Si les Beatles sont devenus un phénomène mondial, ils le doivent en partie à un hommequi a su raconter leur histoire avant que le reste du monde ne les découvre:Bill Harry.
Fondateur du journalMersey Beat, il fut l’un des premiers àdocumenter et à légitimerl’explosion musicale de Liverpool, donnant une visibilité inédite àune scène locale en pleine effervescence. Sans lui,les Beatles n’auraient peut-être pas trouvé leur chemin vers Brian Epstein, et l’histoire du rock aurait pu être bien différente.
Mais l’influence de Bill Harry dépasse largement le cadre des Beatles.Son journal a été le reflet d’une époque où la jeunesse de Liverpool, avide de modernité, s’est emparée du rock ‘n’ roll pour en faire sa propre révolution culturelle.
Sommaire
- Un parcours entre l’art et le journalisme
- L’idée de Mersey Beat : capturer l’effervescence musicale de Liverpool
- Un lancement marqué par les Beatles
- Une influence majeure sur la Beatlemania
- Une carrière aux côtés des plus grands noms du rock
- Un témoin clé de l’âge d’or du rock britannique
Un parcours entre l’art et le journalisme
Né àLiverpool, Bill Harry ne se destinait pas d’abord au journalisme musical.Passionné d’art et de littérature, il commence parpublier des fanzinesdès son adolescence. Il se fait remarquer avecBiped, une revue de science-fiction qu’il rédige en tant que membre duLiverpool Science Fiction Society.
Après avoir gagné une bourse pour leLiverpool College of Art, il lanceJazz, un magazine consacré à la musique, et contribue à plusieurs autres publications locales.
C’est dans cet environnement artistique qu’ilrencontre Stuart Sutcliffe, brillant étudiant en peintureet bassiste en devenir des Beatles.C’est lui qui introduit Sutcliffe à John Lennon, marquant le début d’une des amitiés les plus importantes des premières années du groupe.
L’idée de Mersey Beat : capturer l’effervescence musicale de Liverpool
Au tournant desannées 1960, la ville de Liverpoolse transforme en un laboratoire musical. Partout, des groupes se forment et se produisent dans lesclubs bouillonnants du centre-ville et de la zone portuaire. Pourtant,aucun média ne s’intéresse vraiment à ce phénomène.
Face à cette indifférence, Bill Harrydécide de créer son propre journal. Il veutdocumenter ce mouvement naissant, donner une voix aux groupes locaux et fédérer une communauté de jeunes passionnés.
Avec sa compagneVirginia, qu’il rencontre en 1960 au caféJacaranda, il emprunte50 £ à un ami, loue unpetit bureau sous les toitset commence à publierMersey Beat, un journaldédié aux groupes de la région.
“Entre 1958 et 1964, on comptait probablement500 groupes différentsà Liverpool. À n’importe quel moment, il y en avait environ350 en activité.”
—Bill Harry
Un lancement marqué par les Beatles
Le6 juillet 1961, lepremier numéro deMersey Beatest publié. Il contientun article signé John Lennon, intitulé :
“Being A Short Diversion On The Dubious Origins Of Beatles (Translated From The John Lennon)”.
Lennon y racontel’histoire du groupe avec son humour absurde et surréaliste. Il invente notamment la légende du nom des Beatles, affirmant qu’un homme était apparu sur “une tarte enflammée” pour leur annoncer leur destinée.
“Un homme est apparu sur une tarte enflammée et nous a dit : ‘Dès aujourd’hui, vous serez les Beatles avec un A.’ Merci, monsieur l’homme, avons-nous répondu.”
—John Lennon
Harryprend les Beatles sous son aileet leur offre une visibilité qu’ils n’avaient jamais eue auparavant.
Le journalse vend à 5 000 exemplaires dès le premier numéroet attire immédiatementl’attention de Brian Epstein, propriétaire du magasin de disquesNEMS. Intrigué par les articles de Bill Harry sur les Beatles,Epstein décide d’aller les voir jouer au Cavern Club.
Quelques mois plus tard, il devientleur manager, ouvrant la porte à leur ascension fulgurante.
Une influence majeure sur la Beatlemania
Grâce àMersey Beat,les groupes de Liverpool commencent à se faire un nom en dehors de la ville.
- Les jeuness’approprient le terme “Mersey Beat”, qui devientsynonyme du son de Liverpool.
- Les salles de concert commencent à annoncer des “Beat Sessions” et des “Beat Clubs”.
- La presse nationale, voyant la montée en puissance du journal, commence à parler de“l’invasion Beat”.
Le rôle de Bill Harrydans la montée en puissance de la scène de Liverpool est indéniable. Il documentechaque étape du succès des Beatles, offrant à ses lecteursun accès exclusif aux coulisses de leur ascension.
“Ce qui existait sur les rives de la Mersey entre 1958 et 1964 étaitexcitant, énergique et unique, un moment magique oùtoute une ville dansait sur la musique de la jeunesse.”
—Bill Harry
Une carrière aux côtés des plus grands noms du rock
Après le succès deMersey Beat,Bill Harry poursuit sa carrière dans la presse musicale et l’industrie du rock:
- Il devientattaché de presse pour The Kinks, Pink Floyd, Led Zeppelin, David Bowie et Suzi Quatro.
- Il écrit pourRecord Mirror, Record Retailer et Music Now.
- Il lance le magazineTracks, consacré aux nouveautés musicales.
- Il publie plus de20 livressur les Beatles et la scène de Liverpool.
En1994, il reçoit unLifetime Achievement Awardde laBritish Academy of Songwriters, Composers and Authors (BASCA), récompensantson impact durable sur la musique britannique.
Un témoin clé de l’âge d’or du rock britannique
Aujourd’hui encore,Bill Harry est une mémoire vivante de l’épopée Beatles.
Son journal aimmortalisé une période unique de l’histoire de la musique. Sans lui,l’essor des Beatles et de la scène de Liverpool aurait peut-être mis plus de temps à exploser.
Bill Harry n’a pas seulement raconté l’histoire des Beatles : il a contribué à l’écrire.