Sommaire
- Une chanson née d’une émotion spontanée
- Une composition d’une simplicité trompeuse
- L’enregistrement : entre Los Angeles et Londres
- Un titre sous-estimé mais essentiel
Un final intime pour un album introspectif
Sorti en 2005, Chaos and Creation in the Backyard marque un tournant artistique majeur dans la carrière de Paul McCartney. Produit par Nigel Godrich (Radiohead, Beck), cet album rompt avec le son habituel de Macca, en mettant en avant une production plus minimaliste, où l’émotion brute se mêle à une approche musicale raffinée.
En guise de clôture, McCartney nous offre “Anyway”, une ballade douce et mélancolique qui, derrière sa simplicité apparente, cache une richesse musicale et une sincérité désarmante.
Une chanson née d’une émotion spontanée
Paul McCartney décrit “Anyway” comme une chanson qui s’est imposée à lui de manière naturelle.
“C’était une petite chanson qui est devenue plus grande. Les pensées qu’elle exprime sont modestes, mais une fois mises en musique, elles prennent une ampleur inattendue. Et ces surprises, c’est pour elles que je fais de la musique.”
— Paul McCartney, Conversations with McCartney, Paul Du Noyer
L’inspiration de “Anyway” semble venir d’un mélange d’influences musicales et d’images mentales. Macca explique avoir ressenti une atmosphère du sud des États-Unis, évoquant Charleston ou Savannah, et même un léger parfum de Randy Newman.
“Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais cette sensation d’être dans le sud profond des États-Unis. Il y avait quelque chose dans les accords qui me rappelait cette ambiance… J’ai même cru, à un moment, que je faisais une chanson à la Randy Newman !”
McCartney commence par une simple phrase :
“If you need me, won’t you call me?”
Une déclaration d’amour sincère et dépouillée, qui s’épanouit ensuite dans un refrain plus large, plus universel.
Une composition d’une simplicité trompeuse
Musicalement, “Anyway” repose sur une structure simple mais élégante. Loin des orchestrations complexes de certains titres de McCartney, cette chanson s’articule autour de piano délicat, d’accords chaleureux et d’une mélodie poignante.
Mais la magie réside dans la montée émotionnelle subtile, portée par une orchestration discrète mais puissante, signée Joby Talbot, qui dirige le Millennia Ensemble à AIR Studios, Londres.
L’un des moments forts est le pont :
“Only love is strong enough to take it on the chin…”
Cette phrase, presque anodine, donne une profondeur à la chanson, évoquant l’acceptation des épreuves dans l’amour et la vie.
L’arrangement de cordes sublime la mélodie, ajoutant une touche de grâce et d’élégance qui rappelle parfois le travail de George Martin sur les albums des Beatles.
L’enregistrement : entre Los Angeles et Londres
McCartney a enregistré “Anyway” en novembre 2004 à Los Angeles. Le titre a ensuite bénéficié d’un arrangement orchestral en avril 2005 à Londres.
“Nous avons utilisé deux arrangeurs de cordes : David Campbell (le père de Beck) et Joby Talbot, notre arrangeur anglais. J’ai apporté la chanson à David et nous avons construit un arrangement qui a vraiment tout cousu ensemble.”
L’association entre une instrumentation épurée et une orchestration intelligente et mesurée donne à “Anyway” une douceur intemporelle, loin des ballades parfois trop surproduites.
Un titre sous-estimé mais essentiel
Si “Anyway” n’a pas bénéficié d’une large mise en avant, elle reste l’un des plus beaux morceaux de l’album.
Sa simplicité, sa sincérité et son élégance musicale en font un trésor caché dans la discographie de Paul McCartney.
Elle incarne parfaitement l’esprit de Chaos and Creation in the Backyard, un album introspectif, sincère et artistiquement exigeant, qui prouve que, même après des décennies de carrière, Macca est toujours capable de surprendre et d’émouvoir avec une simple chanson.
Une conclusion parfaite pour l’un de ses albums les plus acclamés de ces dernières années.