La carrière de George Harrison est jalonnée d’explorations musicales audacieuses. Connue pour sa spiritualité musicale et son amour des sonorités orientales, la “Quiet Beatle” a également plongé dans l’avant-garde sonore avec Electronic Sound, son second album solo, publié en 1969. Parmi ses deux longues compositions, Under The Mersey Wall s’impose comme un ovni musical, fruit d’une expérimentation avec le synthétiseur Moog, encore balbutiant à l’époque. Retour sur cette aventure qui préfigurait déjà l’avenir de la musique électronique.
Sommaire
- Le contexte de Electronic Sound
- Under The Mersey Wall : une plongée dans l’inconnu
- L’ombre de Bernie Krause
- Un précurseur de la musique électronique ?
- Une curiosité à redécouvrir
Le contexte de Electronic Sound
Nous sommes en 1969. Les Beatles sont sur le point de se séparer, et chacun de ses membres commence à explorer de nouvelles avenues artistiques. Si Paul McCartney s’oriente vers un rock pastoral et John Lennon vers un engagement politique et bruitiste, George Harrison, lui, continue d’explorer les marges de la musique conventionnelle. Après avoir introduit le sitar dans la pop occidentale, il tourne son regard vers un instrument déconcertant : le Moog Synthesizer IIIp.
Harrison découvre le Moog grâce à Bernie Krause, pionnier de la musique électronique et représentant de la marque. Fasciné par ses possibilités infinies, il se procure un exemplaire, qu’il installe dans son bungalow de Kinfauns, à Esher. C’est là que naît Electronic Sound, album qui comprend Under The Mersey Wall en face A et No Time Or Space en face B.
Under The Mersey Wall : une plongée dans l’inconnu
Enregistré en février 1969, Under The Mersey Wall est une improvisation de plus de 18 minutes, entièrement conçue avec le Moog. Son titre fait référence à “Over The Mersey Wall”, une chronique régulière du journal Liverpool Echo, signée par un autre George Harrison. Loin des standards pop et rock qui ont fait la gloire des Beatles, ce morceau navigue entre nappes abstraites, bourdonnements et impulsions sonores imprévisibles.
Harrison, dépourvu de toute formation en synthétiseur, expérimente sans réelle préméditation, tournant les boutons et ajustant les patchs à l’instinct. “Le mot avant-garde, comme le dit si bien mon ami Alvin Lee, signifie simplement ‘Je n’ai pas la moindre idée de ce que je fais !'”, plaisante Harrison plus tard.
L’ombre de Bernie Krause
Si Under The Mersey Wall est aujourd’hui perçu comme une tentative de défrichage sonore, il est aussi entouré d’une controverse. Bernie Krause, présent lors de l’enregistrement, accuse Harrison d’avoir utilisé des sons issus de sessions réalisées ensemble à Los Angeles quelques mois plus tôt. Selon Krause, une partie du morceau serait directement tirée d’une démonstration qu’il avait faite à Harrison. Se sentant trahi, il quitte Kinfauns en claquant la porte. Harrison, quant à lui, inscrit sur la pochette une crédite amusante à “Rupert et Jostick The Siamese Twins”, en hommage à ses chats.
Un précurseur de la musique électronique ?
Si l’accueil critique fut mitigé à la sortie de Electronic Sound, son influence n’est pas à sous-estimer. Avant Brian Eno, Tangerine Dream ou Kraftwerk, George Harrison explore l’abstraction électronique avec une liberté totale. Loin des chansons structurées qui faisaient la norme, Under The Mersey Wall est un témoignage brut des potentialités du synthétiseur modulaire.
Certes, l’album ne rencontra pas un succès commercial, mais il ouvrit une brèche dans la perception du Moog en tant qu’instrument à part entière. Quelques mois plus tard, on le retrouvera sur des albums emblématiques comme Abbey Road, où Harrison l’utilisera de manière plus subtile sur Here Comes The Sun et Because.
Une curiosité à redécouvrir
Aujourd’hui encore, Under The Mersey Wall reste un objet musical fascinant. Sa nature improvisée et son esthétique brute en font un ovni sonore à la croisee du psychédélisme et de la musique concrète.
George Harrison, en s’aventurant sur ces terres inexplorées, prouvait une fois de plus qu’il était bien plus qu’un simple “guitariste silencieux” des Beatles. Il était un innovateur, un curieux insatiable, toujours en quête de nouvelles formes d’expression musicale.
Aujourd’hui, à l’ère des musiques électroniques omniprésentes, cet album expérimental mérite une réévaluation : non pas comme une simple excentricité, mais comme une vision avant-gardiste d’un futur qui, un demi-siècle plus tard, est devenu une réalité musicale incontournable.