scotchés" par une performance. Attentifs et heureux. Silencieux et pourtant totalement présents.
Ils avaient été prévenus que les intermèdes plongeraient le chapiteau dans un noir absolu pouvant être inquiétant. Cette précaution est importante pour apporter un instant de répit et permettre de restaurer l'attention.
Un artiste entre, nuant la difficulté de trainer son fardeau jusqu'à être bloqué sans comprendre pourquoi, tel Sisyphe qui transcende le piège au moyen d'une chorégraphie subtile, à moins que ce ne soit une prière, et trouve le moyen de se libérer, non pas du fardeau mais de l'oppresseur. Les enfants applaudissent.
Deuxième tableau avec la barre de cuivre qui provoque une autre fuite face à une autre menace. Le duo doit prendre de l'avance sur l'objet, suivre ou devancer sa course, tourner en rond, aider, porter secours, se rendre la pareille, s'en amuser, faire rire les enfants, tomber pour mieux se relever, trouver le moyen de se mettre à l'abri sans s'enfuir quand le temps s'accélère.
Troisième épreuve pour cette femme et cet homme, coincés sur un caillou, sans pouvoir maintenir la distance entre leurs corps, laisser échapper un petit cri, faillite t se reprendre, se ressaisir, vivre l'instant avec humour et dans le silence, tenter l'impossible sourire et surtout … jouer alors qu'on imagine la mer monter tout autour.
Alors rattraper la balle au bond, réinventer la balançoire, lutter, éprouver sa force, s'accrocher, s'entêter, voler, affronter (une vague peut-être) sous un ciel de soucoupe volante, et gagner, enfin.
La scène suivante démontre qu'une glissade en précipite une autre. l'instant est bref mais suffit à réinventer le char à voile, le bateau, mettre les bouts.
Avec le retour du tube de cuivre tout est remis d'équerre. Il faut malgré le poids, domestiquer, dompter le mouvement. Nous étonner, anticiper, surprendre dans jamais se laisser prendre au jeu. Conjuguer géométrie et physique(s). Subir ou arrêter le temps en inversant le cours de l'histoire.
Les voici de retour sur la pierre où ils vont danser sur leur (petit) nuage. Glisser, chuter, danser plus vite en obéissant à la musique.
Puis prendre ce poids, se le coltiner, lutter, se frotter, se confronter, s'acharner. Ensuite glisser sur le sable avec une échelle avant de sortir du puits en grimpant.
Retour du cuivre avec elle. On se recule instinctivement alors que nous ne craignons rien. Défier, piailler, faire rire les enfants. Réinventer 1, 2, 3, soleil, faire pouce, chercher à se mettre à l'abri, et puis jongler.
Nous quitterons subjugués le paysage sonore et l'univers de ces artistes, placés dans des situations précaires face à un monde en constante transformation qu'ils sont parvenus à maitriser avec espièglerie, sans jamais se départir d'un sourire très contagieux. Ils n'ont cessé de choisir entre la tentation de contrôle, l’attrait du jeu, ou l’humilité de ne pas se frotter à plus fort que soi. Leur spectacle est une suite de métaphores visuelles sur les notions de risque et de légèreté. Il nous encourage à suivre notre chemin malgré nos propres embuches.
Comme promis, la bande-annonce :
La compagnie Un loup pour l’Homme, à travers sa pratique des portées acrobatiques, démontre une fois encore sa vision de l’humanité faite d’êtres sociaux, différents autant que dépendants les uns des autres.
Artistes de cirque : Leon Börgens, Pablo Escobar, Alexandre Fray, Špela Vodeb
Musiciens live : Joris Pesquer et Enguerran Wimez / Dalès
Scénographie : Miriam Kooyman
Création lumière : Bastiaan Schoof
Costumes : Nola van TimmerenDu 31 Janvier au 9 Février 2025 à 14 h 30, 16 H, 18 h ou 20 h 30 selon les jours
Espace Cirque, Rue Georges Suant, 92160 AntonyAccessible à partir de 6 ans