Portée disparue — Nouvelle policière malpolie et iconoclaste à trois mains

Publié le 26 février 2025 par Alexcessif

Deux amis rencontrent une femme propriétaire d’une maison isolée prés d’un hameau de quatre feux

Paulette: cocker femelle croisée épagneul. 10 ans au moment des faits

Sophie/Sidonie

Bruno/Marc

Serge/Sébastien

Pruno/l’élu

Sophie

Dans la voiture peu avant d’arriver, ils se sont demandé s’il y aurait de la lumière chez Sidonie. Des fenêtres, des lampes, un feu, des rires et de l’esprit. Enfin, surtout Marc se demandait. Peut-être parce que Seb conduisait, très concentré sur le pare-brise. Il avait préféré laisser la bâche gris métal ventre d’orque sur sa voiture pour faire le trajet, au cas où l’Auvergne n’ait trop de pigeons enclins à chier sur la carrosserie. Il faisait donc sombre dans la voiture et seul un trou dans la bâche lui permettait de voir un peu la route. Les hommes ne sont pas toujours logiques. Et puis rouler à 20 km heure permet d’avoir tout le temps de discuter, de se demander comment serait la maison où ils allaient passer un peu de temps, en passant, et comment serait celle qui les attendaient. Marc avait mis un gilet rouge et Seb un pull noir, Jeanne Mas et Stendhal auraient adoré ça.

Bruno

En qualité de proctologue patenté multi-diplômé, Sebastien chapeautait une étude commanditée par le CNRS visant à analyser les variations de teneur des excréments de certains volatiles selon les régions de France, donc en rapport avec la variabilité de leurs sources d’alimentations. Le département de l’Allier était à ce titre une source extrêmement précieuse d’observation de la sterne pierregarin, plus connue sous le nom d’hirondelle des mers. Dotée de son bec rouge-oranger pointu, reconnaissable à ses grandes ailes blanches et grises, la sterne pierregarin fascinait depuis longtemps les scientifiques par sa propension à vivre en couple isolé. Sidonie, qui ignorait tout de la motivation scientifique couvrant ce déplacement dans cet embryon d’Auvergne, représentait une inconnue tout aussi palpitante : le terme de « couple isolé » pouvait-il aussi lui convenir ?

Car Sebastien développait au sein la communauté scientifique un nouveau mode de réflexion sociologique encore aussi inédit que confidentiel : les humains finissent-ils par adopter les mêmes règles sociales que les animaux qui partagent le même territoire qu’eux s’ils se nourrissent de la même façon ?

D’où en premier lieu l’analyse des excréments des volatiles qu’il recevait sur la toile de sa (fausse) bâche automobile bardée de capteurs d’analyses chimiques de la plus haute volée, et en second lieu l’objectif de faire ingurgiter à Sidonie, en catimini, les mets préférés de l’hirondelle des mers : petits poissons, crustacés et insectes. La Volvo en avait un sac plein dans son coffre, toutefois la soirée s’annonçait plutôt sous les auspices de paupiettes de veau sous des airs de Joe Dassin.

L’enjeu était de taille.

L’enjeu était de taille….                                                                                                     

Sebastien dit Seb psycho rigide à propos de sa bagnole avait tenu a protéger sa carrosserie en entrant dans le Bourbonnais. Pas envie de se faire repeindre par la fiente des rats volants. Conduire son tank suédois bâché en regardant par la meurtrière du pare brise imposait à Marc de jouer à l’extérieur au bouchon de radiateur pour tracer la route, mimant la figure du surfeur dite du take off sur le capot en guise de board dans la position du Spirit of Ectasy. Ainsi Sophie verrait l’improbable équipage entrer dans sa cour dans une fausse Rolls. Ce qui en jette pour faire bonne impression comme disait Gutenberg.                                                                              

L’enjeu était de taille …. On se doit de rencontrer des gens! Savoir comment ils ont résolus leurs traumatismes infantiles ce postulat de base acquit que,  tout individu expulsé contre son gré d’une matrice chaude dans un monde brutal de cette façon violente, a connu là son traumatisme initial. 

— « Encontre » c’est à la fois la première fois et l’adverbe de l’antagonisme. Pour la plupart des usurpateurs auto proclamés adultes normatifs, une fois suffit. En revanche il faut re-encontrer l’autre partie intéressante de l’humanité, celle faite d’enfants rebelles, pour:

a) Lui casser la gueule!

b) Boire ses Bordeaux!

c) Lui piquer sa femme!

Car l’homme est laid, il ne pense qu’à picoler, agrandir son territoire et s’attribuer un grand nombre de femelles.

Et surtout une Rencontre, c’est l’envie d’une seconde fois après une première encontre qui s’est bien passée

Une rencontre c’est l’intersection d’un ensemble moléculaire autour d’une construction mentale de coordonnées de lieu et de temps car le temps est la seule dimension

Il agit sur la coordination

Il agit sur la vitesse 

Il fait la différence entre une caresse et une collision

Il quantifie la douceur ou la violence de l’intersection, c’est important pour une encontre, cet instant magique de la première fois! Un coup de foudre ou un échange standard c’est un choc. Vous êtes le déplacement. Vous allez échanger physiquement vos coordonnées d’espace et de temps. Vous allez faire l’expérience du choc dans ses multiples dimensions. Son inventivité, ses volutes, l’interprétation nouvelle de la matière

En voiture celui qui envoie un SMS rencontrera son créateur avec la participation de l’alter d’en face lui même en train de mettre à jour son compte Insta. 

— Oui, je vis dans un monde où le lecteur peut me rejoindre ou prendre ses distances.


Le fracas qui s’ensuit est indexé sur la vitesse. Le big bang de la matière s’exprime, la tôle hurle et se mélange à la chair. Les atomes de l'inerte en pleine accélération encontrent les molécules du vivant pour une première et peut-être dernière fois.

Disons que vous avez eu le temps et l’habileté de faire un créneau. Vous allez néanmoins faire l’expérience du crash test immobile.

Est-elle conforme à sa photo de profil maintenant qu’elle est de face? Si oui, bizou, sinon on se serre la main. Si bizou on renifle l’échantillon. Parfum, cosmétique en général, tour visuel du candidat, les épidermes s’encontrent, envoient des messages d’identité olfactive au cerveau préhistorique qui décidera d’une stratégie ayant pour objet le coulissement sacré des muqueuses, l’échanges des fluides et le graal divin en finale: le simulacre de reproduction.

Les chiens se reniflent le Q pour gagner du temps mais nous sommes au sommet de la chaîne alimentaire. La civilisation a créée des protocoles

Dans le Bourbonnais, deux amis rencontrent une femme propriètaire d’une maison isolée prés d’un hameau de quatre feux. Ils ne se connaissent pas au delà d’une relation épistolaire. Terrain souple, un solde de soleil, l’hiver insiste d’une fraicheur raisonnable, météo favorable au contact des épidermes, accueil spontané, chaleureux. Les préliminaires sociaux ont été réalisés crescendo dans les douceurs policée de la découverte virtuelle.

La dame part au boulot, des paupiettes patientent sur un piano à l’ancienne dans une sauce au Chablis

Elle ne reviendra pas!

— Elle a dit qu’elle rentrait à quelle heure, Sidonie?

L’un des deux larrons qui s’inquiète de son retour a trouvé occupation à rentrer trois stères de bois fendu et coupé à 60 pendant que le premier exécutait les instructions de Sidie, car c’était elle, Sidonie infirmière libérale douée pour l’écriture « Vers 20.30 h tu rallumes sous la sauteuse à feu doux pour les paupiettes et tu lances la cuisson des rates »

Sidonie, en préambule à la visite de Marc et Seb, s’est mise aux fourneaux la veille. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Paulette femelle Cocker croisée Épagneul  de  10 ans et une forêt noire pour six personnes  conclura l’évènement. A vrai dire c’est la curiosité de Marc pour Sidonie qui a initié ce projet de rencontre. Marc écrivain, parolier, journaliste a repéré le talent de Sidonie sur le Net qui ne l’est pas toujours

— 21 heures!

Plutôt élégante, de la sévérité plein les lunettes rondes qui durcissent son visage et qu’un sourire illumine Sidonie et Marc se sont reconnu. Ces deux là sentent le désir, la faim et la curiosité. Paulette, rime riche avec paupiette, va avoir l’affection de sa maîtresse à partager. Les animaux sentent ces choses-là. Sidonie bouge bien son corps androgyne, ses bras enlacent, ses lèvres embrassent, elle sent bon. La cour de ce qui fut sans doute une ferme devient une alcôve, l’air se charge d’érotisme, ils sont nus mais avec des vêtements. C’est un plaisir de la voir se mouvoir. Y compris avec des fringues. Pour Seb, grand porteur de chandelle, aussi la rencontre fut valorisante: c’est la première fois depuis des mois qu’il tenait une femme dont le tour de taille se faisait avec un seul bras

— Elle bosse vachement tard! J’ai la dalle relance Seb, tu crois qu’elle va revenir!

C’est une question avec un point d’exclamation: on dirait qu’il sait! Comme Paulette chienne de chasse nerveuse, inquiète. 

Les animaux sentent ses choses là!

Sidonie en si bémol prénom musical et de l’hospitalité en Bourbonnais

Sidonie ne reviendra pas!

Sophie

Vers minuit ou peut être à une heure claire de la nuit, las de roder et frôler les livres éparpillés, Marc et Sebastien ont pris deux assiettes et une bouteille de vin rouge. Les parquets de la maison craquaient un peu, étonnés. Un homme qui mange pense plus calmement. D’ailleurs, l’humanité serait-elle la même si les repas se prenaient en silence ?

Ils ont parlé, les deux abandonnés, chacun de lui et tous deux d’elle. Elle n’est pas revenue. Au matin non plus. Les éboueurs passent le mardi matin normalement mais ils sont venus un jour plus tôt, attirés par un quotidien enfin sorti de leurs habitudes. Les tasses de café ont circulé d’un homme à l’autre, les questions aussi

- Elle part souvent ?

- On ne connait que ses poubelles, tu sais, mais faut reconnaitre, il y en avait beaucoup ces derniers temps

C’était peut être un indice mais ce fut le seul. Même Paulette ne savait rien. La matinée est passée, en prenant un air de rien, en sifflotant. Marc a posé son grand corps dans le canapé vert et Seb est allé relever les calculateurs de fientes de sterne sur la Volvo. Quand l’étrange survient, le bruit et les gestes n’empêchent pas le silence. Les garçons ont essayé de faire du bruit, ils ont pensé à partir, sont restés. Paulette est allée aboyer au fond du jardin, la première journée finissante n’a pas répondu.

Serge tout seul: deux auteurs ont lâché l’affaire

— T’as essayé de la joindre?

— Répondeur! La journée n’a pas plus répondu que le téléphone ajoute-t’il avec cet à propos du littéraire qui ne laisse rien passer et surtout pas un bon mot. 

Marc est laconique. La tension est palpable. Crevé, ils ont dormi longtemps comme des chats dépressifs puis,  priorité des priorités, ils ont cherché le code Wifi. Serge a remis une bûche dans le feu réanimant l’âtre. Au poumon! Pas de bouffadou ni de soufflet. Puis il est allé promener Paulette dans les bois. Marc, scripteur pathologique, écrit à propos du pot au noir pour le compte d’’un navigateur. 

—Faudrais signaler sa disparition

— Ça va être compliqué d’expliquer ce qu’on fout là!

Trop tard! A l’instant où Seb, spécialiste de la sterne pierregarrain et des décisions hasardeuses, conçoit le projet foireux de s’extraire de cette gangue il aperçoit un point rouge sur le front de Marc, un hélico  a lâché un commando du GIGN dans la cour et la rue est barrée par le Charles de Gaule garé en double file.

Les voisins sans doute…


Elle est bien plus belle qu’Arlette Chabot avec du rouge à lèvres pense Pruno, la dernière personne à avoir vu Sidonie vivante

Elle est arrivée motivée, féline amoureuse, peu attachée aux convenances. Dans certaines circonstances on peut admettre que les préliminaires commencent dés la politesse d’un 

« sourire/bonjour/ça va? » dans un contexte de séduction spontanée. La durée est indexée sur le temps dont on dispose. Sidonie sort d’un tunnel hostile. Des heures à sourire pendant des mois — le compteur tourne dés qu’elle sourit et entame son énergie au premier patient de la journée — indifférente à l’ingratitude, elle se ressource à la reconnaissance. Son professionnalisme ne saurait se passer de la bonne humeur quelle que soit sa fatigue ou sa désespérance de l’âme humaine. Il y a des jours d’usure plus que d’autres quand l’équilibre est compromis. La déloyauté de sa collègue, la fausse amitié, ses patients influençables prêt à lui tourner le dos, ce soir elle a besoin de douceur et un paquet de fraises Tagada ne suffira pas. Bien sûr c’est la première fois avec Pruno mais elle se moque bien de ce qu’il pourra penser. Un long dimanche de fiançailles n’est pas vraiment utile après cette journée crevante comme un lundi et il lui tarde de retrouver Paulette en train de surveiller ses deux invités. Elle s’approche de lui, interrompant son étalage culturel en se blottissant. La politesse sociale, ça va cinq minutes. Il reste la barrière des vêtements à enjamber dignement. Elle n’a de compte à rendre qu’à son désir pourtant l’encontre peut devenir collision. Ainsi Baudelaire l’accompagne quand elle colle au mur l’élu, la main en coquille sur sa braguette. Demande au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui parle. Ce soir, il est celui qu’elle a choisi pour tout ce qui chante, ce qui fuit, roule et gémit. Ils furent prompt à gémir.

Un besoin irrépressible de s’enivrer la fit chanceler. Une carence en sucre, peut-être. Sans alcool puisqu’elle conduit. Mais cette nuit, ni les suivantes, elle ne conduira pas!

Pruno dit le plissé par les circonvolutions de ses stratégies, a plusieurs bouches à nourrir. Dans le comté — six mois d’affinage —, le mâle célibataire consommable est une rare denrée. Il revendique ostensiblement son statut sur les R.S. En réalité c’est le coq de village ainsi qu’une déduction rapide pourrait conduire à cette conclusion. Elle sont nombreuses à aimer croire qu’elles sont l’unique. Ce n’est qu’une fois comblées que les capacités cognitives se réactivent. La plupart des humains en période de fertilité retrouvent leur cerveau quand les organes reprennent une dimension normale. A l’évidence, les doigts de Pruno décoiffent plus d’une chevelure et la relation une fois verrouillée, il lâche les rênes de la vanité pour des confidences de cavaleur sur l’air de « Monique, Françoise ou Simone quelque soit le nom qu’on leur donne » aucune ne t’arrives à la cheville » qu’il conclu parfois par un « mon amour!» selon la suspension volontaire de l’incrédulité de l’intermittente. La plupart des femmes aiment le challenge autant que l’exclusivité. La concurrence les indiffère puis les stimule, la stratégie up & down suit la courbe hormonale du désir. Dans ce genre de relation on peut se permettre l’alternance rupture/réconciliation. C’est l’excitante loi du pouvoir. Besoin masculin/désir féminin, l’un dans l’autre (!?) chaque protagoniste y trouve son compte. Les mots servent à cela.

À force de s’élucider en boucle entre déni et acceptation, à disperser les brumes de la dernière ligne droite de sa vie, il conviendra enfin d’assumer ce rôle du méchant dans le narratif antalgique de l’alter. Rôle de composition ou pas, peu importe! Accordons cette faveur du fort envers le faible occupé à passer pour une victime dans le silence des agneaux. Mais Pruno, avec un certain culot, est jaloux. Il veut tout savoir. 

Et pour cela, il est prêt à tout.